Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: 22 février 1936 : Il y a 67 ans naissait le Daring Club Motema Pembe

Kinshasa — En 1917, venu de Bruges en Belgique, le Révérend Père Raphaël de la Kethulle de Ryhove débarque à Kinshasa où il va bâtir l'Ecole Sainte Anne.

L'année suivante se créent dans la ville les équipes de l'Ecole de Kinshasa, de Léo II, des Coastmen et des Angolais qui s'affrontent dans une compétition qu'organise l'Union Sportive de Kinshasa (USK), organisme né à la même période. Par la suite, vont se constituer Léo Club, Renaissance, Standard, Boma Club, Congo Club, Amicale Kisantu. Deux terrains sont à cet effet utilisés, plus précisément celui à l'emplacement actuel des Ambassades du Portugal et des Etats-Unis d'Amérique et celui se trouvant devant la Bralima sur l'espace où sont érigés les immeubles Sogalkin et ex-Aca, de l'autre côté de ce qu'est devenue l'avenue Joseph Kabasele Tshamala, ex-avenue du Flambeau, à Barumbu. A cette époque, les joueurs évoluent pieds nus, les bottines n'ayant été chaussées qu'à la fin de la guerre mondiale, à partir de 1945.

Pour occuper ses élèves après les cours, Père Raphaël lance entre autres, le scoutisme et les activités sportives. Ainsi, dix-huit ans après son arrivée, il monte, à l'école même, trois équipes de catégorie juniors en empruntant des noms des équipes de division I prenant part à un championnat structuré. On les appelle Union, Renaissance et Standard. Cette dernière se compose des élèves diplômés que sont François Mapaku, Albert Mongita, Matthieu Masaya, Gérard Kelon, Michel Kalinga, Pierre Engoba, Ignace Bakute, Hubert Bangala, Alphonse Bandjeka, Fabien Longange.

Le problème est que les diplômés ne font pas éternellement partie de l'effectif scolaire. Lesquels se sont donc lancés dans la vie active. Pour ne pas perdre continuellement le éléments ayant du talent, l'idée émerge d'inscrire une équipe au championnat.

La première équipe du Daring

Fin 1935, la population de Kinshasa s'élève à 80.000 âmes. Et, l'USK change d'appellation et devient Fédération sportive congolaise (Fesco).

L'entraîneur général officiel, le Belge Romain Nelissen s'entend avec le Révérend Père Raphaël pour former un ensemble homogène avec les diplômés et les élèves encore sur le banc mais aptes à tenir les chocs de haut niveau. Il faut être solides pour soutenir la concurrence surtout dans des parties où on ne se fait pas de cadeau. Les enfants de choeur n'ont donc pas de place sur "les champs de bataille".

On rassemble alors Wabola, Makosso Joseph, Kanza Philippe, Mukoko Louis, Kalimasi jean, Moket Maurice, Mpeti Joseph, Mukanda François, Bolikango Jean et Bongonga Gaston. Le groupe manque néanmoins de gardien, un bon pouvant arrêter les boulets fumants adverses. Celui du Standard est unanimement visé. Il répond au nom de Mapaku Lassy François. Né le 22 février 1918 sur la rue Giri (près de l'actuel bureau de la Police spéciale/Routière et derrière l'Ecole Armée du Salut), il habite en ce moment-là sur l'avenue Haga 23, croisement avec Comfina, toujours, à Citas/Barumbu. Il est collé à la nouvelle équipe ainsi constituée, le 22 février 1936, l'appellation de Daring de Bruxelles, chacun en ce temps de la colonie aspirant à s'identifier à tout ce qui se passe dans la métropole belge. On lui fait porter, à la même occasion, les couleurs rouge et jaune.

Le nouveau venu a cependant difficile à trouver ses marques dans un monde où règne en maître Renaissance (l'ancêtre de l'AS V. Club). La persévérance aboutit, en 1945, au premier sacre du Daring qui prend le dessus sur ses rivaux avant de monter sur la plus haute marche du podium. Son deuxième titre au championnat de Léopoldville, il va l'enregistrer en 1949.

Changement des couleurs

Un fait à remarquer. Deux années auparavant, le R.P. Raphaël avait décidé, sans que l'on ne sache trop pourquoi, de bouleverser toutes les couleurs des équipes de division supérieure. Ainsi, V. Club qui mettait, sur son maillot vert et blanc, un V noir (signe emprunté d'un avion de guerre allié) se voyait imposer le vert et le noir tandis que le vert et le blanc étaient remis au Daring alors que Dragons, lui, prenait le rouge et le jaune avec culotte noire (le tricolore du drapeau du Royaume de Belgique).

