Quand le 4 août 1983, le destin de la Haute-Volta bascula et ce, pour la 6e fois depuis le 3 janvier 1966, le nouveau régime, avec à sa tête le capitaine Thomas Sankara secondé du commandant Lingani et des capitaines Blaise Compaoré et Henri Zongo, se baptisa conseil national de la révolution (CNR). Aujourd'hui 04 août 2003, cela fait exactement 20 ans jour pour jour. Faire une rétrospective de 20 ans semble bien fastidieux. Nous nous excusons par avance des lacunes de l'article, car pour ce travail, nous nous sommes intéressé à certains aspects politiques de cet anniversaire, qui nous ont paru assez prépondérants.
De novembre 1980 à août 1983, soit en moins de trois ans, période d'intense instabilité politique, notre pays connut trois coups de force, tous couronnés de succès avant d'en arriver à la révolution. Pratiquant une gestion presque chaotique du pouvoir d'Etat, le Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN), depuis son arrivée le 25 novembre 1980 et ce, jusqu'à sa chute (surprise) le 07 novembre 1982 (soit 722 jours qu'a duré le pouvoir du CMRPN) ne s'était pas soucié outre mesure de se renforcer, de se faire une bonne assise, politiquement parlant.Ne comptant que sur son comité militaire et son comité directeur, tous deux à composante exclusivement militaire, le CMRPN ne s'embarrassa nullement d'intégrer la société civile dans sa structure dirigeante.Pourtant, de mémoire d'observateur de la scène politique nationale, aucun autre régime n'avait bénéficié d'un soutien aussi franc que massif de la part de la société civile.
N'ayant admis dans le saint des saints, c'est-à-dire le comité directeur du CMRPN que des hommes en tenue, Saye Zerbo et son équipe dirigèrent le pays à tâtons avec en prime des décisions des plus saugrenues : - dissolution de la Confédération syndicale voltaïque et lancement d'un mandat d'arrêt contre son secrétaire général, Soumane Touré;- suspension du droit de grève,- fermeture des débits de boissons aux heures ouvrables ;- autorisation préalable pour pouvoir sortir du pays.Bref, le CMRPN n'avait aucune idée précise de la conduite des affaires de l'Etat et la navigation à vue a pris le pas sur une gestion efficiente du pouvoir d'Etat. Il y avait donc une inadéquation entre les objectifs (flous du reste) visés et les batteries politiques mises en oeuvre.Alors que déjà dans l'armée bruissait la naissance d'une organisation dénommée Regroupement des officiers communistes : ROC .
Ce qui, aux yeux de quelques observateurs de la scène politique nationale, était lourd de danger pour la paix sociale, ou du moins pour le pouvoir des colonels. Puisque lui Saye Zerbo venait de brûler la politesse à des officiers supérieurs plus gradés que lui en s'emparant du pouvoir, il était à craindre que des commandants des capitaines, des lieutenants, voire des sous-officiers usurpent le pouvoir d'Etat et ce d'autant plus que le ROC était supposé être animé par de jeunes officiers aux rangs desquels on citait pêle-mêle Henri Zongo, Boukary J. B. Lingani, Thomas Sankara, Blaise Compaoré, etc.Le ver dans le fruitPremier coup de théâtre sous un ciel qui n'était pas particulièrement serein : la démission d'Henri Zongo de toutes les instances du CMRPN à commencer par son comité directeur et sa commission de contrôle des sociétés d'Etat.
C'était exactement le 8 avril 1982.Qu'un officier de son état et de son rang démissionne de toutes les instances d'une structure militaire pour marquer son désaccord avait de quoi surprendre ! En clair, il renonçait à accomplir la mission que lui avait confiée son supérieur hiérarchique, le colonel Saye Zerbo.13 jours après, soit le 21 avril, c'est le capitaine Thomas Sankara, alors secrétaire d'Etat à l'Information depuis le 8 septembre 1981, qui rendit le tablier. A la suite du capitaine Henri Zongo, il marquait ainsi son total désaccord d'avec les colonels en démissionnant de toutes les instances du CMRPN et qui pis est, du gouvernement.Thomas Sankara pour, dit-on, avoir été insolent dans sa lettre de démission écopa de quelques semaines d'arrêt de rigueur avec en prime une affectation en province, dans le Mouhoun et plus précisément au régiment paracommando de Dédougou.
