Notre Voie (Abidjan)

23 Juillet 2002

Cote d'Ivoire: Développement du tourisme intérieur: Abidjan, une richesse insoupçonnée

Comment amener les Ivoiriens, et plus globalement les expatriés, les touristes en transit, les fonctionnaires des organisations internationales et les ambassadeurs résidant en Côte d'Ivoire à s'intéresser au tourisme intérieur ? C'est cette équation que l'Office ivoirien du tourisme et de l'hôtellerie (OITH) tente de résoudre, en organisant, depuis un an, une mini-croisière lagunaire à travers "la perle des lagunes".

Le deuxième ballon d'essai a été lancé le week-end dernier en collaboration avec la Société de transport abidjanais (SOTRA) et l'Eden City de l'île Boulay. Cette excursion, qui a démarré à la gare lagunaire du Plateau avec fanfare, a offert l'opportunité aux 105 participants de découvrir, avec émerveillement pour beaucoup d'entre eux, de nombreux sites naturels, culturels et économiques de la Ville d'Abidjan et ses environs. "Vous savez, à Abidjan, il y a beaucoup à découvrir, à voir, du loisir à en profiter. Bref, il y a des tas de possibilités d'évasion. Nous avons donc une multitude de richesses que nous devons promouvoir", avait averti M. Kouassi Kakou Camille, directeur général de l'OITH, qui participait, personnellement comme à toutes les sorties précédentes, à l'excursion. Parole de sagesse ou parole de professionnel ? Toujours est-il que l'OITH entend axer, pour cette année, son action vers les comités d'entreprises et les organisations professionnelles.

Pour leur faire découvrir les faces cachées d'Abidjan contre le stress du travail, les angoisses personnelles, les problèmes familiaux et l'encombrement de l'espace dans le centre-ville, l'OITH propose la solution de l'évasion. A la fois pour les individus que pour les groupes. Le voyage lagunaire s'est effectué avec beaucoup de surprises. Flash back.

Pluie de merveilles

Toute la croisière se déroule sur la lagune Ebrié, qui est le plus important cours d'eau de Côte d'Ivoire. Ce pays dispose d'un plan lagunaire de 120 km avec une étendue de 35000 hectares et fait converger 16 lagunes. La lagune Ebrié se ramifie en plusieurs baies : baie du Banco, baie de Cocody, baie de Marcory, etc. Vu de la lagune, le quai bananier arbore une belle allure et a toutes les apparences d'un nouvel édifice. Normal, car ce quai, qui a été construit en 1952, ne répondait plus aux normes et aux besoins. Il a donc été décidé de le détruire pour en construire un nouveau, beaucoup plus réceptif et moderne, capable de mieux conditionner les bananes à exporter dans l'Hexagone. Tout près, des bateaux flottent dans la lagune en attendant de rallier, par exemple la France, en seulement 11 jours de croisière.

La Compagnie africaine de réparation navale (CARENA), construite en 1963, a aussi une belle vue. On y aperçoit plusieurs bateaux en train d'être réparés avant de reprendre du service. Le Port autonome d'Abidjan (PAA), qui a une capacité d'accueil d'une trentaine de bateaux à quai par jour et une soixantaine en opération commerciale, offre un spectacle agréable. Partout, des bateaux accostés, des gens au travail apparemment insoucieux de tout ce qui se trouve et se passe autour d'eux. Certains lèvent la tête pour saluer d'un geste amical la fanfare qui est à sa plus belle.

Après une brève visite des parties nord, ouest et sud du PAA ponctuée d'une surabondance d'informations délivrées avec passion par le guide du jour, nous apprenons que ce port est le 2ème du continent après celui de Durban, en Afrique du Sud.

