Augustin Kouyo
18 Octobre 2003
Gbagbo a-t-il capitulé devant la rébellion, comme le soutiennent certains depuis la publication du communiqué du dernier conseil des ministres ? On pourrait le croire de prime abord quand on prend connaissance des différentes décisions qui ont été prises lors de ce conseil des ministres.
A savoir : la signature du décret transformant la RTI en société anonyme ; la dissolution du GPP et l'interdiction de toutes manifestations publiques jusqu'en janvier 2004.
Mais, ici, on est bien sur un terrain politique où ce qui apparaît à première vue comme défaite peut être, en réalité, une grande victoire. Les rebelles le savent si bien qu'ils ne sautent pas de joie depuis l'annonce de ces décisions. Ils savent très bien qu'avec ces décisions, Gbagbo apparaît comme le chef de l'Etat qui est capable de jouer balle à terre et tendre la main à ses adversaires dans une situation de total blocage. Il n'est plus, aux yeux de la communauté internationale, le va-t-en guerre que le MPCI de Soro et de Ouattara leur a dépeint. C'est un gain d'une valeur inestimable que les rebelles auront du mal à démonter dans leur stratégie de dénigrement du régime ivoirien. Ils savent que, devant le blocage, le président Gbagbo a été le premier à faire un pas. Et qu'il leur appartient désormais de lui renvoyer. Car les observateurs les plus lucides de la situation politique ivoirienne savent toujours apprécier les efforts faits. La preuve, depuis la formation complète du gouvernement et le retrait des rebelles, il ne s'est trouvé aucune institution internationale pour juger leur position raisonnable. Au contraire, toutes ont reconnu que le gouvernement avait été formé dans les règles de l'art et invité les rebelles à reprendre leur place au gouvernement. Ce n'était certes pas avec la vigueur qu'on aurait souhaité, mais c'était tout de même une grande première depuis le déclenchement de cette crise.
En faisant un autre pas en direction des rebelles, le président Gbagbo montre que c'est bien lui qui fait des signes d'ouverture là où les rebelles adoptent des positions maximalistes.
Etant dans cette logique, il est toujours difficile de comprendre le président Gbagbo.Parce qu'on croit toujours qu'il fait la part belle aux rebelles. Pourtant, il n'y a qu'à se souvenir du déclenchement de la crise de la RTI avec la suspension du DG Georges Aboké en juillet dernier pour se rendre compte que le président Gbagbo fini toujours par avoir raison. On lui avait alors reproché de ne pas avoir réagi face à la décision injuste de son ministre de la Communication Guillaume Soro et d'avoir fermé les yeux sur la bastonnade des jeunes qui manifestaient contre cette décision. Deux mois plus tard, c'est la Cour suprême elle-même qui a réinstallé Aboké dans son fauteuil de directeur général de la RTI.
Au moment où, à Abidjan, beaucoup de gens se laissent gagner par le découragement parce qu'ils croient que le président Gbagbo a capitulé, à Bouaké, les rebelles, eux, comprennent bien qu'ils n'ont absolument rien gagné au change et que c'est plutôt Gbagbo qui enfonce le clou.
C'est pour cela qu'il ne serait pas surprenant d'entendre les rebelles dire qu'ils ne sont nullement satisfaits et qu'ils attendent que Gbagbo cède d'abord l'ensemble de ses pouvoirs à Seydou Diarra avant de revenir au gouvernement. Ce qui, de toute évidence, n'est pas réalisable. Parce que cela signifierait que Gbagbo a renoncé au pouvoir.
Finalement, il y a une seule phrase du président Gbagbo que les Ivoiriens devraient garder à l'esprit : "Tant que ma signature vaut quelque chose, je suis à la barre, je tiens la barre". Et cela s'est vérifié à plusieurs reprises.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Notre Voie. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.