La Tribune (Algiers)

27 Avril 2003

Algérie: L'Institut de l'audiovisuel de Ouled Fayet végète

Créé en 1990, l'INSFP est encore, faute de moyens, loin de répondre à ses objectifs. D'autre part, on croit savoir que le ministère de la Culture compte lancer une école supérieure de l'audiovisuel. Mauvaise concurrence ou complémentarité ?

Depuis qu'il a été créé par le décret exécutif n° 90-235 du 25/07/1990, l'Institut national des métiers de l'audiovisuel et de la communication de Ouled Fayet (INSFP) n'arrive toujours pas à répondre à sa vocation première, la formation dans des spécialités audiovisuelles. Et pour cause, cet institut ne dispose pas d'enseignants spécialisés dans les domaines en question. Ce qui porte un coup dur à la qualité de la formation dispensée dans cet institut, l'unique du genre en Algérie et en Afrique. L'INSFP se retrouve ainsi aujourd'hui à la croisée des chemins. Faute de moyens, il n'assure, depuis sa création, que des spécialités auxiliaires à l'audiovisuel, dont la photographie. D'autre part, seules les techniques d'exploitation et de maintenance des équipements audiovisuels sont enseignées. Une seule et dernière section en son radio a été lancée en 1993.

Tutelle inadéquate

Placé sous la tutelle du ministère de la Formation professionnelle, cet institut, si paradoxal que cela puisse paraître, n'a pas de liens avec le ministère de la Culture. Pourtant, les spécialités enseignées sont, elles, en relation directe avec l'activité culturelle. La formation initiale de techniciens et de techniciens supérieurs dans les techniques de l'audiovisuel et de la communication, le perfectionnement et le recyclage des professionnels de l'audiovisuel, l'assistance technique et pédagogique dans le domaine, la contribution aux activités d'étude et de recherche en relation avec d'autres organismes et institutions sont autant de missions attribuées à l'INSFP lors de sa création. Missions qui restent toutefois tributaires de la spécialisation des enseignants qui tarde à venir. La formation, qui reste beaucoup plus théorique que pratique, se décompose en trois parties. Le premier semestre est consacré à l'homogénéisation et la consolidation des connaissances scientifiques et techniques et la connaissance des métiers de l'audiovisuel. Quant aux semestres suivants, ils permettent à l'élève d'acquérir les connaissances techniques et artistiques dans la spécialité. C'est durant le dernier semestre que l'étudiant est appelé à parfaire ses connaissances théoriques acquises durant les semestres antérieures à travers notamment le stage pratique au sein d'une entreprise audiovisuelle. Mais ce programme, bien qu'ambitieux, n'a pas été réalisable durant ces dernières années. Il faut dire que cet institut a vécu une longue période de léthargie. «Les années de terrorisme qui ont sévi dans notre pays, en plus de sa situation d'isolement, nous ont particulièrement pénalisés», indique Gani, chef de service formation, orientation et recrutement.

L'écueil de la spécialisation

«Les élèves se sont, à vrai dire, contentés d'une formation théorique et n'accomplissaient pas des stages pratiques, insécurité oblige. D'autant que décrocher un stage dans une entreprise de l'audiovisuel, particulièrement l'ENTV, n'est pas chose facile. Pour le stagiaire, cela relève du parcours du combattant.» «Aujourd'hui, même avec l'équipement récent et performant dont nous venons d'être dotés, nous n'avons malheureusement pas d'enseignants spécialisés qui pourraient éventuellement s'en servir et le faire fonctionner», explique M. Gani. «En fait, le matériel n'est exploitable qu'à 20%. D'où la nécessité de réfléchir à des formules pour prendre en charge le volet important de la spécialisation. L'idéal serait de signer des conventions avec des professionnels de l'audiovisuel [ENTV ou autres entreprises] afin de profiter de l'expérience des réalisateurs par exemple qui pourraient éventuellement donner des cours à nos élèves. Cette formule a été adoptée par l'Institut des arts dramatiques qui avait recruté, à une certaine époque, dans le cadre d'une convention avec le ministère de la Culture, des réalisateurs, ingénieurs du son [ ]»

