La Tribune (Algiers)

7 Mai 2003

Algérie: Les femmes dans la presse écrite : courage, passion et ambition

La corporation des journalistes comme celles des médecins et des enseignants enregistre un afflux massif de femmes depuis la dernière décennie. Si leur apport est évident en termes de nombre de signatures, ont-elles pour autant accès aux postes de responsabilité et aux espaces d'analyse et de réflexion qui positionnent un organe de presse et définissent cette personnalité du journal appelée «ligne» ?Au fil des rencontres faites avec des membres de la corporation, lors d'une tournée des rédactions de la maison de la presse Tahar Djaout, des éléments de réponse sont avancés. Observations et commentaires

Premier constat : les journaux dont les effectifs sont à majorité féminine absolue n'existent pas. A mesure que l'on s'éloigne des grandes villes et de la capitale, les effectifs féminins s'amenuisent jusqu'à disparaître. Par contre, au sein des équipes des rédactions centrales, la tendance s'inverse. La majorité est atteinte au sein du journal le Matin qui compte 16 femmes pour 9 hommes pour la rédaction «centrale».

Pour la plupart des autres journaux, toujours au siège central, les femmes représentent un demi ou un tiers des effectifs. El Khabar, premier titre national, vient en dernier avec seulement une photographe, trois permanentes et deux correspondantes régionales, selon les chiffres communiqués par des confrères de cette rédaction. Quant à l'accès aux postes de responsabilité, Mme Hedda Abda Hazzem, ropriétaire et directrice d'El Fadjr, et Naama Abbas, directrice d'Horizons, constituent des exceptions. Il est moins rare, en revanche, de répertorier les jeunes filles responsables de rubriques surtout en nationale et société. Pour le reste, Ghania Khelifi, rédactrice en chef au Matin, Khadidja Chouit (le Matin) et Naïma Belgacem (le Jeune Indépendant) secrétaires générales de rédaction, Malika Boussouf, directrice de rédaction au Soir d'Algérie, et Bahia Allam, directrice technique à la Tribune, semblent préfigurer d'un âge nouveau dans la presse écrite.

«Les femmes adorent faire du terrain et préfèrent éviter les postes de responsabilité», explique, à ce propos, Salima Tlemçani d'El Watan. Deuxième constat : dans les espaces de réflexion, chroniques politiques et papiers d'analyse, les femmes sont très nettement minoritaires. L'ancienneté des hommes dans la profession est souvent invoquée pour expliquer ce décalage. «C'est parce que les femmes n'ont investi la profession que très récemment. Elles sont plus jeunes et font beaucoup de couvertures», commente Chafik Abdi, directeur du Jeune Indépendant. Cet avis est partagé par Salima Tlemçani : «Les anciens venaient pour la plupart d'El Moudjahid. Auparavant, il y avait peu de femmes dans la profession. L'éditorial et le commentaire supposent un background lourd pour le rédacteur.

De plus, nous avons perdu 10 ans à cause du terrorisme. Peut-être plus tard les jeunes filles feront-elles plus que cela.» Cet avis ne fait pas l'unanimité : «Je pense que c'est un argument que les responsables avancent trop vite [ ] Il faut distinguer entre ancienneté et expérience. Dans la pratique, les hommes conçoivent le moule, les femmes le remplissent ! Nous sommes nombreuses mais nous ne faisons ni commentaires ni analyses, quel paradoxe !» dit avec humour Malika Boularès, chef de rubrique au Jeune Indépendant. Contre-exemple, le Matin fait alterner les éditoriaux de Ghania Khelifi avec les commentaires de Abla Chérif et de toutes les autres «jeunes» plumes féminines souvent sollicitées pour ces délicats exercices journalistiques.

A noter que ce journal a déjà une tradition de départ avec sa première rédactrice en chef : Ghania Hammadou. Il offre également ses colonnes aux chroniques hebdomadaires de l'écrivain et psychanalyste Latifa Benmansour. La Tribune reste également un journal atypique avec ses commentaires et éditoriaux souvent signés par des femmes. Dans la presse arabophone, El Fadjr est le seul à publier un billet quotidiennement signé par sa directrice en page 24. Quelle que soit la complexité des raisons qui expliquent cette sorte de «spécialisation», la féminisation de la profession semble massivement amorcée. La plupart des jeunes femmes questionnées se déclarent «fascinées par le terrain, ne pas supportées d'être cloîtrées». Qu'elles couvrent les massacres, les bombes, les émeutes, les inondations de Bab El Oued ou les débats à l'APN, les jeunes pousses de la profession semblent conjuguer courage, passion et ambitions mesurées.

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