Arona Mbaye
18 Octobre 2003
L'importance pour Me Diouf de "vider la tête" de Cheikh Diop se mesure à l'aune de la peine capitale et à la charia islamique dont l'application a, dès l'entame, été prônée par l'avocat.Comme pour indiquer à la cour l'axe de sa plaidoirie non sans avoir accroché au passage les militants de la lutte contre la peine de mort.
Les plaidoiries, comme l'exige la loi pénale et l'usage, commencent toujours avec la partie civile et le plus jeune de ses conseils, en l'occurrence Me El Hadj Diouf. Pour s'être constitué le premier et avoir imprimé ses marques dans un dossier qu'il clame connaître mieux que quiconque, il en est la figure emblématique. Aussi a-t-il ciblé la frustration syndicale relayée par une connexion politique, comme étant les véritables mobiles de Cheikh Diop et de sa bande pour perpétuer l'incendie de la Bourse du travail.
Le mobile, c'est la raison profonde qui a bourdonné dans la conscience silencieuse d'un individu avant la commission de son acte. Et c'est parce qu'il relève de la subjectivité, contrairement au motif qu'est un élément objectif, qu'il faut, dit l'adage, "sonder les coeurs et les reins" pour les dénicher. Son enjeu dans le procès pénal, de surcroît criminel, est capital pour la détermination de la sentence. Il permet en effet à la cour, de par sa nature, son existence et son défaut de juger de l'opportunité d'être sévère ou non à l'endroit de l'accusé, notamment de disqualifier un crime en délit, d'accorder ou non des circonstances atténuantes. Voilà donc l'exercice auquel s'est livré hier Me El Hadj Diouf très en verve comme à son habitude, dans une plaidoirie qu'il a dédiée à Madia Diop et Mody Guiro, principaux responsables de la Cnts originelle. L'importance pour Me Diouf de "vider la tête" de Cheikh Diop se mesure à l'aune de la peine capitale et à la charia islamique.
Me Diouf a d'abord tenu à faire observer que Cheikh Diop et Mody Guiro étaient, avant les événements du 24 mars 2002, tous deux des "fils", de purs produits du "père Madia" avec qui ils ont fait leurs armes dans le syndicalisme et dans la Cnts. Mais tout serait parti, selon lui, de sentiments de frustration et d'humiliation, nourris par la suite d'une confiance politique de Cheikh Diop, lesquels ont finalement dégénéré en incendie de la Bourse du travail. L'accusé, poursuit Me Diouf, n'a en effet jamais digéré la préférence portée par Madia Diop sur la personne de Mody Guiro, à son détriment. En d'autres termes, Cheikh Diop s'est révélé être un "très mauvais perdant" à l'issue du congrès de renouvellement de la Cnts ayant porté le dauphin du père à la tête de la centrale.
Un revers syndical qui devrait, soutient l'avocat, être corrigé par une instrumentalisation politique du perdant par l'actuel pouvoir, ainsi qu'en attestent selon lui les quatre véhicules 4x4 qui ont rodé, tel dans une promenade de plaisance, à la Bourse du Travail. Et ce pour des responsables de la Cnts/Fc pourtant dépourvus de tout moyen après leur défaite. Mais c'était, poursuit Me Diouf, une mise en scène ayant pour but d'intimer et de rappeler au camp adverse que l'héritage de la Cnts était loin d'être dévolu et que la bataille était loin d'être gagnée par Madia Diop et ses préférés. Cheikh Diop et compagnie, fort d'un soutien politique du Pds au pouvoir, pouvaient ainsi, martèle le conseil de la Cnts, se croire tout permis après avoir opéré la scission par la création d'une centrale rivale. Il ne restait plus alors qu'à recruter et enivrer des nervis pour plonger la Bourse du travail dans une folie incendiaire et sanglante durant ce fameux jour du 21 mars 2002 ? Voilà comment Me El Hadji Diouf a entendu asseoir sa thèse du commanditaire commandité à la charge de Cheikh Diop, devant la Cour. Et il ne peut y avoir d'autres explications, selon l'avocat que la frustration, l'humiliation d'un leader syndical ayant fait l'objet de récupération politique pour que survienne le drame de la Bourse du travail.
Il ne pouvait y avoir également d'autres stratégies de plaidoirie, à l'encontre d'un leader syndical dont l'argument massue de défense n'avait jusque-là pas été sauté par la partie civile depuis le début de procès. En effet, Cheikh Diop n'a jamais nié s'être rendu le jour des événements à la Bourse du travail où il avait même donné rendez-vous à tout membre du Bureau confédéral de la Cnts /Fc y ayant un bureau. Mais il a toujours soutenu n'avoir guère de nervis.
A quel dessin tout de même avoir donné un tel mot d'ordre de ralliement. "Juste pour reprendre nos bureaux injustement scellés par Madia et ses partisans", a été la réponse que le leader de la Cnts/Fc a, jusqu'à ce jour, réussie à tenir comme pilier de défense. Réussira-t-elle à tenir sous les coups de boutoir des avocats de la partie civile ? Seul le verdict qui sera issu des plaidoiries, des réquisitoires de l'avocat général et surtout de l'intime conviction des jurés pourra le dire.
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