Une circulaire signée par le prêtre catholique recommande aux équipes possédant des membres de manière pléthorique à se doter des filiales. Sporting de l'Ecole Sainte Anne sert de passage au FC Union, évoluant en première division, qui se constitue à son tour en réservoir naturel du Daring. Il est à signaler que Sporting prend part à un championnat interscolaire non botté avec Salut Sport, Roitelet, Olympic, Courrier d'Afrique, etc. Ebumba, Nzeza Faustin, Mukoko Samu, Makonga y affûtent leurs armes.

Le passage de Union au Daring se déroulant automatiquement à partir de 1952 et comme l'option est de rajeunir ce dernier, les élèves finalistes des études moyennes en 1950 y vont en renfort. Kibiasi vient doubler Otomba dans les buts en ayant pour coéquipiers Ngelebeya, Tangu Ignace, Lusimba, Masandji Bernard, Makakila, Matingu André, Ebeya Dieudonné, Tekasala, Egongo François. Y prestent déjà Toti, Roboni Mbangani, Kalala "Nkadia Pemba", Bohulu, Mpeti, Ngombo Désiré "Ressort", Mercator, Miranda, Djambo Henri, Mofe, Holden Roberto (de retour de Elisabethville), Ngangu Alexandre, Osango Pierre, Bolikango Michel, Amara, Maufranc (grand-frère de Etwe), Abgepa.

Le comité sportif est présidé pr un certain Cyrile Adoula avec comme secrétaire Pongo Charles, tandis que Dionge Arsène, Ntela Henri, Bola Marcel, Amiso Arthur en sont membres. Paul Gnilo, le propriétaire du bar 'Yaka Awa" au croisement de l'avenue Prince Baudouin et de la rue Luvua, en est le donateur tout comme Gabriel Lumbu de "Nzinzi" bar sur Gambela/Inzia dans la commune de Dendale.

Peu après, les conditions changent pour l'enrôlement des joueurs. Il faut justifier préalablement d'un emploi, être clerc pour y être admis, l'affirmation du Daring ne dépendant plus des élèves de Sainte Anne.

La pluie (1954) et le beau temps (1955)

Amiso Arthur est à la tête de l'exécutif du Daring secondé par Mbila, Kinkela, Bunduki, Armand Maertens, joueur puis dirigeant. Apparaît le phénomène Pereira, employé à la Sogeaf et féticheur attitré. Le président l'a connu par l'intermédiaire de son cousin Longby Jean, alors simple supporter.

La relève sur le terrain est assurée par les Bonga-Bonga Paul, Nganga Dafirma, Balondo major, Androkwa, Lefimbo, Mpasi "Carré", Katete, Matuba, Odjudjwa, Benjamin Reoynino (aide de camp du président gabonais Bongo).

Un événement malheureux survient à la fin de la saison sportive 1954. Lors de la dernière journée d'un championnat que le Daring a longtemps mené, le pied Camille Yambe lui fait mordre la poussière au profit de Vaticano, vainqueur par 0-1. En second match, le même jour, V. Club profite du coup de pouce de son petit-frère pour écraser celui de son rival, en l'occurrence Union, 4-0, et s'adjuger automatiquement le titre. On parle d'un coup monté par Reveira contre le président Amiso qui est d'ailleurs déposé par Dionge Arsène après avoir été copieusement taxé de corruption. Même son épouse est agonie d'injures à leur domicile, sur la rue Kindu 76, situé juste derrière le stade Reine Astride d'où est venue la misère du couple.

La plaie est tellement profonde que même quand le Daring s'en va gagner, 4-3, Diables Noirs au stade Eboué à Brazzaville, le retour de la délégation est très mouvementé au Beach où ses membres sont lapidés par des supporters inconsolables, en ce début de la saison 1955. Patiemment l'entraîneur Decorte, agent d'une banque, poursuit son travail technique. Dans le rôle de pourvoyeur, Bonga-Bonga est associé à Mayunga Max. Le Daring "Matiti mabe" allie l'utile à l'agréable. Diables Noirs de Brazzaville est taillé en pièces, 5-1, avec un dernier but de la tête de Dominique (oncle du futur joueur Camille Mahungu Lutovoka). Au stade Roi Baudouin, inauguré peu de temps avant,; Dragons reçoit une véritable déculotté, 9-1. Son solide arrière des Hebreux quitte le terrain, dégoûté. Dans la foulée, tombe une tradition qui faisait du Daring une proie facile, depuis 1949, de V. Club, désillusionné sur la marque de 2-0. Le président a pour nom : Mayinga Anderson.

