Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Médicaments antirétroviraux : rupture de deux molécules les VIH+ menacent

B. Zeguela

25 Juin 2003


Abidjan — Le "Stocrin" ou " Efavirenz ", l'une des molécules les plus prescrites dans les protocoles de traitement du vih/sida en Côte d'Ivoire, manque sur la place depuis la mi-mai.

L' "Epivir" ou " 3TC " ou encore "Lamivudine, "lui, a d'abord commencé à s'épuiser pour certains dosages bien avant la mi-mai, avant de disparaître complètement des centres accrédités aujourd'hui.

La rupture de ces deux antirétroviraux a mis en état d'alerte les personnes vivant avec le vih, qui, à travers le Réseau ivoirien des personnes vivant avec le vih (RIP+), projettent d'organiser une grande manifestation de protestation très prochainement devant les locaux de la Pharmacie de la Santé Publique ( PSP) . Une structure qui est mise en cause dans la survenue de cette pénurie et des précédentes.

En effet, dès les premières heures de la rupture, le RIP+ a entrepris des démarches pour en comprendre les raisons.

Ainsi, le RIP+, selon M. Cyriaque Ako, responsable de la commission plaidoyer et accès au traitement au sein dudit réseau, a rencontré en premier lieu les responsables des laboratoires MSD, fabricants de la molécule " Stocrin ". De cette rencontre, le RIP+ retient que, la société MSD n'a pas fourni la PSP, seule structure habilitée en Côte d'Ivoire à distribuer des antirétroviraux, parce qu'elle lui est redevable de plusieurs millions de francs CFA depuis le mois de mars de cette année.

A son tour, la PSP approchée, toujours par le RIP+, dénonce, elle, les longues procédures administratives pour le décaissement au niveau du Trésor.

Mises devant ces réalités, les personnes vivant avec le vih se sont tournées vers le ministère de tutelle de la PSP qui, vendredi dernier leur aurait promis que le problème sera résolu dans les deux jours qui suivent. Et comme ce délai est arrivé à expiration ce lundi, le RIP+ selon M. Ako, a cru bien faire d'approcher l'une des personnes ressources du ministère de la Santé en matière de médicaments du sida, le docteur Anthony Tano. Ce dernier, tout en dégageant sa responsabilité et accusant de plus belle la PSP, aurait dit, insiste le responsable de la commission plaidoyer et accès au traitement du RIP+", de faire ce qu'on veut, parce qu'ils ne sont pas responsables, mais plutôt la PSP ".

C'est fort de tous ces faits que le réseau ivoirien des personnes vivant avec le vih bat en ce moment le rappel de ses troupes pour une grande mobilisation dans les jours prochains devant la PSP. " Ce n'est pas la première fois qu'il y a rupture des antirétroviraux. Chaque fois, on trouve des parades pour calmer les gens. Si ça continue on a peur pour l'avenir surtout qu'on a remarqué que le programme du gouvernement semble se résumer au Fonds mondial qui arrive. Alors que ce Fonds devait appuyer le programme du gouvernement. On veut baser tout sur l'aide extérieure en ne mobilisant rien à l'intérieur " dénonce M. Ako.

Les personnes vivant avec le vih qui sont sous traitement antiretroviraux ont cru au début de la pénurie que c'était une affaire de jours. Aussi, ceux qui avaient du Stocrin en réserve en ont prêté aux autres. Pour ce qui est de l'Epivir qui existe en plusieurs dosages (100mg, 300 mg ), l'on a fait des combinaisons avant qu'il n'y ait plus de trace du produit dans les centres accrédités. Aujourd'hui, bon nombre de personnes vivant avec le vih, membres du RIP+ ont arrêté tout traitement. " Vous imaginez les conséquences de ces arrêts ? Après on s'étonne que les gens meurent alors qu'ils sont sous traitement ". Et le RIP+ de prévenir par la voix de Cyriaque: " On a manifesté pour l'accès aux génériques, mais jusque-là, rien n'a été fait, parce que des responsables continuent de faire blocage, de jouer le jeu des laboratoires. Si les antirétroviraux existaient en générique, on n'en serait pas là. Mais que tous sachent que nous n'accepterons plus un seul mort dans nos rangs sans réagir. "

La libéralisation s'impose

La Pharmacie de la santé publique (PSP) est la seule structure habilitée à s'approvisionner en antirétroviraux en Côte d'Ivoire. Et cette structure du ministère de la Santé publique est souvent en porte-à-faux avec le cahier des charges qui la lie à ses fournisseurs des laboratoires pharmaceutiques pour des lourdeurs administratives. En effet, il faut que les ordres de paiement émis par la PSP passent au Trésor pour la BCEAO, avant que le fournisseur soit payé. Pendant que le dossier est dans le circuit, le délai de 60 jours pour lequel la PSP s'est engagée dans le cahier des charges est vite passé. Et les fournisseurs attendent souvent 120 voire 190 jours avant de rentrer en possession de leur dû.

A cela s'ajoutent chaque année (1er semestre), le vote et la mise en place du budget de fonctionnement qui crée un flottement responsable à la même période de rupture des stocks des antirétroviraux. . Il faut penser un mécanisme qui mette fin à ce qui semble devenir une habitude. Il s'agira par exemple de rendre la PSP autonome en lui permettant de faire directement ses ordres de paiement en direction de ses fournisseurs. Toujours dans le but d'éviter des pénuries d'antirétroviraux, pourquoi ne pas s'inspirer de l'expérience du Togo par exemple en permettant qu'au moins une autre structure, cette fois privée achète les antirétroviraux en plus de la structure étatique? Au Togo, en effet, la CAMEG (Centrale d'achat des médicaments génériques), une structure privée, est habilitée à acheter les antirétroviraux, à l'instar du G.T Pharm., structure étatique comme la PSP. Au Burkina Faso, c'est aussi la CAMEG (structure privée) mais avec la supervision des comptables de l'Etat pour gérer les fonds. L'on pourrait rétorquer que le volume de commande en antirétroviraux n'est pas aussi élevé dans ce pays qu'en Côte d'Ivoire où il y a plus de personnes sous traitement antirétroviraux. Mais c'est justement, compte tenu de ce grand nombre de consommateurs, une autre structure d'achat devrait être autorisé à vendre les antirétroviraux.

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