Au département de l'Information, Thomas Sankara fut remplacé par un certain Adama Ouédraogo, capitaine comme lui, et le CMRPN poursuivit son petit bonhomme de chemin comme si de rien n'était au grand dam du patron de la gendarmerie et ministre de l'Intérieur, le colonel Badembié Nézien qui, sans être entendu, proposait «de radier tous ces officiers indisciplinés de l'armée», purement et simplement. Ce qui, on le verra, lui coûtera cher par la suite puisqu'il fut le premier à être exécuté lorsque le Conseil provisoire du salut du peuple (CPSP) prit le pouvoir le 07 novembre 1982Ne flairant aucun danger comme s'il avait été subitement dépourvu du réflexe élémentaire de survie, Saye Zerbo, qui cumulait depuis sa prise du pouvoir les fonctions de chef d'Etat et de chef d'état-major de l'armée, céda le commandement de la grande muette au colonel Yorian Somé, qui n'était ni membre du CMRPN, ni un proche de Saye Zerbo au strict plan des idées.
Pour pouvoir agir à sa guise au moment venu, Yorian propulsa à la tête du redoutable Groupement blindé (GB), une unité d'élite située au quartier Gounghin, son neveu, le capitaine Jean Claude Kamboulé.Entre-temps, un des redoutables pontes du CMRPN, en la personne du colonel Badembié Nézien, qui cumulait depuis, son portefeuille de ministre de l'Intérieur avec le stratégique poste de commandant de la gendarmerie nationale, céda cette dernière fonction à un autre colonel, champion des arts martiaux : Koudougou André Zoungrana.Comme on le voit, le colonel Saye Zerbo n'avait plus vraiment la haute main sur la grande muette. N'ayons pas peur des mots et disons qu'en confiant l'état-major à Yorian (qui n'était pas un proche) et la gendarmerie à Koudougou André, Saye Zerbo n'avait plus de prise sur l'armée. Mieux, le capital de sympathie gagné au lendemain du 25 novembre avait été littéralement gâché.Et survint le 07 novembre
C'est donc presque sans surprise (pour les fins observateurs de la scène politique) que survint le 07 novembre, et le principal chef d'orchestre de ce coup de force réussi n'était autre que le capitaine Kamboulé, avec la bénédiction de son chef d'état-major d'oncle, le colonel Yorian Gabriel Somé. C'était un samedi matin ou du moins dans la nuit du vendredi 06 au samedi 07 novembre 1982. Et l'on proclama le Conseil provisoire du salut du peuple (CPSP), avec à sa tête le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo (J.B.O). un illustre inconnu à l'époque.Ayant été le cerveau du coup d'Etat, on s'attendait en effet que Yorian Somé fût proclamé chef de l'Etat et ce, d'autant plus qu'il était le chef d'état-major de l'armée.Manquant de véritable légitimité et surtout d'autorité morale le commandant JBO se résolut (pour sauver son pouvoir ou peut-être pour précipiter sa putréfaction), à nommer Thomas Sankara au poste de premier ministre.
C'était le 10 janvier 1982.Etant de caractères, de personnalités différents, voire des antagonistes sur le plan idéologique, JBO et Sankara en vinrent à se regarder en chiens de faïence. Il y avait deux pouvoirs, deux styles, avec d'un côté un ton tempéré et de l'autre un frondeur qui voulait en découdre avec l'impérialisme, «les hiboux aux regards gluants», «les chacals affamés»,» les caméléons équilibristes».Ce discours immodéré et marxisant agaçait au plus haut point l'aile modérée de l'armée dont les plus grands représentants n'étaient autres que le président J. B. Ouédraogo et son chef d'état-major, le colonel Yorian.N'en pouvant plus, le colonel Yorian fit encore appel à son neveu, Kamboulé, pour un autre coup d'Etat avec son groupement blindé. Dans la nuit du 16 au 17 mai 1983, Thomas Sankara est mis aux arrêts et convoyé par hélicoptère pour internement à Dori, dans le Sahel burkinabè, en compagnie de son frère d'arme, le commandant Boukary Jean-Baptiste Lingani.Ayant réussi à arrêter Sankara et Lingani, il ne restait plus qu'à mettre la main sur Henri Zongo, à l'époque commandant du RCS, et surtout sur le redoutable Blaise Compaoré, patron du CNEC à Pô.
