Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Tshisekedi : le nouvel épisode de la légende

Désiré-Israël Kazadi

30 Septembre 2003


Kinshasa — Dimanche 28 septembre 2003, 11h45'. Le Docteur Etienne Tshisekedi, Président National de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), débarque du vol régulier de la South African Airlines en provenance du pays de Mandela où il a passé un séjour de plus de deux ans.

L'homme était dit, par ses détracteurs, vieilli, fatigué, dépassé par les réalités politiques du moment, impopulaire et atteint d'une crise sévère de la goutte au point d'être à l'article de la mort. Forts de tant de symptômes et diagnostics relevés dans des laboratoires télépathiques, certains journalistes et opérateurs politiques avaient, péremptoires, rendu un verdict tout simplement sans appel: Tshisekedi, c'était une histoire finie. De là à l'écarter de la transition, il n'y avait qu'un pas qu'ils ont franchi allégrement.

Pendant que toute cette campagne de diabolisation et de dénigrement battait son plein, les Congolais s'étonnaient que pour affaiblir Tshisekedi, ses adversaires fissent preuve d'un manque d'inspiration pathétique au point de recourir à des méthodes qui avaient étalé leurs limites au cours de l'histoire politique récente du pays. Déjà avant eux, Mobutu avait eu beau le présenter tantôt comme fou, tantôt comme fuyard terré à Brazzaville, ce n'était que pour se retrouver en face d'un Tshisekedi plus lucide et plus constant que jamais.

Aussi, pour nombre des Congolais, le retour de l'Homme de Limete du dimanche dernier était un retour test. Test sur la viabilité et la fiabilité de l'expertise et des laboratoires des journalistes, analystes et politiciens de la famille politique autre que celle du «Père de la Démocratie Congolaise» - le terme est emprunté à Azarias RUBERWA et Christian BADIBANGI. Et cet énième test, Tshisekedi l'a passé avec maestria, comme à son habitude.

Donné pour vieilli, fatigué, mort politiquement et gravement malade, c'est un homme frais qu'on a vu descendre d'un pas alerte et ferme les marches de la passerelle de l'avion sud africain, une main en poche et l'autre saluant de l'éternel V de la victoire des forces du changement sur la dictature. Déclaré impopulaire, il a fait une démonstration de force qui doit avoir renvoyé J.B. MPIANA et WERRASON aux études en matière de mobilisation des masses. La marée humaine qui a accueilli le sphinx à l'aéroport, le long du Boulevard Lumumba et l'a accompagné pendant quatre grosses heures jusqu'à son domicile était tout simplement impressionnante.

L'enthousiasme débordant de ces centaines des milliers des Congolais à l'aller comme au retour de N'DJILI interpellera pendant longtemps encore ceux qui ont pris leur rêve pour la réalité. En effet, les combattants chantant en chour se demandaient les uns aux autres: «avons-nous touché de l'argent pour accueillir Tshisekedi? nous a-t-on distribué des T-shirts? avons-nous réquisitionné le matériel roulant de l'administration publique et les bus de City-Train pour notre transport?

A quiconque se sent concerné de répondre à cette interpellation des écoliers, étudiants et fonctionnaires qui, sans être forcés, se sont mobilisés d'une manière spontanée et désintéressée pour opposer un démenti cinglant aux politiciens de la dernière heure qui s'amusaient à défaire la mémoire collective. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, aimait si bien dire le Maréchal du Zaïre.

A tous les méchants mensonges racontés sur sa personne par ses adversaires, Tshisekedi, répond, souriant: «Bannissons l'injure facile et la bêtise politique; ensemble reconstruisons le Congo». Ceux qui l'attendaient sur le terrain de l'agitation et de la tension politique sont obligés d'aller voir ailleurs s'il y est.

Les politiciens Congolais gagneraient énormément en mettant à profit les leçons qu'ils doivent avoir tirées de cet accueil plébiscite. Sinon, il leur sera rappelé par une population à qui on n'en fait plus, demain comme aujourd'hui, qu'on ne devient pas leader à coup des billets de banque» des T-shirts et des promesses d'emplois, qu'on ne devient pas meneur d'hommes pour avoir tiré trois coups de feu dans l'un ou l'autre maquis congolais.

On leur souhaite de sortir de l'appréhension périphérique et superficielle de la réalité politique acquise des écoles mobutiste et kabiliste, l'une et l'autre partant de la théorie erronée selon laquelle l'assise populaire de l'homme politique découle de la manipulation de la puissance publique. Sinon, ceux qui sont encore au pouvoir aujourd'hui, deviendront demain ce que sont devenus ceux qui en sont partis: des illustres inconnus. Car, le peuple ne mettra pas longtemps à jeter leurs noms dans la poubelle de l'histoire.