Bonga Bonga le génie Trop fort, le club vert et blanc réalise le doublé (1955, 1956) en championnat. D'ailleurs quand s'annonce, en 1957, une tournée en Belgique de l'équipe nationale, les "Lions", 9 éléments proviennent de cette formidable phalange, à savoir Balondo, Mayunga, Mpase, Nganga, Ebumba, Kibiasi, Androkwa et Bonga-Bonga.

Au retour au pays, le plus doué de tous, Paul Bonga-Bonga est sollicité par Standard de Liège. Toutes les démarches sont entreprises par M. Hendricks, secrétaire général de l'Association Royale Sportive du Congo Belge et du Rwanda-Urundi (Arsc). Ni les modalités du contrat ni le montant du transfert n'ont jamais été divulgués. Il restera à Sclessin jusqu'en 1963 en raflant au passage le titre de champion de Belgique en 1958-1959, 1959-1960, 1961-1962. Son immense talent est récompensé, entre autre par la médaille d'or ARSC en 1956 à Kinshasa, par l'acquisition, s'il vous plaît, du "Ballon d'argent" comme meilleur joueur d'Europe en 1962. Il reçoit également une plaquette de la ville de Liège (Standard ayant été désigné meilleure équipe de Belgique en 1961, la médaille du Trophée Papaert du journal Les Sports en 1962 suite à une série de 21 matches sans défaite alors que le début du championnat était catastrophique. Passé en 1963, au Sporting Charleroi, alors en deuxième division, Bonga-Bonga réussit à le faire monter en division supérieure deux ans plus tard où une médaille d'argent lui est attribuée à l'issue de la saison 1965-1966. Il n'a jamais été "Léopard" et est rentrée définitivement en RD Congo en 1970.

Pour revenir au Daring, les belles choses ayant un terme, les querelles byzantines le minent de l'intérieur. En 1958, en championnat de Léo, sa large avance de 4-1 est vite annihilée par l'AS V. Club qui finit par l'mporter incroyablement sur le score de 4-5. L'ancien président Amiso rit sous cape. Sur la pelouse du stade Roi Baudouin, le capitaine Balondo, touché, a tenu à continuer la partie. Androkwa, trahi, par l'âge, n'a pu avoir la fraîcheur physique voulue. Tandis que le gardien Mbika, habitant le même quartier que le rapide ailier gauche Mondenge de V. Club, est soupçonné de s'être volontairement montré mou. Bref, tout ceci explique le pâleur qu'offre l'équipe.

Voici l'Afrique

En 1960, Kialunda Julien, Mambu Roro viennent susciter de l'espoir. Quand l'incorporation de la génération exceptionnelle est assurée par Kiala Decoulot (petit-frère de Kialunda), Nsay Gabriel, Tshiswaka Lépold, Esamba, Bessy, Muwawa, Damena, Mombito, Elifa, Kalonji Amalfi avec comme gardiens Kibiasi, Bikoko Martin, Mbunga "Léger" et Dionde, le Daring retrouve la lueur. Le groupe survole le championnat en 1963 sous la présidence de Kinkela Alphonse, administrateur de la sûreté, ayant comme vice-président Bunduki Pascal et Mbila, secrétaire Kalonji Mutambayi Isaac.

MM. Costa (Grec) et Laboudick (François) arrangent, en accord avec le numéro un de l'équipe, un voyage pour la Belgique et la Grèce à la seule condition de battre V. Club en Coupe de l'Onu. Objectif atteint puisque le Daring est vainqueur par 1-2. Le froid qui sévit en Europe en novembre, handicape sérieusement les joueurs contre Union Saint Gilloise (1-8) et Charleroi (1-1) en Belgique ainsi que Panathionaïkos (1-3) en Grèce. Cependant, l'année suivante, le club vert et blanc va enlever la première édition de la Coupe du Congo.

Ce triomphe national lui donne le droit de s'inscrire dans la première édition de la Coupe d'Afrique des clubs champions dont le trophée est offert par Kwame Nkrumah, le président du Ghana. Le Daring tombe sur Oryx de Douala du Maréchal Mbappé Leppé : 0-1 à Douala, 1-1 à Kinshasa. La formation camerounaise se qualifiera pour le tournoi final triangulaire prévu en février 1965 à Accra, au Ghana, et le raflera.

Le mérite du Daring est d'avoir été la première équipe congolaise à s'être aventurée en compétition continentale où sa prestation avait été des plus remarquables.

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