Saphie Ly
27 Août 2002
analyse
L'agenda du Sommet mondial sur le développement durable (Smdd) pose-t-il les vraies questions ? Les vrais enjeux ? Ou les enjeux du point d vue de l'Afrique. Chacun voit midi à sa porte et les différentes nations, leurs ressortissants et représentants apprécient l'ordre du jour, selon les intérêts sociaux de leurs communautés. Le Smdd, disent les médias internationaux - piliers des politiques étrangères de puissances mondiales - est une conférence sur l'environnement. Comment concilier dès lors, développement des pays les moins avancés et préservation de l'environnement. Si la question est foncièrement pertinente, elle est surtout muette sur un enjeu de taille, clairement politique : la définition des rapports de force entre les pays riches et pays pauvres.
L'autorité de convoquer
Les Nations Unies, tel le roseau de la fable qui plie mais ne rompt pas, traversent les pires turbulences idéologiques, systémiques et de priorités de notre temps. Les années 80 sont celles qui lui ont asséné de violents coups de boutoirs, sous la forme de questionnements sur la pertinence de son existence, sur son rapport impact/coût. Les années 90 l'ont vu traîner la patte et tirer la langue financièrement. Le troisième millénaire est celui d'un profond questionnement sur son avenir. Comme du reste, celui de l'environnement mondial dont la société onusienne se préoccupe depuis 1992.
Au point de chercher des sources alternatives de financement. Aussi alternatives que le Loto évoqué récemment ou le mécénat de magnats de la presse mondialisée. Un indicateur de sa perte de vitesse était le nombre de conférences mondiales sur les questions sociales de la planète. Après Beijing en 1995, les grand-messes s'étaient raréfiées. Trop chères, trop de parlotte, trop peu de résultats, avaient commenté les argentiers de la coopération internationale.
Au-delà des conférences, les agences elles-mêmes avaient mis un genou à terre, faute de financement pour leurs aspirations politiques pour une communauté internationale plus équitable et qui sait pacifiée. Le cas le plus flagrant : l'Unesco. Ces mêmes agences que des observateurs accusaient le système des Nations Unies d'avoir multipliées afin de gérer les conséquences sociales des conflits politiques qu'il n'a jamais réussi à régler.
La capacité de convoquer
Lentement, le pendule revient et le " grand machin " est en train de retrouver la stature qu'il annonce. D'une part, parce que les maîtres du jeu actuels y trouvent un intérêt, d'autre part, du fait que l'état de la planète commande vraiment la construction d'une communauté internationale viable et durable dont seules les Nations Unies peuvent être l'architecte. Tant qu'il s'agira de pacifier des rapports de force, la légitimité reviendra aux Nations Unies.
Aujourd'hui, timidement, les grandes conférences semblent renouer avec la scène mondiale. Le menu est copieux, invitant. Politique comme l'est toute rencontre qui a l'ambition de toucher à tous les secteurs de la vie. L'eau, l'énergie, la santé, l'agriculture, l'environnement, la biodiversité, la désertification, la mondialisation, la consommation, la production, l'Afrique et le syndrome qui en résulte : la pauvreté. L'Etat des choses 10 ans après Rio 92.
L'art de convoquer
Tous les convives auront-ils accès aux mets significatifs ? S'ils devaient rentrer à la maison sur leur faim, les prochaines invitations pourraient bien perdre de leur force à nouveau. Alors l'hôte a-t-il la latitude pour affecter à chacun sa part ? Ou est-ce une autre autorité qui a déjà déterminé " les trois quarts du plan de mise en oeuvre " qui doit sortir du sommet.
La question est plus celle de la gouvernance internationale. Qui gouverne la planète, les relations internationales ? Qui dicte l'agenda mondial ?
Les douloureuses désillusions du passé rendent vigilantes ou paranoïaques. Aujourd'hui, la question de l'accès à l'eau est à l'ordre du jour. Tout comme elle l'a été il y a quelques années pour l'Inde. Les programmes retenus et exécutés avec empressement, ont engendré un empoisonnement à l'arsenic de masse inédit. L'accès au crédit agricole, dans le même pays, à des suicides de paysans indiens, désespéré par un endettement à vie de 75 dollars. L'humanitaire devient-il le nouveau marché de multinationales aux valeurs et méthodes usuraires ? Trop heureuses de donner un coup de pouce à la tenue de ces conférences où se dessine le marché chaque fois plus juteux de la pauvreté et du bien-être social, les multinationales sont aujourd'hui, les principaux argentiers de ces grandes foires à enjeux. Mais, sans impacts réels sur la marche du monde.
Quelles que soient les mesures prises par le sommet sur le futur de la planète, elles ne changeront pas fondamentalement les rapports de force entre producteurs et consommateurs. De la même manière que les associations de consommateurs ont trouvé une audience dans chaque pays, la communauté internationale " rêvée " ne fera pas l'économie d'une société civile internationale. Le commerce préside clairement aux destinées immédiates de la planète. Les capitaines d'industries sont indubitablement plus influents que les présidents, rois, Premiers ministres ou députés.
Seule une alliance entre société civile et états redonnera aux politiques, le poids et le rôle de régulateurs qui leur incombent. A cette condition, seulement pourra s'exercer le sain rapport de force avec le lobby qui a aujourd'hui récupéré les discours sociaux, démocratiques, humanistes pour s'en parer et créer des mots d'ordre en trompe-l'oeil tels l'humanitaire militaire, le droit d'ingérence humanitaire etc. Trompe-l'oeil sur lesquels se fracassent ceux qui y croient.
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