Le Journal de l'Economie (Dakar)
Anoumou Amekudji & Toba Tanama
3 Mai 2002
Dakar — Deux ans après la tenue du Forum sur l'Education pour Tous à Dakar, le Bureau régional pour l'éducation en Afrique a réuni les partenaires de l'éducation pour dresser un bilan. Conclusion : il y a encore du chemin à faire.
L'objectif est noble. En se fixant comme objectif la réalisation de la scolarisation universelle d'ici à l'an 2015, les pays du monde entier faisaient un pari risqué. Le pari est encore plus risqué pour la région Afrique si on se fie aux statistiques de l'Unesco. L'Afrique accuse en effet un grand retard par rapport aux autres régions du monde. Le continent est la région qui compte la plus grande proportion d'enfants d'âge scolaire hors de l'école, soit près de 40%. Deux ans après la tenue du Forum mondial sur l'éducation, 113 millions d'enfants en âge d'aller à l'école primaire (environ 60% sont des filles) ne vont toujours pas à l'école. 24 millions de ceux qui parviennent à y aller ne bouclent pas les cinq premières années.
Selon le directeur du Bureau régional pour l'Education en Afrique (Breda), M. Armoogun Parsuramen, "il est fort possible qu'en 2015, plus de 30% des enfants n'aient pas fréquenté l'école primaire ou ne sachent ni lire ni écrire". Au Sénégal, la situation n'est pas aussi rose qu'on peut le penser.
Certes, d'importants progrès ont été réalisés pour le renforcement du système éducatif qui est un axe central de la lutte contre la pauvreté.
Au plan national par exemple, le Sénégal a consacré respectivement en 2001 et en 2002, 4,83% et 5,3% de son Produit intérieur brut (PIB) à l'éducation, ce qui représente pour le budget national pour l'an 2000 par exemple 33%. En 2001, ce pourcentage est passé à 35% et les autorités tablent pour cette année 2002 sur 36%. Dans le domaine de l'accès à l'école, "1163 salles de classes ont été construites en 2001 et il reste plusieurs programmes qui n'ont pas été encore mis en oeuvre comme ceux de la Banque mondiale et de l'Alliance française de développement", précise M. Mbaye Ndoumbé Gueye de la Direction de la planification au Ministère de l'éducation nationale. Au Sénégal, le Taux brut de scolarisation (TBS) est de 69,4% contre 70% comme objectif à atteindre alors que de façon plus sectorielle, ce taux est de 64,8% pour les filles. Une bonne politique nécessite le recrutement du personnel enseignant. Dans ce cadre, selon M. Gueye, en 2001, "2000 volontaires ont été recrutés et le nombre d'années du volontariat est passé de 4 à 3 ans et se stabilisera dans les prochaines années à 2 ans". Pour atteindre l'objectif de la scolarisation universelle, le Sénégal prévoit de construire 2000 salles de classes par an pendant 10 ans. Le sous-secteur de l'enseignement élémentaire fait l'objet d'un traitement particulier dans le Programme décennal de l'éducation et de la formation (PDEF). Certaines actions ont été identifiées. Il s'agit de la construction et la réhabilitation de salles de classes, la rentabilisation des locaux et du personnel, le recrutement et la formation du personnel, le soutien aux écoles privées et communautaires, le renforcement de la scolarisation des enfants dans les zones pauvres notamment celle des filles. En ce qui concerne la construction et la réhabilitation des salles de classe, deux phases sont définies. Pendant la phase I qui couvre la période de 1999 à 2003, il est prévu la construction de 7600 salles de classes et la réhabilitation de 1200 salles. Les régions ayant les faibles taux de scolarisation (Diourbel, Kaolack, Louga, Fatick, Kolda, Tambacounda, Thiès et Saint-Louis) tandis que les villes comme Dakar et Saint-Louis vont profiter des politiques de réhabilitation. Entre 2004 et 2008 la phase II devra connaître son exécution par la construction d'environ 7600 autres salles de classes et la réhabilitation de 1500. Après la double phase de construction et de réhabilitation des salles de classes, le Sénégal va s'atteler à la rentabilisation des locaux et du personnel qui y travaille.
Dans ce cas précis trois phases sont prévues. Elles vont de 2000 à 2010 et ont pour particularités la réduction du ratio élèves/classes et la consolidation des formations "visant à renforcer la maîtrise des enseignants à gérer les classes à double flux et multigrades".
La question du recrutement et celle de la formation des enseignants font aussi partie des actions que le Sénégal compte faire pour parvenir à l'éducation pour tous. Les différentes phases prévues mettent l'accent sur la restructuration et le renforcement des capacités institutionnelles des écoles de formation des instituteurs (EFI). A cet effet, il est prévu de mettre en place un système d'évaluation des capacités et des performances des EFI. Dans cette bataille pour l'éducation pour tous, les écoles privées et communautaires ne sont pas oubliées. En ce qui les concerne, le Programme décennal de l'éducation et de la formation (PDEF) s'assigne trois tâches : faciliter leur intégration dans les circuits normalisés en renforçant les mesures de libéralisation de leur implantation, mettre en place un fonds d'appui destiné à soutenir leurs efforts de normalisation et développer un dispositif d'information auprès des opérateurs en éducation. L'Etat sénégalais compte également sur les collectivités locales pour réussir le pari de l'Education pour tous. Pour la plupart des participants au Symposium organisé par le Breda sur le théme Quelles stratégies pour atteindre les objectifs de l'Education pour Tous, les collectivités locales ont encore leur rôle à jouer. Les échecs qu'on a eu à constater ici et là seraient liés, semble-t-il à leur appartenance à des partis politiques. C'est pourquoi, les délégués au Symposium dans leur grande majorité, ont émis l'idée de créer un nouveau concept de collectivité locale. "Il faut former des gens capables de régler techniquement les problèmes à la base", lance le représentant d'une des grandes Centrales syndicales du pays. "La question n'est pas celle de la formation mais d'honnêteté", lui répond M. Youssou Touré, secrétaire général de l'Organisation des instituteurs du Sénégal (OIS). L'Unesco de son côté ne compte pas baisser les bras. Dans ses projets, elle prévoit trois types d'action : susciter et renforcer l'engagement en faveur de l'Education pour Tous (EPT), forger et renforcer les partenariats en faveur de l'EPT et mobiliser les ressources pour l'éducation de base. A cet effet, des plans nationaux EPT sont en préparation dans les différents pays. Des fora régionaux et sous-régionaux sont prévus pour leur restitution. Pour une matérialisation des objectifs d'une scolarisation universelle à l'horizon 2015 l'Unesco et la Banque mondiale ont évalué à 15 milliards de dollars annuels les fonds nécessaires à investir.
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