Fraternité Matin (Abidjan)

Liberia: Ellen Johnson-Sirleaf (chef de l'opposition libérienne) : "Il faut que Taylor parte"

V. Konan

26 Juin 2003


interview

Abidjan — Pensez-vous qu'il sera possible de former un gouvernement intérimaire dans les trente jours à venir, comme stipulé dans l'accord ?

Ce n'est pas facile. Nous rencontrons beaucoup de problèmes, parce que M. Taylor dit plusieurs choses à la fois. Il y a aussi les chefs rebelles qui veulent être présidents. Nous leur avons dit que ce n'est pas du tout possible, parce qu'ils n'auront aucun soutien, et pas de reconnaissance internationale. Nous continuons à en discuter.

Vous pensez pouvoir arriver à un accord dans trente jours ?

Oui. C'est très court et beaucoup de temps a passé sans réel progrès. Je crois que tout le monde commence à être frustré. Aussi, nous devons obtenir un résultat.

Le plus gros problème est la résistance de M. Taylor. Comment le résoudrez-vous ?

C'est un gros problème pour nous effectivement. M. Taylor est là, et il fait des déclarations. Le 4 juin, il a dit qu'il quittera le pouvoir à la fin de son mandat. L'autre jour, sur BBC, il a dit qu'il partira, mais se présentera à l'élection présidentielle, que personne ne pourra l'en empêcher, parce que le peuple le veut. Il change de décision chaque jour, et cela rend les négociations difficiles.

Mais l'accord dit qu'il ne sera pas dans le gouvernement intérimaire.

Oui, et il doit le respecter. Mais sa déclaration sur BBC est le contraire de cet accord.

Si vous obtenez un accord sur le gouvernement intérimaire, ce sera le gouvernement légal.

Que devrait faire la communauté internationale si M. Taylor ne quitte pas le pouvoir ?

Je crois qu'il faut qu'ils mettent à exécution l'inculpation. Il n'y a pas d'autre moyen. Il faut qu'ils trouvent le moyen de le faire exécuter. Ou alors, qu'ils négocient sa sortie du pays, et peut-être avec l'aide de certains dirigeants de la CEDEAO, le convaincre de partir. Sinon nous retournerons à la guerre. Parce que les factions rebelles en profiteront pour dire que, puisque Taylor ne veut pas quitter le pouvoir comme prévu, et que la communauté internationale ne fait rien pour le faire partir, alors il ne leur reste plus qu'à le faire partir par la force. Et le pays replongera dans la guerre.

Nous entendons de toutes parts que le cessez-le-feu a été violé. Et tout le monde accuse tout le monde. Que se passe-t-il en réalité sur le terrain ?

C'est cela le problème. Nous ne savons pas qui a été le premier à violer le cessez-le-feu. L'équipe de vérification du cessez-le-feu qui devait être sur le terrain n'est pas encore partie. Elle devait être là-bas pour marquer les positions des uns et des autres, et cela aurait permis de savoir qui ne respecte pas le cessez-le-feu. Mais vous savez, notre pays est couvert de forêts, et il est facile de violer le cessez-le-feu. L'équipe de vérification est une petite équipe et il est facile de la contourner pour aller attaquer l'autre camp. Tant qu'il n'y aura pas l'engagement total de tout le monde, ce sera problématique.

Certains chefs rebelles disent qu'ils ne font plus confiance à M. Ibn Chambas, le secrétaire exécutif de la CEDEAO, qui ne serait pas un arbitre neutre, et qui soutiendrait la position de M. Taylor.

Oui, ils n'ont pas apprécié sa déclaration sur BBC. Mais tout à l'heure à la réunion, il a expliqué qu'il avait été mal compris, et qu'il s'en tient à l'accord de cessez-le-feu. Nous avons demandé aux chefs rebelles de revenir aux négociations pour que nous avancions.

Est-ce que tous les partis politiques ont le même point de vue concernant les négociations ?

Il y a deux groupes, un groupe de neuf et un groupe de huit. Le groupe de neuf est composé des alliés de M. Taylor et le groupe de huit est composé des partis indépendants. Mais notre objectif est d'essayer d'amener tout le monde, à un accord commun sur un plan de paix acceptable. C'est ce que nous sommes supposés obtenir en trente jours.

Quel serait ce plan de paix acceptable ? Que M. Taylor quitte le pouvoir dans trente jours, ou qu'il aille jusqu'au terme de son mandat ?

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Tout cela sera négocié dans le dialogue politique qui est en cours. L'accord de cessez-le-feu dit que le plan de paix acceptable doit être signé dans trente jours, et qu'un gouvernement de transition sera formé. Et que M. Taylor ne fera pas partie de ce gouvernement. Son propre représentant a signé cet accord. Son propre ministre de la Défense a signé cet accord.

Maintenant, quelle sera la structure de ce gouvernement de transition ? Quel sera son mandat ? Comment se mettra-t-il en place ? Quel sera le rôle de M. Taylor ?

C'est tout cela que nous devons négocier. Le gouvernement de transition doit être mis en place et M. Taylor doit partir. Il n'y a pas deux voies. On ne peut pas avoir un gouvernement de transition et M. Taylor comme président. Ce n'est pas possible.

• Est-ce que celui qui dirigera le gouvernement de transition pourra se présenter à la prochaine élection présidentielle ?

Non. Nous avons été clairs là-dessus. Celui qui dirigera le gouvernement de transition ne pourra pas se présenter à l'élection présidentielle. Cela est très clair.

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