Les religions sont pour la vie. En aucun cas elles ne peuvent défendre des pratiques qui lui sont contraires. Voilà le principal message lancé hier par les participants au symposium sur "Religion et excision" organisé par le Coseprat.
Les religions musulmane et chrétienne ne recommandent pas l'excision. C'est le principal message entendu hier, au cours du symposium sur excision et religion organisé par le Comité sénégalais sur les pratiques traditionnelles ayant effet sur la santé de la mère et de l'enfant (Coseprat). Animateur d'une émission religieuse à Walf Fm, une radio privée dakaroise, Moustapha Guèye ne trouve aucun fondement dans la religion à ces mutilations génitales. Pour bâtir sa thèse, l'islamologue a replongé dans l'histoire jusqu'au vivant du prophète Ibrahim. Il s'est aussi basé sur les écrits de grands érudits islamiques. Au final, Moustapha Guèye a retenu que l'excision n'est ni une obligation ni "une tradition prophétique" dans l'islam.
Le conférencier soutient qu'aucun membre de la famille du prophète, encore moins un de ses proches, n'a eu à subir ou à pratiquer l'excision. Fort de tous ces arguments, M. Guèye estime que cette pratique ne se justifie point. D'ailleurs, ajoute le conférencier, l'Islam condamne toute pratique néfaste à la santé. "Il n'y a pas de mal à abandonner une pratique nuisible". Pour l'islamologue, seule la circoncision reste une pratique recommandée par l'islam. Elle remonte, selon lui, au temps du prophète Ibrahim et trouve sa justification dans le fait qu'elle contribue à la propreté de l'homme.
L'islamologue n'a, pourtant, fait que marcher sur la langue d'autres intervenants. Tous ont défendu bec et ongles l'idée que cette pratique ne sert pas la femme. Quelles que soient d'ailleurs les justifications liées à la fidélité, les conséquences sur le plan psychologique et sexuel demeurent importantes. Comme pour la religion musulmane, le christianisme est loin d'admettre l'excision. Selon une religieuse venue participer aux travaux, celle-ci est avant tout "une religion de vie". Par conséquent, elle ne saurait autoriser des pratiques à son encontre.
Au Sénégal, près de 20 % de la population féminine est excisée. Dans la région naturelle de Casamance, par exemple, les mutilations génitales intéressent 50 à 100 % des femmes. Dans cette région du Sénégal, la pratique concerne les ethnies peul et mandingue. Elle est, par ailleurs, fort répandue dans la partie nord du Sénégal, surtout dans la communauté halpulaar.
L'excision pratiquée au Sénégal porte, en général, sur l'ablation du clitoris et des petites lèvres. La pratique varie cependant selon les ethnies et les régions du monde. L'excision est vue comme le passage de l'enfance à la vie adulte.
Toutefois, au Sénégal, la loi réprime aujourd'hui l'excision. Votée le 3 avril 1999, celle-ci punit aussi bien les auteurs que les complices. Elle avait toutefois suscité beaucoup de controverses. D'autres dispositions figurant dans la Constitution votée le 7 janvier 2001 protègent les femmes contre les mutilations génitales. La lutte contre l'excision a commencé au Sénégal en 1970. Malgré cette longue tradition et l'arsenal juridique répressif existant, des cas d'excision sont souvent rapportés par la presse. En Afrique, cette pratique concerne vingt-huit pays et intéresse près de 130 millions de personnes.

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