Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Centre de traitement ambulatoire: pour une meilleure prise en charge des malades

MaÏmouna Gueye

3 Décembre 2002


Le Centre de Traitement Ambulatoire (CTA) est une structure du service des maladies infectieuses du CHU Fann qui compte parmi ses patients des personnes vivant avec le VIH (PVVIH).Et le CTA s'occupe en l'occurrence des pathologies chroniques comme l'infection à VIH, la tuberculose Inauguré en juin 1998, le CTA a commencé à être fonctionnel à partir du mois d'août de la même année.

Selon le docteur Ndèye Fatou Ngom Guèye, directrice du CTA, on y assure une prise en charge globale des malades. Notamment celle des Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH). La prise en charge touche principalement trois volets : médical, psycho-social et nutritionnel.

L'aspect médical concerne selon Ndèye Fatou Ngom Guèye surtout les infections opportunistes, le suivi des maladies antirétrovirales. S'agissant du suivi des patients sous ARV, le docteur Louis Martin Diouf, médecin-adjoint au CTA souligne qu'avant qu'on ne mette les PVVIH sous traitement, on renforce le conseil, on leur explique l'importance de la prise des ARV, celle du suivi biologique régulier qui doit avoir lieu une fois tous les six mois. En effet, toutes ces dimensions permettent de : " témoigner de l'efficacité des ARV ", insiste-t-il. C'est dans ce cadre que certains patients ont participé à l'essai thérapeutique consistant à tester des molécules qui ont montré leur efficacité dans d'autres pays avant de les adopter définitivement.

Le volet médical implique également les consultations psychiatriques qui ont lieu tous les 15 jours. " Si on sent que le patient en a vraiment besoin, on le met en rapport avec le spécialiste qui a pour rôle de renforcer le counselling qui est un aspect très important voire fondamental dans la prise en charge des PVVIH. Dr Martin Diouf ne manque pas de souligner l'hospitalisation de jour qui est de courte durée et dont bénéficient certains patients.

" Sur place, on leur fait de la réhydratation, de la transfusion ainsi que les premiers soins d'urgence en attendant, par exemple, que le patient soit admis dans un centre spécialisé, informe Martin Diouf qui ajoute que pendant ces hospitalisations de jour, on donne aux malades le repas et dès fois le transport au cas où le patient n'en aurait pas les moyens. " C'est pour les encourager à revenir ", dit-il.

VISITES A DOMICILE

Au niveau de la prise en charge psycho-sociale, on note la présence d'un psychologue dans la période de consultation. Le spécialiste observe aussi bien les patients que les soignants. Son observation est importante, car elle peut, par exemple, permettre de détecter les éventuels signes d'épuisement, de fatigue qui peuvent affecter le soignant. Aussi permet-elle de déterminer si celui-ci est à même de continuer à suivre ou non le patient.

Par la suite, le psychologue coordonne une réunion en rapport avec les médecins à qui il expose les améliorations qu'il y a lieu d'apporter dans leurs relations avec les patients. Pour ces derniers, le psychologue les voit en aparté afin d'étudier ensemble les problèmes qu'ils ne peuvent pas exposer en public, lors des groupes de parole.

Autre aspect important du volet psycho-social : les visites à domicile faites par un assistant pour s'enquérir le plus souvent de la situation du patient qui ne vient plus à ses consultations. Soit parce qu'il est décédé, soit parce qu'il est asymptomatique, car ne présentant aucun signe clinique. Et le docteur Martin Diouf insiste beaucoup sur ces cas qui peuvent être très dangereux pour la société. " Si on ne les conseille pas, ils peuvent faire des rapports sexuels non protégés. Ce qui serait catastrophique ", avertit-il. Un patient peut également ne plus sentir la nécessité de se présenter dans une structure hospitalière, pour la raison qu'il manque de moyens ou simplement parce qu'il a pris l'option de suivre un traitement traditionnel.

GROUPES DE PAROLES, ECOUTE-CONSEIL

Quelles que soient les raisons, les visites à domicile permettent à l'assistant de voir l'ambiance dans laquelle baigne le malade. Elles peuvent permettre de voir si oui ou non la PVVIH a partagé l'information, si elle est bien soutenue par sa famille. Les visites intra-hospitalières s'inscrivent dans le même cadre. Cette fois-ci, l'assistant tente de voir si les médecins s'occupent bien des PVVIH et si on leur achète leurs médicaments.

Il y a aussi les groupes de paroles qui jouent un rôle essentiel dans la prise en charge. Ils permettent aux PVVIH de discuter entre elles, d'échanger en présence de facilitateurs, de médecins, de psychologues, sociologues : " qui sont là pour canaliser le débat ", précise Dr Martin Diouf. Dans les groupes de paroles, les patients proposent des thèmes comme le désir d'enfants, la prise des ARV, l'actualité thérapeutique sur l'infection à VIH, le port du préservatif Autant de thèmes sur lesquels planchent les PVVIH qui tentent elles-mêmes d'apporter des solutions à travers leurs échanges. Et, au sortir de ces groupes de parole : " il y a beaucoup de patients qui sont soulagés et qui demandent à monter une association ", note Martin Diouf.

Le centre de traitement ambulatoire fait beaucoup d'effort dans la prise en charge des PVVIH. Mais, " l'idéal serait d'avoir d'autres structures pareilles dans le pays ", indique Louis Martin Diouf. Poursuivant, il affirme que le CTA prévoit de faire de l'écoute-conseil afin de permettre aux personnes qui le désirent de poser des questions sur les sujets qui les préoccupent par rapport à l'infection à VIH. Au téléphone, les spécialistes pourront répondre aux différentes sollicitations relatives, par exemple, aux " accidents " du sexe, comme un préservatif qui éclate au cours du rapport sexuel. Il y a aussi les problèmes de lévirat ou de sororat qui inquiètent beaucoup de personnes, la nécessité de faire un bilan prénuptial ... Autant d'aspects qui pourront directement trouver réponse dans le cadre du service écoute-conseil que projette de monter le CTA.

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