Kinshasa — L'euphorie qui avait, à chaud, pris les Congolais à l'annonce d'une force multinationale pour restaurer la paix en Ituri laisse présentement place à la déception après analyse froide de la situation. Il y a de quoi s'inquiéter!
La résolution 1484 prise le 30 mai par le Conseil de sécurité de l'Onu limite le temps et l'espace de l'intervention de cette force pilotée par la France: jusqu'au 1er septembre, à Bunia. En d'autres termes, la France et ses alliés ne vont sauver que les vies humaines du chef-lieu de l'Ituri pendant trois mois seulement; puis les milices peuvent reprendre leur sale besogne de distribuer la mort à la pelle.
Au cours d'un meeting à Bunia, Thomas Lubanga, chef de guerre de l'Upc (Union des patriotes congolais), a retiré ses troupes le lundi, 2 juin, pour les cantonner dans la périphérie jusqu'au départ de la force multinationale avant d'y revenir. Il a même promis de combattre cette force «pour protéger la population». Qu'est-ce qui aura changé? Rien.
Sceptique, l'opinion congolaise se demande si le Conseil de sécurité n'a pas tapé à côté de la plaque en instituant une telle force avec une telle mission. En quoi se différencie-t-elle de celle de la Monuc dès lors qu'elle ne peut pas désarmer toutes les forces négatives qui opèrent chaque jour dans la région, semant la désolation dans plusieurs familles? Les populations de Dro-Dro, Mandro, etc. n'ont-elles pas droit à la vie?
Intervenir à Bunia et pendant trois mois, sans désarmer les milices hema et lendu, est un travail inutile qui ne conduit à aucun résultat.
Au lieu d'une force supplémentaire, l'Onu aurait dû muter le mandat de la Monuc et renforcer ses troupes pour des actions efficaces sur le terrain car, jusqu'à présent, l'impression qui se dégage est que toutes ces forces armées étrangères au Congo sont venues pour le tourisme, le pillage officiel de ses ressources, pour danser et boire du champagne, coucher nos filles et retourner, à grands regrets, chez elles lorsque le temps sera venu.
Le peuple congolais n'a pas besoin de ça. On ne peut pas accompagner la paix entre les belligérants mains vides.
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