Réalités et espoirs

Nouvellement nommé au poste de directeur de l'INSFP, M. Badrani, qui occupait le poste de directeur de l'Institut de maintenance informatique de Mohammadia d'Alger, compte bien faire retrouver ses lettres de noblesse à ce centre en lui donnant un nouveau souffle. «Cet institut doit à tout prix remplir les objectifs pour lesquels il a été créé. Le ministère de la Formation professionnelle, lui aussi, y tient, vu l'importance que revêt l'institut à l'échelle nationale et africaine. Ainsi, nous comptons prochainement lancer un programme de modernisation avec l'organisation de stages de formation en faveur des enseignants en France et en Belgique notamment afin de leur permettre d'être à jour et de ne pas rester à la traîne de ce qui se passe dans le monde de l'audiovisuel. Au programme aussi : jumelage avec des établissements audiovisuels étrangers et recrutement d'experts dans le domaine. Il y a lieu de noter que nous sommes en train de réfléchir à la mise en place des premiers jalons d'une convention cadre avec le ministère de la Culture qui porte sur plusieurs axes, y compris la mise en place de projets avec l'ENTV qui permettra de profiter des moyens et des capacités dont dispose chaque partie.»

Mauvaise concurrence

Il semble, par ailleurs, que le ministère de la Culture va mettre sur pied un projet relatif à la création d'une école supérieure de l'audiovisuel qui propose les mêmes spécialités. Il est dommage que cet institut porte l'appellation d'institut d'audiovisuel, car les spécialités qu'il propose n'ont, il faut le dire, rien à voir avec le domaine. L'objectif, aujourd'hui, est de lancer les véritables spécialités relatives aux techniques audiovisuelles (son, image, vidéo, montage, réalisation et mise en scène). Et, pourquoi pas, d'autres spécialités diverses dans le cadre d'une formation continue et de perfectionnement. Il faut également renouveler les contrats avec l'ENTV et autres établissements audiovisuels pour l'organisation de stages pratiques, qui se faisaient jusque-là que grâce à des relations personnelles. «Bien que cet institut soit d'un intérêt capital, il n'a pas bénéficié de toute l'attention qu'il mérite», précisent les responsables de l'INSFP. Sa capacité théorique est de 480 stagiaires mais il n'en accueille réellement que 390. L'accès est ouvert aux élèves de toutes les régions du territoire national et même étrangers qui sont hébergés à l'internat. Ils ont également des possibilités de bénéficier d'une bourse d'études d'entre 600 et 900 dinars. Les candidats ayant le niveau de 3ème AS pour les techniciens supérieurs et de 2ème AS pour les techniciens sont retenus sur la base d'une sélection qui se fait deux fois par an. La durée de la formation varie entre 25 et 30 mois. La formation est dispensée par 19 enseignants issus des universités algériennes mais sans spécialisation dans le domaine de l'audiovisuel, ce qui pose un réel problème.

Capacités et privilèges

L'institut veut ainsi répondre aux attentes et besoins des entreprises audiovisuelles existant sur le marché national, à savoir les stations de radio et de télévision, les studios d'enregistrement, les sociétés de production audiovisuelle et de spectacles, les services audiovisuels et de communication internes intégrés des entreprises et des firmes de publicité. «A un moment donné, entre 1992 et 1996, il y avait des débouchés, cependant, les possibilités de recrutement ont vraiment baissé», souligne M. Gani. «A l'heure actuelle, nous avons des majors de promo qui sont en chômage depuis quatre ans, alors que des "rachetés" et des recalés se sont retrouvés à l'ENTV. En fait, c'est comme pour n'importe quel autre emploi, ce sont ceux qui sont "pistonnés" qui peuvent décrocher un poste. Les autres doivent prendre leur mal en patience.»«Il reste, tient à préciser notre interlocuteur, que laformation est basée beaucoup plus sur des généralités. Essentiellement, le programme de modernisation repose sur la spécialisation des enseignants. Tant que nous n'avons pas de spécialisation, nous ne pouvons évoluer. Nous avons saisi depuis 1994 le ministère de la Formation professionnelle pour l'introduction de spécialités audiovisuelles, en vain. Tous les ministres qui se sont succédé n'ont rien fait, leurs promesses sont restées lettre morte.» Seul point positif, l'acquisition, récemment, d'équipements audiovisuels d'une valeur de six millions de dinars. En fait, c'est la première fois que l'institut bénéficie d'une enveloppe aussi importante pour l'acquisition d'un équipement hautement sophistiqué. De leur côté, les enseignants posent avec acuité le problème de la spécialisation et espèrent que le nouveau directeur donnera un nouveau souffle à l'institut. Ils soulignent tout de go : «Pour une fois qu'on a daigné enfin nous ramener du matériel audiovisuel numérique, il est resté bloqué depuis l'année dernière. Ce n'est que depuis quelques jours qu'il a été mis à la disposition des stagiaires avec l'arrivée du nouveau directeur.»

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