Grâce à l'engagement de tous ses responsables et à la formation de son personnel scientifique, le Sénégal a pu contenir le virus du sida à un taux fort bas. Cette expérience va servir aujourd'hui à des chercheurs venus des différentes régions du Nigeria.
Une trentaine de responsables du programme sida des différents Etats de la fédération nigériane sont en formation au Sénégal. Ils sont venus s'inspirer du modèle sénégalais de la gestion des maladies sexuellement transmissibles (Mst) et de la thérapeutique antirétrovirale. Cette formation sera conduite par l'équipe du Pr Souleymane Mboup du laboratoire de bactériologie-virologie du Chu Le Dantec. Ces médecins, dont la renommée est mondiale, vont travailler avec le Comité national de lutte contre le sida du docteur Ibra Ndoye. Cette session de formation, qui dure six jours, est supervisée par le département d'immunologie et de maladies infectieuses de l'Université de Harvard, grâce à un financement de la Fondation Bill et Mélinda Gates. Le Pr Mboup, maître d'oeuvre de la formation, la place dans une logique afro-centrée. Son expérience de scientifique lui a démontré que "la pandémie du Vih/sida peut être contenue s'il existe la volonté politique et si les ressources et des stratégies qui incluent tous les groupes d'intérêt en tant que partenaires sont mises en oeuvre". C'est ce qui a été fait au Sénégal avec le résultat, que beaucoup nous envient, d'un taux de prévalence du sida de 1,4 %. Mais le chercheur assure qu'il faut faire plus. Pour lui, "la pandémie sera enrayée au niveau continental ou ne le sera pas du tout". Il demande, pour atteindre ce but, une intensification et un élargissement des engagements financiers et politiques des nations pour riposter au sida.
Bien que des efforts aient été accomplis, notamment par la réduction du prix des médicaments antirétroviraux, le chercheur trouve qu'ils dépassent encore les moyens de la plupart des systèmes de santé et des patients en Afrique. "Nous devons veiller à ce que les médicaments contre le Vih et le sida, comme tous les médicaments essentiels et les vaccins, soient accessibles à tous". Le Sénégal, par une mobilisation rapide de son personnel politique, au niveau le plus élevé, l'engagement de tout le corps social et de son corps médical a obtenu des résultats appréciables dans sa lutte contre le fléau. Le Nigeria, plus peuplé, plus riche et plus puissant, a des atouts pour réussir dans la même voie.
Avec une population estimée à plus de 100 millions d'habitants, le géant de l'Afrique de l'Ouest compte 6 % de personnes atteintes du Vih/sida. En valeur absolue, cela fait tout de même 4 millions de personnes. Cela est énorme. Le professeur Philys Kanky de l'Université de Harvard affirme que "les seuls pays qui sont arrivés à juguler l'épidémie sont ceux où il y a eu une forte implication gouvernementale à tous les échelons, où il existe d'excellents techniciens de laboratoire et un personnel médical motivé, qui se tient au courant des dernières découvertes techniques".
Le gouvernement du président Obasanjo l'a compris dès son installation aux affaires. Il a débloqué plus de 10 milliards de dollars américains pour la formation et la sensibilisation au danger que représente le sida. Avec le concours des partenaires étrangers, il a mis en place l'initiative sur la prévention du sida au Nigeria. L'envoi des chercheurs nigérians en formation à Dakar entre dans cette logique.
Comments Post a comment