Amina TALHIMET
15 Mars 2002
billet
Le quotidien du Palestinien: l'enfer qui ne passe pas à la télé
Pendant que les Nations unies votent en faveur de la création d'un Etat palestinien et que les Etats-Unis portent un regard plus critique sur la politique israélienne, en Palestine, le racisme continue de tuer... "Vers 23H30 alors que ma mère Patricia Rantici était au téléphone avec ma soeur Hilary, l'armée israélienne a envahi son appartement et l'en a sortie le fusil pointé sur le dos. Nous avons entendu que l'armée occupe l'immeuble et depuis, nous n'avons plus de nouvelle de ma mère...Il y a des familles avec des enfants dans cet immeuble et il est terrible de devoir réveiller un enfant au milieu de la nuit et le forcer à quitter sa maison. C'est là un simple exemple de ce que nous subissons ici quotidiennement. Et il est loin d'être le pire. Le monde s'était mordu les doigts pour son silence au début de la seconde guerre mondiale, nous souhaitons qu'il n'ait pas à regretter son attitude à nouveau".
Le message de Susan Barhoun, directrice de développement de la société Galilée à Shafa'amr, nous a été livré par Einas Haj, un des collaborateurs du député arabe israélien Azmi Bishara. Entre-temps, nous dit-on, la mère de Susan Barhoun qui s'occupe d'orphelins de l'Intifada, a été retrouvée, mais les 10 enfants et les 13 adultes qui s'en occupent ont, eux, été maintenus en captivité. Cela se passait le 12 mars à Ramallah, ville occupée par plus de 150 chars et des centaines de soldats israéliens venus y chercher des "terroristes" palestiniens. Cela se déroulait dans une ville où les ambulances étaient interdites de circulation, où les familles endeuillées par la mort d'un fils, d'un frère ou d'un père ne pouvaient même plus enterrer leurs morts, une ville où un journaliste photographe italien ciblé par l'armée israélienne succombait à ses blessures faute d'ambulance. Susan Barhoun a pu, elle, accéder aux médias, elle avait le téléphone et Internet. Les centaines de milliers de Palestiniens vivant à Ramallah et dans les vingt-cinq camps que compte l'Autorité palestinienne, n'ont pas cette chance-là. L'histoire se répétait. Il y a vingt ans, à Sabra et Chatilla plusieurs centaines de Palestiniens enfermés dans les camps par Ariel Sharon et son armée étaient massacrés par les milices chrétiennes libanaises. A Ramallah, ce sont les chars de Tsahal qui faisaient le guet et l'armée israélienne qui tuait, emprisonnait, humiliait. Il faudra attendre le 14 mars avant que Gro Harlem Brutland, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne fasse une déclaration à propos de la situation sanitaire tragique dans les territoires.
"Je suis particulièrement soucieuse des difficultés rencontrées par ceux qui veulent se rendre auprès des services de santé et recevoir les soins dont ils ont besoin. C'est notamment le cas des enfants, des femmes enceintes et des handicapés. Je suis profondément préoccupée par le fait que plusieurs agents de santé ont été tués ou blessés alors qu'ils portaient secours à des personnes en difficulté", affirme Mme Bruntland dans une déclaration qui fait suite à l'assassinat par Tsahal du directeur de la Croix Rouge à Jenine et d'au moins sept membres du personnel médical travaillant dans les territoires palestiniens. Car, dans cette guerre totale menée par Ariel Sharon et son gouvernement, toute personne vivant dans les territoires palestiniens devient une cible à part entière.
Le journaliste-photographe italien Raffaelle Ciriello a été tué par l'armée israélienne alors qu'il exerçait son métier. Un autre journaliste, français, cette fois-ci, sera à son tour blessé à la jambe pour les mêmes raisons. Une journaliste de l'AFP présente sur les lieux déclarera mercredi, à la chaîne française LCI, que l'armée israélienne ne pouvait pas se tromper en tirant sur des journalistes dans la mesure où tous portaient des gilets "Press", en conséquence identifiables. Alors que les massacres se poursuivaient dans les territoires et que les Etats-Unis "grondaient" leur protégé, en Israël des sondages aussi effroyables que cette guerre totale menée contre la population palestinienne, montraient qu'une partie substantielle de la population était en faveur de la réoccupation définitive des territoires palestiniens. Publiés par le quotidien Ha'aretz, les sondages constituaient un véritable coup de pouce à la politique d'extermination d'Ariel Sharon.
Contrairement à d'autres moments de l'Histoire du conflit, ce n'est pas le mouvement Paix Maintenant ou les partisans d'Ury Avnery qui reprenaient le dessus dans l'opinion publique israélienne, mais les positions de la droite la plus extrême qui s'était d'ailleurs massivement et très clairement exprimée la semaine dernière à Tel Aviv, lors d'une manifestation fleuve, en faveur du durcissement d'Ariel Sharon vis-à-vis des Palestiniens.
Quelques mois avant les tragiques évènements du 11 septembre, la première rencontre onusienne contre le racisme à Durban, avait suscité de très vives réactions de la part d'Israël et d'une partie de l'intelligentsia européenne et américaine. Rejetant l'idée que le sionisme était une forme de racisme et qu'Israël était un Etat Apartheid, beaucoup avaient fustigé les conclusions du rapport des ONG.
Plusieurs mois plus tard, c'est Sharon lui-même qui a donné raison au constat des organisations non gouvernementales. Il a démontré que sionisme et racisme se confondent, en redonnant des armes à sa droite la plus extrême. Mais, surtout en faisant du massacre d'une population bien identifiée, une obsession.
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