Après le Port, cap sur le canal de Vridi, tout aussi beau et tout aussi invraisemblable. Demi-tour et soudain, comme dans un film américain, Abidjan apparaît comme dans un rêve, "le Manhattan africain", dit le guide. Les immeubles du Plateau avec leurs différents aspects se marient convenablement avec la couleur de la lagune et le bleu du ciel. L'environnement dans son ensemble est en harmonie ; et, devant un tel spectacle, on ne peut que rester admiratif. Vridi Ako, le village des pêcheurs surnommé "Village CEDEAO" en raison de la présence en ce lieu des habitants de chacun des pays composant les 16 Etats de la communauté. L'endroit a une apparence calme et paisible. En logeant le village, on a l'impression d'être en face d'un de ces nombreux villages côtiers de la Côte d'Ivoire. Sauf que certains jeunes enfants, assis dans des pirogues, s'adonnent à la pêche. D'autres se plaisent à nager en s'aventurant jusque dans les profondeurs de la lagune. Nul doute que ces enfants de pêcheurs détiennent quelques secrets maritimes. Près de là, on découvre le cimetière des bateaux. Là, jonche dans la lagune une dizaine d'épaves qui, fatiguées de croisières, sont en fin de course. Ces mastodontes qui s'enfoncent petit à petit dans l'eau ont un aspect de tôles vieilles en proie à la rouille. De nombreux pans de tôles sont absents, victimes du passage d'individus à la recherche de fer pour des activités diverses. Vu sur un autre angle (voir encadré ci-dessous), on se demande pourquoi le cimetière des bateaux fait partie des sites touristiques.

La baie des milliardaires. Autre site enchanteur reversé aux Very important personnalities (VIP) en quête de sérénité pour les rendez-vous d'affaires. Pour accéder à la baie des milliardaires, il n'y a que deux options : la voie aérienne et la voie maritime. Ce paradis ivoirien a un aspect féerique. Ici, tout est calme. Les luxueux bungalows sont construits individuellement. Chacun d'eux est équipé de toutes les commodités nécessaires : quai, hors-bord, piscine, salles de jeux, etc. Les résidents sont en majorité des Européens. Le site abrite la prestigieuse Ecole internationale de ski nautique qui reçoit des Américains et des Européens qui veulent se perfectionner dans ce sport aquatique.

100 milliards perdus

Cap sur Eden City, la porte d'entrée de l'île Boulay. D'une longueur de 18 km, couvrant 2000 hectares avec 10 000 habitants et 13 villages, l'île doit son nom au Français M. Boulay qui s'y s'était installé il y a très longtemps. Autre fois, on y trouvait des gazelles, des tortures, des biches et des serpents. Aujourd'hui, rien de tout cela. En 1963, le Français Jean-Paul Meyer crée "La Lagon" devenu Eden City, chargé à l'origine du ravitaillement en carburant des bateaux. D'évolution en évolution, cette station d'essence a pris l'allure d'un site touristique qui donne une belle vue sur Abidjan. Les visiteurs ont le choix entre le bar, les jeux de football, de maracana, de volley-ball, la pêche, la promenade dans les plantations de coco, la détente, le repos et la forêt sacrée. D'éminentes personnalités, comme l'ex-président français Valery Giscard d'Estaing, le milliardaire américain David Rockefeller ou M. Andrew Young qui fut longtemps représentant américain "Kool and the gang" avait même un projet de modernisation de l'ensemble du site qui devait coûter 100 milliards F CFA. Les 13 villages devaient être reliés par un système de tramway et un équipement ultra-moderne en infrastructures devait voir le jour. Malheureusement, ce projet est tombé à l'eau parce que l'île Boulay serait dans la zone d'extension du PAA et qu'un nouveau site situé vers Niangon serait réattribué au propriétaire. Celui-ci, M. Benoît Brown, qui nourrit l'espoir d'inviter sur son île le chef de l'Etat, M. Laurent Gbagbo, entend lui soumettre ses doléances. Le succès du congrès mondial de l'Union postale universelle (UPU), prévu pour 2004, se trouve aussi dans cette visite. Et il serait bien dommage qu'un des sites touristiques les plus significatifs de la Côte d'Ivoire soit sacrifié sur l'autel du seul intérêt économique. En tout cas, les adeptes du tourisme verraient là, soustrait à leurs yeux, un des plus beaux fleurons dont peut disposer un pays en quête d'identité.

Assurément, l'île Boulay est un cadre paradisiaque qui fait actuellement le bonheur de milliers de personnes. Des anonymes aux célébrités. Sans compter les mariages qui y sont célébrés de jour comme de nuit. En croisière nocturne.

Tout le monde, ministère de Tourisme et de l'Artisanat, l'OITH, les personnalités, les ONG, les individus, les hôteliers doivent se battre pour préserver cet indéniable acquis.

Interrogés en fin de croisière, les participants ont déclaré qu'ils étaient enchantés des découvertes. Certains, comme M. Bawa Emile, ont affirmé qu'ils étaient loin de soupçonner une telle richesse aux portes d'Abidjan. Mlle Boraud Jacqueline est de cet avis. Pour elle, une chose est sûre : avec des amis, elle compte venir revivre les merveilles qu'elle vient de découvrir.

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