Contre vents et marées, Blaise organisa la résistance depuis Pô, le bastion de la révolution.Puis la révolutionDepuis Ouagadougou, bruissait l'imminence d'un coup d'Etat. Ce qu'on ignorait, c'était seulement la date. Voulant arrêter toute spéculation, J.B.O. annonce le 27 mai 1983 un prochain retour à la vie constitutionnelle normale. Pendant ce temps, Maurice Yaméogo, le 1er président de Haute-Volta, recouvra ses droits civiques.Le 29 juin 1983, lors d'une conférence de presse, JBO déclara que «la crise était désormais derrière nous». Pendant ce temps également, Blaise Compaoré peaufinait sa stratégie de prise du pouvoir. C'est ainsi que dans la nuit du jeudi 4 août, le Conseil national de la révolution prit le pouvoir avec à sa tête, le capitaine Thomas Sankara qui instaurera les Comités de défense de la révolution sur toute l'étendue du territoire.
Dans la nuit du 8 au 9 août 1983, le colonel Yorian Somé et le commandant Fidèle Guébré furent arrêtés, l'un à Ouahigouya et l'autre à Dédougou ; ramenés à Ouagadougou, ils furent exécutés.On se souvient que le colonel Yorian qui avait été le véritable maître d'oeuvre du 17 mai et qui avait par la suite perdu son poste de chef d'état-major de l'armée, pour celui presqu'insignifiant de secrétaire général de la Défense nationale, était un ennemi juré du camp dit progressiste de l'armée.Quant au commandant Guébré, rompu aux arts martiaux, il était un valeureux soldat formé aux techniques de combat par les marines aux USA. Le 12 août, les frontières qui avaient été fermées depuis le 04 août étaient rouvertes.Le 20 août, le colonel Tamini Yaoua Marcel, jusqu'alors chef d'état -major de l'armée, est nommé au grade de général et mis à la retraite d'office. Parallèlement à cela, 31 officiers au rang desquels le médecin-commandant Jean Baptiste Ouédraogo, le commandant Kaboré Yembi, le colonel Djerma Mamadou, le capitaine Jean-Claude Kamboulé, le commandant Karim Lompo sont dégagés de l'armée.
C'est exactement le samedi 20 août 1983, que Thomas Sankara devant la presse nationale et internationale donnera sa première conférence de presse. Assistaient à ce point de presse les deux autres leaders de la révolution qu'étaient Blaise Compaoré et Boukary J. B. Lingani ainsi que le pharmacien-commandant Abdoul Salam Kaboré, le tout nouveau promu président national des CDR.Pour le président Sankara, le CNR était qualitativement supérieur au CSP, et le CNR se voulait une continuation du CSP d'avant le 17 mai 1983.Et pour lui, le 07 novembre 82 a donné naissance à un pouvoir hétérogène et très composite. Bref, à la question de savoir quelle échéance s'accordaient les révolutionnaires pour un retour de l'armée dans la caserne, Thomas Sankara répondit en ces termes : «L'armée est une composante du peuple qui connaît les mêmes contradictions que les autres.
Nous sommes le premier régime militaire à n'avoir pas installé notre quartier général dans un camp militaire. Nous l'avons installé au Conseil de l'entente, cela est hautement significatif.» Il s'agit pour les militaires de vivre avec le peuple, de souffrir avec lui, de se battre avec lui ; bref, pour Thomas Sankara, il n' y a pas d'échéance qui tienne pour un retour des militaires dans les casernes.Nommé le 24 août 1983, le premier gouvernement du CNR s'est, dès le lendemain 25 août, réuni pour une prise de contact. Dans ce gouvernement, des responsables du PAI tels Arba Diallo aux Affaires étrangères, Emmanuel Dadjouari à l'Education nationale, Adama Touré à l'Information, Philippe Ouédraogo à l'Equipement et aux Communications, Ibrahima Koné à la Jeunesse et aux Sports.
