Désiré-Israël Kazadi
29 Septembre 2003
Kinshasa — Dimanche 28 septembre 2003. C'est sous le coup de 11 heures 48' locales qu'un régulier de South African Airways en provenance de l'Afrique du Sud s'immobilise sur le tarmac de l'aéroport international de Ndjili. Une vingtaine de minutes d'attente après son atterrissage.
Des passagers, sacs et valises en mains, en descendent. Puis un silence.
Vingt minutes passent sans que celui que les Kinois ont baptisé "Moïse" prenne la passerelle au bas de laquelle piaffe d'impatience un comité restreint d'accueil conduit par le secrétaire général intérimaire du parti, Olivier Kabangu. C'est à 15 mètres de l'aéronef sud-africain que la foule massée sur le tarmac aperçoit un passager tout particulier coiffé d'un chapeau ( munyere) porté jadis par le dirigeant soviétique Joseph Staline, en descendre, d'un air désintéressé. "C'est le président du parti" ! s'exclame, sourire aux lèvres, Olivier Kabangu qui s'empresse de prendre l'air sérieux aux côtés de Me Mukendi, premier conseiller, Mbayo, Eve Bazaïba et autres Jean-Baptiste Bomanza respectueusement rangés au pied de la passerelle.
C'est bien Etienne Tshisekedi, sur ses deux jambes, pétillant de santé que cadres de l'Udps et autres invités alliés accueillent avant de le conduire au salon officiel où il s'entretiennent brièvement avec la presse.
Aux préoccupations des journalistes sur la contribution de son parti -bien qu'en dehors des institutions- au processus de transition, Etienne Tshisekedi indique que comme à la Conférence nationale souveraine, l'apport de l'Udps a été celui de voir les congolais être régis par un instrument juridique de transition.
"Notre lutte, dans le contexte actuel, a été de contribuer à la mise sur pied d'une constitution pour la période de transition. Il en était de même de sa contribution à la naissance d'un accord global et inclusif ayant bouté dehors le protocole partiel du 19 avril né à l'Hôtel Cascades".
Précisant l'alliance qui a lié l'Udps au Rcd, alliance ayant favorisé la naissance de l'Asd, géniteur de l'Accord global et inclusif, très posé et en des termes sans équivoques, le chef de file de l'opposition politique fait savoir qu'effectivement, les deux structures ont été d'un apport important dans les négociations politiques intercongalaises pour obtenir le format global de l'accord.
"Mais, précise le lider maximo, l'Accord global et la Constitution étant là, deux documents indispensables pour la transition, cette alliance ne pourra naturellement plus exister dans la mesure où l'objectif commun assigné a été atteint. Etienne Tshisekedi précise toutefois que les amitiés demeurent. Pourquoi avoir attendu deux ans durant pour regagner le pays? Dans un franc parler qu'on lui reconnaît, le président de la fille aînée de l'opposition tient à faire savoir que son retour entre dans le cadre normal d'un compatriote qui regagne le sol de ses aïeux. Avant d'indiquer qu'il entend, dans ses différents messages- comme celui du 15 septembre restituer au peuple son rôle de souverain primaire en perspective des élections attendues dans moins de deux ans. Au sujet du bicephalisme crée au sommet du parti avec deux secrétaires généraux, conciliant, Etienne Tshisekedi reconnait qu'entre hommes, il y a toujours des problèmes à gérer. "Cependant, c'est la conscience politique qui compte plus que de l'homme politique lui-même".
Après l'entrevue, c'est le tour de prendre le bain de foule.
Avec son traditionnel "V" suspendu, l'hôte des Congolais est ému de l'immense foule, sur les abords du Boulevard Lumumba.
Malgré un soleil de plomb, t-shirts et drapelets en mains, les populations accueillent leur leader à la taille de sa dimension politique.
La circulation est, sans ambages, totalement perturbée toute la journée. De l'enclos de l'aéroport au Boulevard Lumumba, une heure du temps pour que le cortège -d'une centaine de camions et véhiculés- prenne l'élan.
Sans compter de milliers de "combattants" ayant préféré faire le pied, des camions et autres véhicules klaxonnent bruyamment , de l'aéroport à la résidence. " Ya matindika ve", ne cessent de lancer les Kinois comme pour dire "qu'on ne nous a pas forcés de venir l'accueillir à coup d'argent et t-shirt".
La noirceur de deux bandes du boulevard cèdent à la blancheur mouvante des calicots "Tshisekedi, président" portés à bras le corps par des combattants manifestement consolés par le retour de leur leader. A l'étape du camp militaire Badara, c'est la liesse des enfants et épouses militaires. "Papa aye, nzala esili", ce refrain fétiche comme pour dire "avec Tshisekedi, c'en est fini avec la faim".
Débordés, les éléments de la Monuc décident même d'assurer le transport de certains combattants. Dans la discipline, la longue file s'étale de l'aéroport de Ndjili à l'avenue Pétunias chez le Sphinx de Limete. Klaxons, cris de joie, calicots arborés, les kinois tiennent à voir, de visu, leur hôte de marque engouffré dans une jeep "Pajero", V6 à côté de sa charmante épouse, Marthe Tshisekedi, une autre combattante, non sans saluer ses compatriotes qu'il revoie deux ans après un exil entamé sous Kabila père.
Parmi les formations politiques ayant fait le déplacement de l'aéroport, le Rcd représenté par Jean-Pierre Lola Kisanga, Léon Muhete; la Droite plurielle de Lumuna Ndubu, Nzanga Mobutu représenté par Jeannot Pétrole, coordonnateur provincial de l'Union des Mobutistes, une Asbl qu'il vient de créer. Outre les secrétaires nationaux du parti, d'anciens compagnons de "l'homme de Limete" prennent le courage de s'afficher en public : Usc Christian Badibangi et Omer Kamba, ancien représentant de l'Udps/Bénélux sont comptés parmi les convives réunis chez leur leader.
De visu, la presse est, comme les "combattants", surprise de voir des mamans, assurer, elles aussi, la sécurité au seuil de la résidence de Tshisekedi. Aucun incident n'est signalé, sauf, un calepin d'adresse d'un membre d'un parti allié égaré dans la foule, carnet retrouvé dix minutes après.
A l'étape de Kingasani, la population massée sur le boulevard tient à voir Tshisekedi et "mourir". Pagnes étalés par-ci, rameaux sur l'espace vert du boulevard par-là, même message : "Wapi ye"? Il est où?" question sévère des "combattants" à pied aux autres perchés sur des camions et véhicules. Dans les environs du bar "Mbuji-mayi-Kananga" à Masina, c'est un cortège du vice-président Jean-Pierre Bemba en partance pour l'aéroport qui prend le sens inverse. Face à une foule compacte qui occupe les deux bandes du boulevard, le cortège plante avant d'envisager se frayer difficilement un chemin, escorté par la Monuc. "Aye kobebisa lisusu fête na biso", déclare, d'un air furieux, un "combattant" repéré dans la foule par Le Phare, "combattant" qui s'interroge sur l'opportunité de la présence d'un cortège officiel en un moment où la circulation se trouve totalement perturbée. Les agents de la Monuc qui escortent le vice-président de la république se retrouvent nez à nez avec leurs collègues commis à la sécurité du redoutable opposant. Tout au long du parcours, les agents de la Police nationale commis à la circulation se montrent exemplaires. De même que les éléments de Fac en faction à l'aéroport qui ont été d'une compréhension très appréciée des "combattants" sécurisés à l'arrivée comme à leur retour accompagnés de leur hôte.
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