Cameroon Tribune (Yaoundé)

22 Août 2003

Cameroun: Revues pornos : le cache-sexe tombe

opinion

Les magazines et revues obscènes sont désormais étalés au regard de tous, mineurs compris.

"Top Défonce ", " Pur Hard ", " Alice ", " Le journal du hard ", " Sexy Mag ", " C'est Porno ", " Club Défi ", " Top Hard ", " Extrême vidéo " la liste de ces journaux " qui ne se lisent que d'une main " est bien longue et on n'a même pas besoin d'être fouinard pour s'en rendre compte. Le sexe, dans toute sa dureté, nous gicle pratiquement à la face désormais. Au centre ville de Yaoundé, plusieurs 'sauvetteurs' s'ébattent dans ce créneau. Les revues sont étalées à même le sol ou bien en vue sur les comptoirs, et l'habitué n'a plus besoin de se renseigner à voix basse pour savoir s'il y a arrivage ou non. L'imposante présence de la cathédrale Notre-Dame des Victoires ne semble pas intimider les amateurs et amatrices d'images hot.

Les autres coins de la ville sont " ravitaillés " par des revendeurs - souvent des jeunes -, qui se chargent de porter la luxure sur papier glacé un peu partout dans la capitale. C'est bien de fornication qu'il s'agit : les journaux érotiques qui présentaient 'seulement' des jeunes femmes nues peuvent, pour ainsi dire, aller se rhabiller ; maintenant c'est de couples - ou de trios - en plein acte sexuel que le public est nourri. Avec en supplément des petites annonces du genre : " Jeune H., la trentaine, bien pourvu, cherche blonde torride pour séances inoubliables ". Tout ceci, encore une fois, à la portée du premier collégien ou écolier venu.

D'où viennent ces revues dont le nombre semble grimper sans cesse ? Elles sont importées d'Europe ; en général il s'agit d'éditions dépassées dont on cherche à se débarrasser. Toutes proportions gardées, leurs prix sont plutôt incitatifs et des Camerounais se sont établis dans le secteur, s'installant comme grossistes. L'un d'eux, sous le couvert de l'anonymat, parle de déferlante " qu'on ne peut plus arrêter ", expliquant que c'est de manière progressive que la société a glissé vers ce relâchement des moeurs. Selon lui, l'invasion de la presse porno répond à un besoin d'évasion. Un besoin apparemment pressant : " J'ai un client, cadre à la, qui m'a dit qu'il ne peut plus s'en passer ", assure le grossiste. Au nombre des consommateurs, notre homme compte également des officiers de l'Armée ; n'allez donc pas croire que les amateurs de porno se recrutent dans la lie de la société

Les vendeurs ont-ils des problèmes avec les autorités ? Pas vraiment : " On trouve ces revues dans la plupart des grandes surfaces ; ceux qui viennent nous déranger ici sont des fonctionnaires véreux. Parfois les policiers confisquent nos journaux, mais c'est pour les lire et les revendre après ". De plus, le vendeur ambulant qui ravitaille tel colonel au QG sait vers qui se tourner s'il a un problème.

Le magma du porno poursuit donc sa coulée de lave, toujours plus chaude et plus abondante, avec des commerçants qui n'hésitent pas à approvisionner des mineurs, des clients qui veulent jouer au saint (" c'est pour ma femme, elle me dérange "), et les garants de la morale qui étalent leur impuissance.

On a longtemps pensé qu'il suffisait de cacher pour tenir les âmes sensibles à l'écart de ce facteur potentiel de déroute morale, qu'est la pornographie. Et la recette a souvent marché, même si beaucoup vous avouerons qu'ils ont regardé un film de ce genre à 15 ans en cachette. En cachette, c'était le mot, la réalité qui forcément réduisait le nombre d'initiés. Mais depuis des années, le sexe et le sang font la une des médias et des conversations publiques. Véritable invite pour ces jouvenceaux en mal de sensations nouvelles et d'affirmation de soi. Tout a été libéralisé dans l'esprit des gens. Résultat, les revues pornographiques se vendent dans les kiosques mitoyens aux établissements scolaires et églises et sont achetées par nos enfants. Ces documents se retrouvent dans les sacs d'école de nos enfants, au milieu des livres scolaires, avec une femme à la nudité exposée. Et de toute façon, quand ils n'ont pas le courage de se présenter au kiosque, d'autres passent le temps à regarder sur Internet des activités sexuelles.

Ils aiment çà, c'est sûr. Mus par une curiosité légitime à leur âge, les enfants se jettent sur tout ce qui est susceptible de l'assouvir. Les parents ont ainsi constaté que leurs rejetons d'un certain âge s'attardent devant le petit écran à certaines heures et devant certains canaux pour en catimini visionner des films érotiques. Pendant que les parents affalés, les croient au lit. Les salles de cinéma n'affichent pas toujours " interdiction aux moins de 18 ans ". La télévision diffuse des films pornographiques avant le coucher du soleil. Les enfants les visionnent avec frénésie et vigilance. Surtout ne pas se faire surprendre.

Et quand un jour vous découvrez une de ces revues dans la chambre de votre fille, un mélange de gêne et de révolte vous envahit. Où est donc passé la censure ? Où lit-on que le journal ou film est interdit aux mineurs pour incitation à la violence ? Et comme les jeunes sans expérience se jettent avec appétit sur ces images, on comprend que les vertus cardinales de la vie morale n'aient plus beaucoup de place dans la société. D'où cette sexualité précoce et innocente, dont les revers sont bien connus.

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