Quant à l'ULC-R, elle y était représentée par Basile Guissou à l'Environnement et au Tourisme, Talata Eugène Dondassé au Plan et à la Coopération, Train Raymond Poda à la Justice. C'est au cours de cette même soirée que le lieutenant Pierre Ouédraogo a été nommé secrétaire général national des CDR avec pour adjoint, le sous-lieutenant Kilimité Théodore Hien.Le 13 septembre au soir intervinrent les 2es dégagements de l'armée. Ce sont 53 officiers et sous-officiers qui furent rayés des effectifs de l'armée, pendant que le sergent Georges Namoano était nommé directeur général de la Voltelec (actuelle SONABEL).Le 15 septembre 1983, le territoire est subdivisé en 25 provinces. Le dimanche 02 octobre 1983, Thomas Sankara prononce son fameux Discours d'orientation politique ou DOP qui met l'accent sur les questions politico-idéologiques et organisationnelles.
C'est le mercredi 26 octobre 1983 que pour la première fois, une longue liste de mises à la retraite d'office, de dégagements de la Fonction publique a été rendue publique.Le 03 janvier 1984 avec à la barre certains barons des régimes antérieurs, on inaugura les tribunaux populaires de la révolution, les fameux TPR.Dès début juin 1984, alors que l'ex-Haute-Volta est rebaptisée Burkina Faso ou «Pays des hommes intègres» et après le licenciement de 2000 instituteurs pour fait de grève, une ambiance de suspicion régnait. Le 10 juin 1984, l'Observateur, qui passait aux yeux des révolutionnaires pour un journal gênant, fut incendié. Simple coïncidence ou stratégie savamment orchestrée, le lendemain de l'incendie du quotidien, soit le 11 juin, des présumés «comploteurs» étaient expéditivement jugés puis fusillés.Ils étaient sept à passer devant le peloton d'exécution et étaient composés de :- colonel Didier Kiendrébéogo : ancien maire de la capitale, il avait été chassé de l'armée aux premières heures de la révolution tel un malpropre. Mais cela suffisait-il pour en vouloir au CNR au point de fomenter un complot ?On peut en douter, mais toujours est-il qu'à l'époque, on a fait porter au colonel Kiendrébéogo le malheureux chapeau de comploteur en chef.
Ses compagnons d'infortune ont été les lieutenants Moumouni Ouédraogo et Maurice Ouédraogo, l'homme d'affaires Adama Ouédraogo, l'ex-major de gendarmerie Barnabé Kaboré, le sergent du RCS Moussa Kaboré et le pilote d'Air-Burkina, Issa Anatole Tiendrébéogo ; soit sept Burkinabè froidement exécutés et inhumés à Tanghin.La version officielleDans le n°43 du jeudi 14 juin 1984 de notre confrère Sidwaya et sous la plume de l'éditorialiste -maison, Babou Paulin Bamouni (qui sera plus tard «mangé» aussi par la révolution), il est écrit ceci : «Dans le combat qui l'oppose à la réaction, la révolution d'Août s'est trouvée à la limite du supportable en tant que pouvoir. En effet, dès le départ, l'image humaniste qu'elle a présentée au monde a été rapidement mal interprétée par la réaction tant nationale qu'internationale comme étant une faiblesse... La réaction essaya d'aller plus loin dans les provocations».Le complot dont il est question, était selon Bamouni, téléguidé par un pays voisin en l'occurrence la Côte d'Ivoire avec l'appui de «valets locaux, bons à utiliser et à jeter ensuite».
