Propos Recueillis Par Fara Diaw
14 Novembre 2002
Ministre de la Santé, de l'Hygiène et de la Prévention, le Pr. Awa Marie Coll Seck explique, dans cette interview, sa vision des menaces que fait peser l'infection à VIH sur les jeunes. Spécialiste des maladies infectieuses, elle a eu, du temps où elle était chef de service à la clinique des maladies infectieuses "Iba Diop Mar" de l'hôpital de Fann, entre 1989 et 1996, avant d'aller officier à Genève au sein de la direction de l'ONUSIDA, à côtoyer le vécu des malades du SIDA. Elle connaît bien ce sujet pour s'être beaucoup investie dans le plaidoyer pour l'association de l'accès aux soins, à la prévention de l'infection à VIH, qui avait, seule, au début, le primat dans la lutte contre le SIDA.
Quelle importance accordez-vous à la campagne "Jeunes/médiats/sida" que vient de lancer FHI à la suite de MTV ?
Cette campagne jeunes contre le SIDA doit durer 6 mois, de juillet à décembre 2002, et est organisée par le FHI (Family Health International) et le Projet Youth Net à travers MTV (Londres).
C'est un défi majeur pour notre pays, le Sénégal, qui fait partie des 4 pays choisis dans le monde par Youth Net. La campagne a pour objectif de sensibiliser la cible jeune à travers les médias de masse et de créer les réflexes permettant aux jeunes de maîtriser leur environnement et d'agir sur celui-ci pour un changement de comportement durable.
Le gouvernement, par l'entremise du Conseil national de lutte contre le SIDA (CNLS), dont le ministre de la Santé, de l'Hygiène et de la Prévention assure la vice-présidence, et le FHI, entend donner à cette manifestation une tonalité et une envergure exceptionnelle. Tous les partenaires sont mis à contribution pour une réussite éclatante de cette campagne de sensibilisation. Le ministère de la Santé et de la Prévention, le ministère de l'Education, le ministère de la Jeunesse et d'autres départements ministériels y sont impliqués.
Les médias nationaux, régionaux et communautaires ont été mobilisés : RTS, Sud FM, Wal Fadjri, Dunya, Sokhna FM, Oxy-Jeunes, Soleil, Scoop, Radio Fissel, FM Joal, Niani FM, Radio Keur Momar Sarr ainsi que les partenaires de terrain : ACI, Awa, Swaa, ANCS, Enda Graf, les personnes vivant avec le VIH, les jeunes eux-mêmes, les artistes, les religieux, les leaders communautaires et les communicateurs traditionnels.
Ainsi, durant 6 mois, les médias vont produire et diffuser divers produits : émissions interactives, reportages, forums, sketches, interviews, spots, émissions publiques dans divers lieux (quartiers, loumas, plages, etc.) Et c'est sur la base d'un consensus et d'un cahier de charges obtenus avec toutes les parties prenantes que FHI a signé des conventions de financement avec chaque partenaire. Nous accordons une importance toute particulière à la mise en oeuvre et à la réussite de cette campagne de sensibilisation des jeunes qui doivent acquérir les aptitudes requises pour réduire leur vulnérabilité à l'infection au VIH. Ces derniers doivent avoir accès à l'information, à l'éducation pour se protéger de cette pandémie qui est en train de compromettre le développement socio-économique de nos pays".
Quelle est la place que vous concédez à la sensibilisation des jeunes face au VIH/SIDA dont on dit qu'ils constituent la frange de la population la plus menacée, voire touchée par l'épidémie de l'infection à VIH ?
"Les jeunes sont vulnérables au VIH/SIDA parce qu'ils sont sexuellement les plus actifs avec un comportement à risques ou parce qu'ils n'ont pas accès à l'information sur les VIH et aux services de prévention. N'oublions pas que certains d'entre eux utilisent également des drogues par voie intraveineuse. Au Sénégal, les jeunes représentent 57,7% de la population et sont notre meilleur espoir pour la société de demain. Nous comptons beaucoup sur cette jeunesse pour inverser la tendance de l'épidémie si elle dispose des outils et du soutien nécessaires. Dans notre pays, la dernière enquête sur la surveillance comportementale, en 2001, a montré que l'âge moyen du premier rapport sexuel est de 17 ans chez les élèves et de 16 ans chez les vendeuses ambulantes ou établies à un point fixe. Il était de 15 ans chez les élèves garçons et 16 ans chez les apprentis.
Les jeunes en milieu scolaire maîtrisent mieux les notions de séropositivité et les connaissances des moyens de prévention du SIDA. Nous sommes convaincus que l'évolution future de l'épidémie dépend des moyens et des efforts déployés aujourd'hui pour prévenir l'infection à VIH parmi les jeunes. En s'appuyant sur un principe fondamental qui est la conviction que les jeunes sont eux-mêmes une force de changement, des stratégies multiformes nécessaires pour les aider à se prémunir contre cette maladie peuvent être mises en oeuvre. Nous devons promouvoir une sexualité sûre et ou une abstinence au moyen de campagne d'éducation et de communication grâce à un accès à une information actualisée, à des conseils et des services d'écoute, de santé reproductive ou de traitement des IST.
Quel appel lancez-vous par rapport à la contribution attendue des médiats et en direction des jeunes ?
"Les médias ont toujours joué un rôle fondamental dans la mobilisation, l'éducation et la sensibilisation du grand public. La collaboration dans la lutte contre le VIH/SIDA date du début de l'épidémie avec la mise en oeuvre des stratégies du programme de lutte contre le SIDA. Nous réitérons ainsi un appel aux médias pour la production, la diffusion de différents matériels audiovisuels pour la sensibilisation et l'éducation des populations sur la prévention du VIH. Le partenariat permanent entre les médias, les partenaires au Développement et le ministère chargé de la Santé et aujourd'hui le Conseil national a été initié en privilégiant la transparence dans la collaboration. Le renforcement continu des connaissances des professionnels des médias a contribué à une meilleure visibilité de l'information et de la réponse au VIH/SIDA. Nous savons compter sur leur disponibilité et leur expertise pour y parvenir".
Comment appréciez-vous l'appui des partenaires au développement dont principalement FHI/USAID dans la lutte contre le SIDA et globalement dans la santé de la reproduction ?
"L'USAID participe depuis longtemps aux côtés du gouvernement au financement de programmes de santé, en particulier la Santé Reproductive et la lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le SIDA, avec le FHI et ADEMAS comme agence d'exécution. C'est une occasion pour moi de remercier encore une fois le gouvernement américain pour son engagement, sa disponibilité pour faire face aux multiples enjeux de la santé.
Dans la réponse au SIDA, beaucoup de partenaires nous appuient: L'Union européenne, la France, l'Allemagne, le Canada avec comme agence d'exécution le CCISD, la Belgique, l'ONUSIDA, l'OMS, le PNUD, le FNUAP, l'UNICEF, la Banque mondiale, le Fonds mondial. Toutes ces interventions pour faire face à l'épidémie du VIH sont coordonnées au niveau des partenaires par le Groupe thématique ONUSIDA dont le président est le Représentant résident de l'UNICEF".
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