Leila Hallaoui
18 Juillet 2002
Le projet de production locale des médicaments génériques contre le sida n'est pas impossible, mais , en tout cas, irréalisable dans un proche avenir. Rien ne permet, en effet, de bercer un espoir de cette taille même si sur le plan technique, il ne relève pas de l'utopie. Alors comment s'explique le pourquoi de la situation ? Les journées de réflexion qu'a organisées l'Association de lutte contre le sida (ALCS), au début de cette semaine, ont été l'occasion de méditer sur cette question.
L'échec de la première expérience nationale d'introduire les génériques en collaboration avec un producteur canadien spécialisé, a retardé la traduction de cette vision en fait réel. Dans son intervention, M. Abdellah Lahlou, représentant de Pharma5 (Maroc), a affirmé que les véritables prémices de l'apparition des génériques ne datent que de dix années et ne peuvent s'imposer tant que les besoins en matière de génériques des traitements antirétroviraux ne pèsent pas lourds à l'échelle nationale. Les génériques provenant de princeps d'autres médicaments n'ont pas subi le même sort puisque la demande était favorable (selon la vision des producteurs) et la totalité des laboratoires marocains (y compris les multinationales) ont adhéré à leur fabrication. Cela a permis, a affirmé M. Lahlou, de baisser considérablement les prix de vente des médicaments et d'alléger, dans une certaine mesure, leur accessibilité aux citoyens.
"Les besoins en matière de génériques ARV ne sont pas importants au Maroc"
Cela dit, le Maroc ne peut aller de l'avant pour poursuivre sur sa lancée vers les génériques en raison de son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et son approbation hâtive de la convention d'application de la propriété intellectuelle sur les médicaments. Et c'est là, justement, où les choses se compliquent pour la fabrication des génériques. Alors que la loi 17-97 relative à la protection de la propriété industrielle datant du 15 février 2000 stipule dans son article 67 (section III-Licence d'office) que «si l'intérêt de la santé publique l'exige, les brevets délivrés pour des médicaments, pour des procédés d'obtention de médicaments, pour des produits nécessaires à l'obtention de ces médicaments ou pour des procédés de fabrication de tels produits, peuvent, au cas ou ces médicaments ne sont mis à la disposition du public qu'en quantité ou qualité insuffisantes ou à des prix anormalement élevés, être exploités d'office. L'exploitation d'office est édictée par un acte administratif à la demande de l'administration chargée de la santé publique». Cette loi offre, effectivement, une voie à une éventuelle fabrication locale des génériques antirétroviraux puisque plusieurs des conditions y figurant s'adaptent tout à fait à ce type de traitement. Près de 400 demandes ont été déposées, mais aucune n'a donné lieu à une suite parce que le décret d'application de la loi n'existe toujours pas. Les lenteurs administratives sont, pour M. Lahlou, l'un des gros obstacles à franchir pour la fabrication des traitements génériques (ARV) contre le sida.
"L'application de la protection de la propriété intellectuelle sur les médicaments ne permet pas au Maroc de fabriquer des génériques"
Pour le fabricant, l'entreprise de ce projet peut se faire sous plusieurs optiques, soit en achetant des dossiers de fabrication, soit en travaillant sous licence avec des producteurs de renommée, comme l'Inde, ou encore, en développant des dossiers génériques locaux en adéquation bien sûr avec les normes en vigueur. Et dans le but que cette entreprise aboutit, il est vital pour l'industrie pharmaceutique locale, a précisé l'intervenant, de garantir un équilibre entre offre et demande. Ce qui suppose une détermination préalable des besoins et des quantités à fabriquer et l'ouverture d'un réseau de distribution et de coopération à travers les pays.
Pour M. Mahly, responsable de la direction de la pharmacie au ministère de la Santé, les pays en voie de développement doivent se constituer en un seul groupe pour que la production des ARV génériques puisse être envisageable. Le Maroc est tenu d'attendre l'échéance des brevets avant d'investir ce terrain. Les médicaments génériques ont connu une augmentation perceptible depuis 1998 et ont fait leur entrée sur le marché national, il y a plus de dix ans, au moment où : «la législation marocaine ne reconnaissait pas de brevets sur les produits pharmaceutiques. Il suffisait donc de trouver une matière première de qualité et de constituer un dossier pour avoir un générique ou une copie du médicament au Maroc». Les prix des médicaments ont accusé une chute et varient entre 310 dh, pour les produits princeps, et 130 dh pour les génériques. Les plus grandes parts de marché restent, cependant, les produits princeps. Au niveau du ministère de la Santé, les génériques représentent un allégement perceptible de l'enveloppe budgétaire, a souligné M. Mahly. Malgré l'espoir que cela suscite, les antirétroviraux, en majorité sous brevets, se vendent à un prix très élevé. Selon une étude présentée par cet intervenant, la moyenne des prix homologués (prix public) par le Maroc de 1993 à 1996 varie entre 341 dh et 1061 dh. Les prix des génériques fabriqués localement se situent, quant à eux, entre 59 et 86 dh. Une situation qui se justifie par le coût de la recherche et du développement scientifiques, de la promotion du produit et de la rémunération des actionnaires. Le taux d'inflation cumulé au cours de la décennie écoulée au Maroc, a précisé M. Mahly, est évalué à 54% alors que l'augmentation des prix est restée inférieure à 24%.
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