C'est ainsi que les comploteurs ou prétendus tels, suite à un procès expéditif dirigé par le juge Salif Nebié, aujourd'hui ambassadeur à Cuba, ont été exécutés ; quatre autres dont le diplomate Paul Rouamba, le soldat Ambroise Norgo, le commandant Yembi Kaboré et l'électricien Sitongo Sawadogo ont écopé de peine allant des travaux forcés à perpétuité à 15 ans d'emprisonnement, quatorze personnes seront relaxées. Mais l'une d'entre elles, le commandant Amadou Sawadogo, sera criblée de balles quelques jours après aux confins du barrage n°3.Duel Sankara MitterrandLe lundi 17 novembre 1986, en milieu de matinée et à bord de son concorde de commandement dont c'était le premier atterrissage à Ouagadougou, le président Mitterrand se pose à l'aéroport. Il venait de Bamako où, la veille, il avait sejourné en visite de travail en marge du sommet France-Afrique qui s'était déroulé quelques jours auparavant à Lomé.Recevant son hôte à dîner au Palais de la présidence et prenant la parole le premier, Thomas Sankara étalera tout son art oratoire, mais surtout excellera dans le persiflage.
En résumé,tout y a été fait, sauf les respects des convenances diplomatico-protocolaires. C'est ainsi que Tom Sank fustigera la politique française dans le monde et dénoncera avec véhémence l'impérialisme français. Face à cette sortie, Mitterrand empochera son discours conventionnel qu'il avait préparé et improvisera ; ce fut à la fois un cours d'histoire, de géopolitique et d'économie politique sur les conflits régionaux, le capitalisme, etc.15 octobre 1987Au cours de la décennie, des textes ont été écrits, tout a été presque dit sur les circonstances, les tenants et les aboutissants du 15 octobre au point qu'il nous paraît bien superflu d'en rajouter. Retenons cependant que si pour les uns, le 15 octobre marque d'une pierre blanche le début de la rectification d'un pouvoir qui confinait à la dictature, pour d'autres, le 15 octobre n'est autre qu'un coup de poignard assené au dos du peuple, en marche vers son mieux-être.
Toujours est-il qu'avant l'avènement de ce jeudi 15 octobre, des nuages lourds de menace pesaient déjà sur la cohésion de l'équipe dirigeante. Et le conflit entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara par personnes interposées connaîtra son sommum une semaine plutôt lors d'un meeting à Tenkodogo.On pensait que la crise allait trouver une issue heureuse lorsque le jeudi noir aux environs de 16 h des coups de feu se firent entendre au Conseil de l'entente.Thomas Sankara (en tenue de sport) et 12 de ses camarades sont exécutés et précipitamment ensevelis au cimetière de Dagnoen.La résistance du LionAprès l'exécution de Thomas Sankara et de ses douze compagnons d'infortune, le pouvoir est désormais entre les mains du Front populaire. Une fois le coup d'Etat consommé, toutes les unités de l'armée feront allégeance au nouveau régime sauf le bataillon d'intervention aéroporté, le fameux BIA, basé à Koudougou. A sa tête, un baroudeur de capitaine paracommando comme l'étaient Thomas Sankara et Blaise Compaoré, mais aux méthodes assez iconoclastes. Il avait pour prénom et nom Boukary Kaboré et pour surnom le lionNon content de la tournure des événements du 15 octobre 87, il entra en rébellion ouverte contre le Front populaire, pensant installer à Koudougou un syndrome de pourrissement de la situation.Malheureusement pour lui, Blaise avait décidé de réduire par les armes et au plus vite cette rébellion.
