Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Communauté rurale de Colobane : Manque d'infrastructures, vol de bétail et exode rural à plein régime

Colobane est une des communautés rurales du département de Gossas (région de Fatick). Située entre Mbacké et Mbar, cette localité est peuplée de 13.452 habitants. Là-bas, l'hivernage n'a pas répondu aux attentes des populations qui n'espèrent pas avoir de bonnes récoltes d'arachide ou de mil. Celles-ci ne cessent de décrier un problème sérieux lié au vol de bétail dans leur terroir. Aussi, cette communauté rurale composée de 48 villages souffre d'un manque criard d'infrastructures dans les domaines de la santé, de l'hydraulique, des voies de communication. A cela s'ajoute l'insuffisance notoire de l'électrification, du téléphone dans cette localité où l'exode rural est un phénomène réel.

Colobane, chef-lieu de la communauté rurale du même nom, est très éloigné de la capitale régionale qu'est Fatick. Pour rallier cette localité, il faut aller jusqu'à Gossas en passant par Kaolack. De Gossas, il faut ensuite emprunter une route goudronnée qui mène vers Mbar avant de bifurquer à gauche et puis cap sur Colobane. Tout le long du parcours, les champs d'arachide et de mil sont légion. Ce qui laisse croire que cette partie du département de Gossas est sans conteste une zone d'agriculture. Aussi, de nombreux transhumants menant tranquillement leurs troupeaux de boeufs, de moutons, de chèvres vers des pâturages plus abondants ont attiré l'attention de plus d'un.

Dans cette communauté rurale, les populations ne fondent leur espoir que sur les cultures d'hivernage et l'élevage, faute de potentialités halieutiques et d'unités industrielles. Mais cette année, l'hivernage n'a pas tellement répondu aux attentes de ces paisibles populations malgré la reprise des pluies à la suite d'une longue pause pluviométrique. "Cette année, nous n'aurons pas une bonne production d'arachide, car il y a eu beaucoup de dégâts sur les cultures qui n'ont pas atteint le développement escompté. Il y a vraiment beaucoup de champs d'arachide, mais il n'y a pratiquement pas de graines", soutient le président du Conseil rural de Colobane, El Hadj Dame Loum, qui s'en remet tout simplement à Dieu. Il s'y ajoute que pour le mil, il y a des dégâts du fait des parasites.

Dans ce terroir, l'élevage est également l'une des activités traditionnelles. Et, dans chaque maison, on peut y trouver des boeufs, des moutons, des chèvres, de la volaille Selon le président du Conseil rural, le problème de l'alimentation du bétail va se poser là-bas, car l'hivernage n'est pas arrivée à maturité, ajoutant que le vol de bétail est également accentué dans cette zone et cela constitue une réelle préoccupation des populations qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Sur le plan de l'hydraulique, les besoins en eau de la communauté rurale ne sont pas entièrement couverts à cause de l'insuffisance notoire des infrastructures hydrauliques. A en croire notre interlocuteur, beaucoup de villages souffrent d'un manque d'eau, précisant que des villages-centres comme Boko, Mbarga, Gaindé Mbar ne disposent pas de forages ou d'installations d'adduction d'eau et, entre Colobane et Sadio, soit une distance de 30 km, il n'y a pas un seul forage. Pour l'heure, les 3 forages existants dans la communauté rurale se trouvent à Colobane, Médina et Bouré.

A Colobane, bon nombre de villages souffrent d'un problème d'enclavement. Si le village de Colobane est traversé par la route goudronnée reliant Mbacké à Kaffrine, les autres ne sont reliés au chef-lieu de communauté rurale que par des pistes de production, si bien que les populations éprouvent d'énormes difficultés à se déplacer. Mais, des solutions seront bientôt trouvées dans ce sens avec le Programme national des infrastructures rurales (PNIR) qui prévoit de réaliser dans cette zone 16 km de pistes pour un coût de 53.825.250 francs. Et deux cas sont retenus : Mouride-Ourour, Darou-Ndiaye, Colobane-Fissé-Touba Lewé.

