Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Lutte contre les violations faites aux femmes : un bilan peu chiffré et en-deçà de la réalité

Mame Aly Konte

6 Mai 2003


Profiter de la quinzaine de la femme pour mieux faire connaître un certain nombre de revendications dans le cadre d'éléments de bilan et d'une vision pour demain. Voilà résumée en une phrase, l'initiative qui a été tentée hier, lundi 5 mai, par le Comité de lutte contre la violence faite aux femmes lors d'une cérémonie et qui a eu pour cadre la salle de réunion de l'ancien Conseil économique et social.

Sous le thème, " La lutte contre les violences : bilan et perspectives ", la cérémonie a été l'occasion d'un nouveau plaidoyer contre toutes les formes de violences faites aux couches les plus fragiles à commencer par la femme, sous la forme de coups et blessures, de harcèlements en tout genre, de viol etc.

La scène commence dans la cour d'une maison à travers un sketch présenté par les jeunes filles du Lycée Kennedy et dans laquelle une jeune femme battue par son mari se réfugie chez une de ses amies, dont la mère bagarreuse à souhait ne mettra pas longtemps à se mêler à la bataille. L'irruption dans la maison du mari violent et imprudent va soulever l'ire de la femme fatale qui n'attendait que cela pour bondir. Kuy histoire ba fek ma sama kër, hamni mangui fi.

Yacine, la femme battue prendra son courage à deux mains, revigorée par l'ardeur et la hargne de cette " énergumène " qui n'aime que la bagarre. La " vieille dame " va ainsi s'opposer au mari venu récupérer sa femme de force. Et qui finira par détaler, devant les leçons d'humilité imposée pour la circonstance par les femmes sur les vrais combats de la vie que sont l'éducation des enfants, l'acquisition des droits plus vastes, comme la propriété etc. "Nous allons refaire ce monde que les hommes nous ont confisqué. " La dernière phrase du sketch sonne comme un slogan qui résume la force du message des jeunes filles de Kennedy. Histoire d'attirer l'attention sur le sort peu enviable de certaines femmes.

Prenant prétexte de la scène qui venait de se passer devant l'assistance, Oulimata Gaye, présidente du Collectif de lutte contre les violences faites aux femmes, a évoqué les cas douloureux de la femme Docky Niass, tuée lors d'une altercation avec son mari à Kaolack. Aussi de Fatou Dieng à Diourbel et dernièrement Nabou Sall, elle aussi victime des coups de son mari. Mais, a-t-elle ajouté, "nous ne sommes pas là pour briser les mariages et les maisons. Nous voulons seulement empêcher des blessures graves comme de celle de Fatou Dieng. Dans le monde, a signalé Oulimata Gaye, 52%des femmes sont concernés par le phénomène des violences conjugales. Même si la violence ne se résume pas seulement aux coups et blessures, mais plutôt aux blessures morales, comme le manque de nourriture et le mauvais traitement infligés aux enfants, aux handicapés. "

Dans les différentes régions, du monde, entre 16 et 52 % des femmes sont victimes de violence. Les statistiques démontrent qu'au niveau mondial, une femme sur trois est battue, ou contrainte à des rapports sexuels si elle n'a pas fait l'objet de sévices sexuels.

Autres chiffres signalés, ceux qui sont fournis par le Cabinet Ceci-Pdpf sur les violences conjugales au Sénégal et qui portent sur Dakar et Kaolack révèlant que, " sur 515 personnes enquêtées, 257 femmes soit 59 % ont été une fois dans leur vie victimes de violences conjugales. "

Si le collectif a noté quelques avancées significatives dans la compréhension du phénomène par les autorités politiques, beaucoup d'autres questions restent en suspens. Il reste à faire des enquêtes plus fouillées relatives à l'absence d'une véritable banque de données, d'un centre multifonctionnel pour l'accueil, l'assistance et l'hébergement provisoire des victimes. Entre autres questions soulevées, l'urgence d'un observatoire des droits de la femme qui devrait permettre d'améliorer la capacité des associations qui interviennent dans le secteur des droits de la femme.

Beaucoup de questions en suspens

Pour certains intervenants qui ont pris part à la séance d'hier, d'autres questions restent d'actualité ; à savoir la prise en charge des femmes prostituées, des jeunes filles qu'on donne en mariage sans raison apparente.

Mais pour Mariétou Dia, universitaire, membre du collectif, " il faut qu'on arrête de faire du sur place. Car les mêmes revendications énoncées aujourd'hui encore sur l'observatoire et tant d'autres choses reviennent toujours sans qu'on ait les véritables solutions. C'est le cas de la pédophilie et de toutes les autres formes de violences que les médias traitent chaque jour et qui restent sans issue. Je crois, a ajouté l'universitaire, qu'il faut aussi que l'on fasse un travail plus documenté, en se dotant d'outils de suivi qu'on va remettre aux autorités. "

L'autre critique faite au bilan est venue d'un homme, le sociologue Mamadou Wane, qui a expliqué le phénomène de la violence par le fait que, ' nous sommes issus de sociétés violentes où se trouvent nombre de rapports de forces et les guerres. Mais aussi, au moyen de l'éducation et la religion, on inculque à l'homme dès le départ, l'esprit d'un kilifa (un responsable) dès le bas-âge qui ne doit pas toujours se mêler au milieu des femmes, en jouant avec elles). Mais, a poursuivi M. Wane, l'homme est en conflit permanent avec lui-même. Ce qui veut dire que le problème n'est pas aussi simple".

Sur ce même schéma, d'autres intervenant ont expliqué toutes les formes de violences qui sont trouvées dans les familles et ayant pour origine les femmes entre elles : les belles soeurs, les Njéké, les goros (la belle mère) etc. Si on y ajoute encore le fait que beaucoup de jeunes filles violées par des proches, des amis, ou de jeunes garçons dans le même cas avec une tante, de femmes battues par leur mari ou son frère, ou encore leur mère, préfèrent souvent garder le silence, la question reste entière.

Entre les mendiants, les femmes et enfants handicapés et/ou non scolarisés à quoi l'on peut ajouter les mariages précoces le bilan d'hier n'a pas pu à ce niveau-là aussi révéler toutes les réponses qui se posent dans le secteur. Leçon d'humilité et de réalisme : un important travail reste à faire sur les violences faites aux femmes : celui qui est pour elles, dans les associations, de se doter des moyens de leurs immenses ambitions. Aussi, celui de faire toute la lumière sur les relations complexes entre hommes et femmes, mari et femme. Femme et femme.

De là émergera qui sait, la lumière sur les formes de violences faites aux femmes, aux enfants, aux hommes aussi. Avec un gros chapitre sur les origines et conséquences.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Sénégal

Rubriques