C'est ainsi que dès le week-end du 23 au 26 octobre 1987, les forces loyalistes donnaient l'assaut et mataient la dissidence avec une cruauté inouie, car, à ce qu'on dit, les corps y ont même été brûlés ; bilan : une bonne dizaine de morts. C'est ainsi que le BIA tombe et Boukary Kaboré s'enfuit au Ghana (comme l'avait fait un siècle plutôt un autre Boukary, Koutou celui-ci et 32e Moro Naaba), et y organisa la résistance. Cette résistance atteindra son summum avec le complot éventé de décembre 1989.L'affaire SayogoEn 1988, on était en plein Front populaire et la suspicion régnait toujours au sommet de l'Etat. C'est dans cette ambiance que le capitaine Guy Sayogo (à l'époque, un des responsables militaires de Bobo-Dioulasso et réputé proche du commandant Lingani) et son épouse Françoise sont assassinés à leur domicile. On avait balancé une grenade dans leur chambre pendant leur sommeil.Pourquoi et qui en est le commanditaire ? Toujours est-il que des auteurs de cette boucherie ou prétendus tels ont été débusqués en quelques mois et sommairement exécutés dans la nuit du 31 décembre 88 au premier janvier 89. Au nombre de sept, on y comptait des sous-officiers et des hommes du rang.Le «complot» de septembre 89Lorsque les capitaines usurpèrent le pouvoir à Ouagadougou le 4 août 1983, tout semblait baigner dans l'huile.
L'amitié, la sincérité, la confiance étaient à l'aune de la fraternité révolutionnaire doublée de la fraternité d'armes.Après les tragiques événements du 15 octobre, la scène politique burkinabè ressemblait à s'y méprendre à cette image décrite par Albert Salfo Balima dans «Genèse de la Haute-Volta» (1) : et qui disait que c'est un banquet où les convives s'épient une main sur la fourchette et l'autre serrée sur le pommeau des dagues. C'est dans un tel contexte qu'intervint l'épuration militaire du 18 septembre 1989 qui laissait désormais un seul capitaine à bord du navire battant pavillon Burkina Faso. C'est en effet le 18 septembre 1989 que les deux autres héros de la révolution, Boukary J.B. Lingani et Henri Zongo ainsi que le commandant Koundaba Sabyamba et l'adjudant Anessé Gnégné ont été exécutés après un interrogatoire musclé au Conseil de l'entente. C'était au retour du président du Front populaire d'un périple de 13 jours qui l'avait conduit en France, en Chine, au Japon, au Yémen.
A ce jour, nombreux sont ceux qui se demandent si à travers ce quatriple assassinat, on avait affaire à un faux complot ou à un vrai piège.Après la timide ouverture démocratique, plusieurs formations politiques virent le jour. C'est ainsi que naquirent : - la CNPP/PS qui devait plus tard se scinder en CNPP/PSD et en PDP.- le GDP d'Issa Tiendrébéobo,- le MDP d'Hermann Yaméogo,- l'ODP/MT qui a l'époque déjà était le parti au pouvoir et qui était dirigé par le médecin Naboho Kanidoua. C'est exactement le 15 avril 1989 que l'ODP/MT fut portée sur les fonts baptismaux de la Tapoa.C'est sous la bannière de cette formation politique que le président Compaoré se présentera le 1er décembre 1991 à l'élection à la magistrature suprême de notre pays.Les événements de 1990 à l'U.O.
En 1990, le Burkina était en plein dans l'Etat d'exception avant de négocier le virage de l'avènement de la IVe République et à l'époque, l'université de Ouagadougou était en ébullition. Et la rivalité pour occuper le terrain était âpre entre les Comités de la défense de la révolution (CDR) transformés depuis la rectification en CR et les partisans de l'Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB).Les étudiants avaient des revendications jugées maximalistes par le pouvoir, et en l'absence de tout dialogue entre les deux parties, l'ANEB déclencha l'historique grève du 16 au 21 mai 1990.A l'époque, Oumarou Clément Ouédraogo jouait le rôle de n°2 du Front populaire et avait cédé le poste de recteur de l'université de Ouaga à Alain Nindawa Sawadogo. C'est dans cette ambiance que plusieurs étudiants, dont Dabo Boukary, jugés meneurs ont été arrêtés. Etudiant en 7e année de médecine, Dabo mourra à 34 ans des suite de sévices. C'est certainement ce qu'on appelle bavure policière ou disons-le militaire, puisque dès la mi-mai 1990 déjà, une bonne escorte de commandos avec à sa tête un certain Gaspard Somé avait élu domicile au campus de Zogona.C'est à peu près à la même période que disparut Guillaume Sessouma, des suites aussi de bavures.
