Bady B. Naceur
18 Octobre 2003
Pendant que les artistes plasticiens des deux rives s'affairaient dans les salles avenantes et spacieuses du Palais Kheireddine et les anciennes écuries de Dar Lasram à mettre la dernière touche à leurs installations et à l'accrochage méticuleux de leurs oeuvres peintes, on donnait, hier, au Club Tahar-Haddad un point de presse au sujet des Rencontres d'art contemporain de la Médina qui s'ouvrent aujourd'hui.
Il s'agit, comme nous l'indiquions dans notre livraison d'hier, de la première manifestation en date et de cette envergure au coeur de la Médina de Tunis. Une méga-exposition d'oeuvres aussi riches que variées, dues à dix-sept plasticiens tunisiens et français, auxquels on avait demandé de traiter du thème de la Médina «dans une recherche formelle favorable à la tradition», nous dira Mme Nariman El Kateb du ministère de la Culture.
Cette rencontre internationale d'art contemporain, dont le thème générique est «L'intime et l'étranger», parrainée, rappelons-le, par les ministères de la Culture et du Tourisme, la mairie de Tunis, l'Agence tunisienne de communication extérieure, l'ambassade de France et l'Institut français de coopération, est surtout un coup de coeur de deux femmes plasticiennes, Tunisienne et Française, pour les traditions vivantes de la Médina de Tunis. Il s'agit de Meriem Bouderbala et de Sophie Revault-Golvin, commissaires de cette exposition, et qui, lors de ce point de presse, nous ont donné des détails précieux sur la matérialisation d'un tel projet.
Un morceau de Tunis en elles
Si en effet les idées de partenariat naissent, la plupart du temps, d'institutions officielles, voire d'Etat à Etat, nous avons ici l'exemple même d'un partenariat qui a vu le jour grâce à deux êtres qui ont eu depuis longtemps en commun ce sens du métissage culturel et surtout des «médinances», un vocable qui pourrait nous faire mieux comprendre peut-être ce voyage dans l'intime par des Tunisiens eux-mêmes ou des étrangers. Mais dans le cas d'espèce, Sophie Revault-Golvin, fille du célèbre ethnologue français qui vécut et travailla longtemps au coeur / et pour le coeur de cette Médina, n'est pas étrangère à cette vision des choses. Elle nous dira d'ailleurs tous ses souvenirs d'enfance dans cette même Médina auprès de son père et combien ceux-ci allaient prendre de l'ampleur jusqu'à imaginer des actions d'envergure comme cette exposition «mise à l'écoute des vieilles pierres.»
Et puis, pour le lien avec Meriem Bouderbala, artiste plasticienne franco-tunisienne aux multiples voyages, séjours, expériences et ajustements au sujet de l'interculturalité, quoi de plus émouvant lorsqu'elle nous raconte, à son tour, sa rencontre avec Sophie Revault-Golvin, leurs approches identiques et leur désir d'exprimer ces parcours initiatiques pour cesser les ruptures culturelles !
C'est donc à travers le langage de l'art de ces dix-sept artistes qui nous présentent leurs oeuvres dès ce soir au Palais Kheireddine et au club Tahar-Haddad, que ces «rencontres» donneront au public de la capitale l'occasion d'«un parcours inédit entre patrimoine artistique et lecture contemporaine du monde, entre histoire et actualité».
«Mais qui sont-ils ces étrangers ?»
Les artistes français et ces «intimes» ont été invités, avant cette exposition, à des voyages préparatoires au coeur de la Médina, durant un mois. Ils y ont rencontré des artisans, des musiciens, des stambalis, des conteurs, des nostalgiques du karakouz. Félice Varini ou Tony Soulie, ou Jason Karaindros ou Marcel Robelin, pour ne citer que ceux-là, «ont vécu en Médina» à travers ses atmosphères, ses couleurs et ses bruits. C'était, nous dira-t-on, pour mieux comprendre notre monde arabo-musulman, ses us et coutumes immortels et d'en faire une réappropriation saine et sensible.
Quant aux artistes tunisiens, ces «intimes», ils ont été pour les premiers cités des «possesseurs d'une mémoire vivante» prêts à la partager avec eux dans la fraternité et la beauté des choses vécues. Les «Sakhanes» de Sahli, le laboratoire de paix de Fatma Charfi ou les bannières géantes de Raouf Karray témoignent de cette «lecture contemporaine du monde et de leur désir de faire de leur art un langage de communication et d'échanges à un niveau international.»
Ces «rencontres d'art contemporain» en terre tunisienne sont les premières dans le monde arabe. Et les responsables de cette manifestation pensent déjà qu'une telle expérience pourrait se reproduire dans d'autres médinas, à l'image de ce qui se fait au niveau des dialogues des cultures dans les domaines de la littérature, du théâtre, du cinéma. M. Lebeau, directeur de l'Institut français de coopération, nous a rassuré, quant à lui, des efforts qui seront entrepris à partir de cette année pour stimuler davantage ce genre de partenariat dans le domaine de la culture et des arts, comme il l'est traditionnellement dans les autres domaines de la vie active entre nos deux pays.
Alors, rendez-vous ce soir à ces rencontres de l'art et de la fraternité.
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