LE POSTE DE SANTE :

70 ANS D'EXISTENCE SANS AMBULANCE

Le poste de santé de Colobane est l'une des structures sanitaires les plus vétustes du pays. Ce poste se trouve dans une situation désolante. Là, les locaux sont complètement dégradés, les équipements sont obsolètes et l'insécurité y règne, faute d'un mur de clôture. Il s'y ajoute que le matériel de travail fait cruellement défaut. Cette unique structure de la communauté rurale n'a jamais disposé d'une ambulance depuis sa création en 1932. C'est pourquoi le président du Conseil rural demande aux autorités centrales de doter ce poste d'une ambulance pour soulager les souffrances des populations qui, le plus souvent, transportent leurs malades par des charrettes vers le poste de santé.

Dès notre arrivée sur les lieux, nous apercevons quelques malades étendus sur des nattes en train de se reposer à côté des animaux sous l'arbre. A l'intérieur de ce poste de santé qui couvre 56 villages, ce qui frappe, c'est la dégradation des locaux, l'insalubrité, la vétusté des équipements (lits, tables, armoires). De plus, on peut constater qu'une bonne partie du plafond a cédé dans les différentes salles. Dans la salle d'attente, les malades faisaient la queue pour se faire consulter.

Dans le bureau du chef de poste, le spectacle est également désolant. Ce bureau très étroit ne dispose que d'équipements obsolètes, si bien que le maître des lieux, Balla Badiane, travaille dans des conditions difficiles. Cet infirmier chef de poste est secondé dans sa tâche par un agent sanitaire qui fait office de sage-femme à la maternité située à quelques mètres et trois agents de santé communautaire. Notre interlocuteur estime que son personnel est insuffisant dans la mesure où cette unique structure de la communauté rurale de Colobane couvre une population de 18.750 habitants, ajoutant qu'il s'avère nécessaire de renforcer ce personnel. Dans la même lancée, il soutient avec force que sa structure ne répond plus aux normes d'un poste de santé, d'autant plus que les locaux sont vétustes, les équipements non adéquats, sans compter le matériel de travail qui fait défaut et l'insécurité qui y règne à cause de l'inexistence d'un mur de clôture.

Ce poste de santé, très éloigné du centre de référence de Gossas, n'est pas doté d'une ambulance depuis sa création et cela pose un sérieux problème pour l'évacuation des malades. Selon M. Badiane, pour l'acheminement des malades vers Gossas, ils sont obligés de se rabattre sur les véhicules particuliers ou de transport en commun et cela dans des conditions inconfortables qui engendrent souvent des complications.

Des villages distants de 10 à 15 km, les populations évacuent les malades sur des charrettes vers la structure de Colobane. Après l'entretien avec le chef de poste, le président du comité de santé, Adama Camara, nous guide vers la maternité située tout juste à côté. Là, il se désole de l'état désolant de cette maternité où tout est vétuste. Même certaines fenêtres n'ont pas de battants si bien que le problème d'insécurité se pose. Toutefois, M. Camara fera noter que le comité a eu à mener des actions au niveau du bloc sanitaire. Eu égard à la situation qui prévaut au niveau de ce poste de santé de Colobane, il s'avère nécessaire que des solutions urgentes soient trouvées pour que cette structure retrouve son lustre d'antan.

Si Colobane dispose d'un collège d'enseignement moyen (CEM) polarisant 4 communautés rurales, depuis quelques années, au niveau de l'élémentaire, certaines écoles manquent de salles de classes, notamment dans les villages de Tégué Kébé, Madina, Boki Mbarga. Toutefois, selon M. Dame Loum, de nouvelles salles de classes ont été réalisées dans certains villages. L'électrification est aussi une des préoccupations des habitants de ce terroir où seul Colobane, sur les 48 villages, est sorti des ténèbres. Et c'est la même situation qui prévaut pour le téléphone dans cette communauté rurale où l'exode rural constitue un phénomène réel. "Pratiquement, tous les jeunes sont partis dans les grandes villes comme Dakar pour gagner leur vie. Ceux qui sont là présentement dans les villages n'attendent que la fin de l'hivernage pour plier bagages, car il n'y a rien qui puisse les retenir ici", soutient le président du Conseil rural qui n'a pas manqué de faire noter que la communauté rurale a reçu les vivres qu'il fallait et que la distribution s'est déroulée dans de bonnes conditions, précisant que chaque personne a reçu 10 kg de riz.

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