Pour ceux qui ne l'ont pas connu, Guillaume Sessouma, militant actif de l'ULC-R, était docteur de physiologie végétale et enseignant à l'ex-Institut du développement rural de l'université de Ouagadougou.L'affaire Oumarou Clément OuédraogoAprès les tragiques événements du 18 septembre, Oumarou Clément Ouédraogo, était véritablement le n°2, du pouvoir. Professeur d'université et ancien recteur de l'université de Ouagadougou, il était, suite à une nébuleuse affaire, tombé en disgrâce. Il quitta alors le pouvoir et ses avantages pour se lancer dans le difficile chemin de l'opposition. C'est alors qu'avec quelques amis, il créa le Parti du travail du Burkina ( PTB).Le 09 décembre 1991, il est 19 h 30 lorsque dans les environs de l'hôtel Indépendance, on entendit une violente détonation. C'est son véhicule qui venait d'exploser et l'homme mourut sur le champ. On diligenta une commission d'enquête qui, à la fin de ses investigations, pondit un maigre rapport de 35 pages.Ce même jour, c'est-à-dire le 09 décembre 1991, un autre ancien responsable du Front populaire, en l'occurrence Tall Moctar, était victime d'un attentat. Grièvement touché, il perdit connaissance dans les environs de la zone du Bois.Evacué en France, plus précisément à Poitiers le 12 décembre, il regagnera le bercail plusieurs mois après.
A l'époque, tous les grands débats politiques étaient focalisés sur la tenue ou non d'une conférence nationale souveraine (CNS). Tout comme Clément, Moctar Tall, responsable du Groupe des démocrates révolutionnaires - (GDR) ferraillait dur pour que la CNS voie le jour, ce que le pouvoir ne voulait à aucun prix.La constitutionDès son accession au pouvoir en octobre 1987, Blaise Compaoré avait annoncé sa volonté d'ouverture politique. Ce qui a abouti bien après, à la naissance de la IVe République. La constitution de la IVe République qui a été adoptée par référendum le 2 juin 1991, s'inspire de l'expérience des trois Républiques précédentes, de constitutions étrangères et de la Déclaration universelle des droits de l'homme.Selon la constitution, le président du Faso est élu pour un mandat de sept ans. En vertu de cela, le président Blaise Compaoré a été élu la première fois en 1991 pour un septennat donc.1res législatives de la IVe RépubliqueLe 24 mai 1992, et sauf erreur ou omission, 107 députés sont élus à l'Assemblée nationale au suffrage universel pour un mandat de 5 ans à la plus forte moyenne dans 30 circonscriptions électorales.
C'est ainsi que l'ODP/MT, le parti au pouvoir s'en est tiré avec 79 élus, laissant la portion congrue à une dizaine de partis politiques.Elections municipalesC'est le 12 février 1995 que se sont déroulées les municipales dans les 33 communes de plein exercice que le Burkina comptait à l'époque. A l'issue de ce scrutin, si nos souvenirs sont exacts, l'ODP/MT et les partis proches de la mouvance présidentielle s'en sont tirés avec 28 mairies sur les 33 de l'époque.Les législatives de 97Aux législatives de 1997, le CDP (qui est une fusion de l'ODP/MT et d'autres formations politiques et ce, depuis le 05 février 1996) s'octroie 101 sièges sur les 111 de l'Assemblée, le PDP du professeur Ki-Zerbo s'en étant tiré avec 6 sièges et l'ADF/RDA 4.Puis le 13 décembre 1998 survint contre toute attente l'affaire du journaliste Norbert Zongo qui plongea le pays dans une crise indescriptible au point que le pouvoir se résolut à faire des concessions pour décrisper la situation nationale. L'entrée massive de quelques ténors de l'opposition à l'hémicycle serait la résultante de ce compromis.Comme on le voit, le Burkina aussi a connu sa part de violence, sa part d'heures sombres et les contradictions entre les acteurs politiques ont été telles que les craintes de déliquescence de l'Etat étaient loin d'être une chimère . Heureusement qu'aujourd'hui, tout cela semble être derrière nous.

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