Quant à Tshisekedi, plus de trente ans après son engagement dans le combat pour le changement radical de l'organisation du pouvoir politique et de la gestion de la République, après brimades, humiliations et sacrifices de toutes sortes, le moins qu'on puisse dire est que ses détracteurs, si impatients de l'enterrer, devront attendre encore longtemps, car pour le peuple, Ya Tshitshi est une légende vivante. Et comme toute légende, il a la vie dure.

Anthony M.K. Katombe Rcd : les derniers parlementaires frondeurs aujourd'hui à Kinshasa Le gouverneur du Nord-Kivu, le Professeur Serufuli, à la tête de la délégation Ils sont quatre, les parlementaires désignés pour le compte du Rcd restés jusque-là à Goma mais attendus finalement aujourd'hui à Kinshasa. Azarias Ruberwa, face à la fronde assaisonnée du courroux des officiers militaires fichés par Kinshasa, a dû séjourner, du mercredi au vendredi au chef-lieu du Nord-kivu. Au menu : rétablissement de la quiétude au sein du RCD.

Le vice-président de la République en charge de la Commission Politique, Défense et Sécurité, dans sa peau du président du Rcd, a réuni en la grande salle des conférences de la Banque des Etats des Grands Lacs cadres tant civils que militaires du parti. Reconnaissant la gravité de la situation et le pertinence de la rencontre, le détenteur du leadership de l'ex-mouvement politco-militaire a écouté les craintes et les attentes de ses interlocuteurs au regard de la nouvelle dynamique politique. Globalement, l'hôte des "Gomatraciens" a reconnu que certains cadres de base du Rcd ont maugré pour n'avoir pas été repris sur la liste au dernier partage du pouvoir politique opéré à Kinshasa.

Alex Cimanuka, compté par les mécontents de Goma, a indiqué la raison de sa déception sans toutefois demeurer explicite dans son argumentaire. Il en était de même des autres intervenants qui n'ont pas ménagé Ruberwa. Mais c'est de manière sereine qu'il a, avec sportivité, avalé la pilule. Entouré de Serufuli Ngayabaseka, gouverneur du Nord-Kivu et 2ème vice-président du Rcd et du secrétaire général Kabasu Babu, Ruberwa Manywa a salué le courage politique de ses interlocuteurs ayant eu le temps de vider de leurs entrailles, la charge de "remontrances" qu'ils avaient contre le leadership accusé d'avoir installé ses pénates dans la métropole sans se préoccuper du Kivu profond.

C'est en saluant l'exercice à la démocratie auquel se sont livrés ses compatriotes qui se sont succédé à la chaire que Azarias Ruberwa a relativisé les accusations portées contre la haute hiérarchie du mouvement. En précisant que le goulot d'étranglement a été repéré au niveau de la communication entre Kinshasa et l'ancien fief du mouvement. Aux assoiffés du pouvoir d'Etat, Ruberwa a expliqué que la mise en place des institutions n'était pas encore à son terme et que le mouvement, partie prenante dans la processus de transition, sera servi à la taille de son influence politique. Applaudissements. Ayant repéré la mal, le vice-président Ruberwa a promis à l'assistance de mettre en place des mécanismes appropriés de communication en vue de casser le circuit parallèle généralement à la base de la désinformation.

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Chemise des ambitions politiques close, Ruberwa a abordé la question militaire essentiellement orientée vers l'affaire Général de brigade Laurent Nkunda et les colonels Eric Ruhorimbele et Elie Gihondo, nommés au sein du commandement de la nouvelle armée mais très réservés à gagner Kinshasa. Ancien commandant de la 7ème brigade de Kisangani, Nkunda a été abondamment cité par des Ong de défense des droits de l'homme, d'avoir "outrepassé la répression de la mutinerie d'avril 2002 dans le chef-lieu de la Province Orientale". Réponse de Goma : "Les Fac ont fait nommer à un poste important de la nouvelle armée un des principaux responsables du génocide des kasaiens en 1992-1993, sans que cela n'émeuve personne". Pour des analystes, Ruberwa devrait convaincre les officiers cités à rejoindre Kinshasa. Comme préalable, les trois galonnés exigent, avant d'atterrir à Kinshasa, la levée de la mesure.

Qu'à cela ne tienne, Ruberwa a ramené dans sa gibecière quatre des huit parlementaires à Kinshasa. Au total, le sénateur Ndeshyo et Mpabuka, Ntanganda et Sebuliri rejoignent l'hémicycle. Les quatre autres arrivent ce mardi à Kinshasa avec le Professeur Serufuli à la tête de la délégation. Ce dernier répond à l'invitation du gouvernement.

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