Sud Quotidien (Dakar)

24 Décembre 2002

Afrique de l'Ouest: Les forces de la CEDEAO en Cote d'Ivoire : une seule mission ,la guerre

La Côte d'Ivoire est-elle maudite ? Noël se suit et se ressemble chez les Ivoiriens, depuis trois ans. Le coup d'Etat de décembre 1999 avait manqué de peu d'installer le pays dans l'insécurité. Et partant d'embraser la sous-région. La Côte d'Ivoire pose toujours problème. Aujourd'hui, la voie au suicide est presque aussi bien dégagée qu'à noël 1999.

Depuis quelques mois, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) tente une médiation, pour envoyer des forces d'interposition sur place. Mais, entre le où, le quand et le comment, mille questions n'ont pas encore trouvé des réponses. Pendant ce temps, des hommes, femmes et enfants tombent tous les jours sous les balles. S'ils ne sont pas simplement assassinés.

De guerre lasse, on assiste à une pléthore d'annonces des chefs d'Etats et de ministres, sur la composition des forces en question, des pays qui devraient composer le contingent, du commandant qui doit le diriger, du pays qui doit donner les armes, de la position des armées françaises etc. etc. Les canons tonnent, les cadavres jonchent les rues. La Cedeao cherche la formule.

Sur ces questions majeures, la lenteur des négociations entre rebelles et représentants du gouvernement ivoirien à Lomé, Accra ou Dakar n'a pas globalement permis de faire avancer les choses. Se greffent à toutes ces contingences, les querelles et guerres de positionnement des uns et des autres leaders de la Cedeao. Chacun tente, en ce qui le concerne, de donner la seule bonne solution à l'affaire. Pendant qu'à tour de rôle les va-et-vient de chefs d'Etat se multiplient entre Lomé, Dakar, Accra, Abidjan et Paris, la Côte d'Ivoire se résume pour le gouvernement de Gbagbo à la seule grande métropole d'Abidjan.

Le reste du pays, l'Ouest est aux mains des rebelles du front de l'Ouest, fidèles à feu Robert Gueï. Alors, que du côté du Nord et de la ville centrale de Bouaké, l'autre frange de rebelles y joue les rois. Le reste est constitué de no man's land, conquis de temps à autre par une des franges en conflit. Et tout de suite récupérés, le lendemain par une autre force.

Dans ce magma qui durcit au fil du temps, l'Armée française, du fait sa supériorité militaire, gère les espaces de richesse où sont concentrés quelques-uns de ses ressortissants. En corrigeant, chaque fois que le besoin s'en fait sentir, les imprudents qui menacent son "territoire".

Que reste-t-il à partir de ce moment, aux forces de la Cedeao ?

Vraisemblablement dans un premier temps, la défense de la ville-forteresse d'Abidjan où l'armée ivoirienne, qui a bien du mal à estimer les moyens en hommes et en armes des rebelles, a rassemblé le gros de ses troupes. Le second scénario pour les forces de la Cedeao, serait peut-être de profiter du retrait des forces françaises sur leurs positions, pour se positionner. Mais là également, elles ont trouvé plus rapides qu'elles. Car en engageant des mercenaires, l'armée ivoirienne s'est engagée dans un nouveau jeu favori : la stratégie de la "guerre des poltrons". En suivant au pas, les traces de l'armée française.

A partir de ce moment, le seul cas de figure qui s'offre aux forces de la Cedeao, qui semblent manquer de repères sur leurs commandements et la nature du terrain, comparés aux rebelles qui se sont déjà appropriés l'espace et le terrain, sera de gagner des positions. Et comment ?

Les cas de figure ne manquent pas sur ce point-là aussi. Quelles forces accepteront de laisser une place aux forces de la Cedeao, comme sur un plateau ? Les Français seraient les derniers à le faire. Dans la mesure où des centaines, voire des milliers de leurs ressortissants ont vécu depuis plusieurs générations, en Côte d'Ivoire. Dans le cas de Gbagbo et son régime, la réponse sera sans doute, non. Quand ils se rappelleront l'attitude passive des forces d'interposition de l'Organisation de l'unité africaine (Oua), lors de la chute au Tchad en 1981, du gouvernement de Goukouni Ouedèye. Quand, la crosse à terre, les forces d'interposition dépêchées par l'Oua, ont laissé Hissène Habré et ses hommes entrer librement à Ndjaména, la pipe à la bouche. Sans aucune résistance.

Et côté rebelle alors ? A moins de s'envoyer à la mort, ces derniers aussi risquent de ne faire aucunement confiance aux forces de la Cedeao sur leurs chemins. Ils verront toujours derrière les déclarations contradictoires des chefs d'Etat qui la composent et leurs rivalités affichées au grand jour, les failles d'une équipe où la principale force ne semble pas être la solidarité. A moins de s'offrir comme victimes expiatoires, les rebelles ne laisseront pas faire. Et ne se laisseront pas faire.

C'est dans ce contexte global que la Cedeao et ses hommes devraient aujourd'hui intervenir en Côte d'Ivoire. Pour y faire quoi ? Deux alternatives leur seront offertes pour le moment. Le suicide en jouant les forces d'interposition. La guerre, pour trouver une position stratégique à partir de laquelle, elles pourraient défendre une portion de Côte d'Ivoire. S'il en reste.

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