Reda Cadi
19 Octobre 2003
La conférence générale de l'organisation onusienne a aussi marqué sa 32ème session par le retour en son sein des Etats-Unis qui avaient quitté l'Unesco en 1984 et par l'adoption d'un budget 2004-2005 en croissance (610 millions de dollars)
La 32ème conférence générale de l'Unesco a clôturé positivement sa session vendredi dernier. Cinq textes normatifs -dont la convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et la déclaration internationale sur les données génétiques humaines- ont été adoptés.En ce qui concerne le patrimoine, la conférence générale a adopté à une écrasante majorité la convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Cette convention vient compléter celle portant protection du patrimoine matériel mondial qui régit les monuments et les sites naturels. Selon l'archéologue algérien Mounir Bouchenaki, sous-directeur général pour la culture, cité par l'APS, la nouvelle convention «pourra bénéficier des trente ans d'expérience de l'Unesco dans le domaine du patrimoine matériel», culturel et naturel, protégé, lui, par la convention de 1972, qui «a servi de modèle au nouveau texte quand il l'a fallu». Le patrimoine immatériel que cette nouvelle convention entend protéger comprend les traditions et expressions orales -y compris la langue en tant que vecteur du patrimoine culturel- les arts du spectacle, les pratiques sociales, les rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers. Sont inclus aussi les traditions artisanales et groupes qui leur donnent vie.
Le texte de la convention, dont l'agence de presse algérienne cite quelques extraits, souligne le «rôle inestimable» du patrimoine culturel immatériel comme «facteur de rapprochement, d'échange et de compréhension entre les êtres humains». Le directeur général de l'Unesco, le Japonais Koichiro Matsuura, a, dès l'adoption de la convention, souhaité que de nombreux pays ratifient le texte afin qu'il puisse entrer en vigueur rapidement. Pour le directeur général de l'Unesco, le résultat obtenu «est un bon exemple du travail de médiation et de dialogue que l'Unesco est capable d'accomplir sur les sujets les plus complexes ou controversés». De son côté, Mohamed Bedjaoui, juriste et ancien président de la Cour internationale de justice de La Haye, qui a dirigé les réunions d'experts gouvernementaux pour la rédaction du texte, a déclaré que «malgré toute sa complexité, cette notion de patrimoine culturel immatériel s'est affirmée et s'est finalement imposée à nous tous comme une notion capitale pour comprendre les identités culturelles des peuples». «Chaque mot de cette convention est un hommage reconnaissant aux créateurs, aux artisans de ce fabuleux patrimoine, aux grands comme aux humbles et aux anonymes, aux auteurs et aux gardiens du temple des traditions et des savoirs des peuples», ajoutera-t-il. La convention prévoit en particulier l'élaboration d'inventaires nationaux des biens à protéger et la création d'un comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel composé d'experts des futurs Etats parties. Les inventaires serviront à l'établissement d'une liste où sera répertorié le patrimoine immatériel de l'humanité.
Cette liste servira de document de travail pour l'établissement d'une deuxième liste où seront regroupées les expressions de ce patrimoine nécessitant une sauvegarde urgente. A terme, les chefs-d'oeuvre du patrimoine culturel immatériel proclamés en 2001 par le directeur général seront intégrés à la 1ère liste. A propos du financement des opérations de sauvegarde, il est prévu la création d'un fonds qui sera alimenté notamment par les contributions des Etats parties, des fonds accordés à cette fin par la conférence générale de l'Unesco, ainsi que des versements, dons ou legs faits par d'autres Etats, organisations ou personnes privées. La convention souligne par ailleurs que la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est un processus complexe impliquant de multiples acteurs, à commencer par les communautés et groupes qui lui donnent vie. L'adoption de cette nouvelle convention est l'aboutissement d'une prise de conscience qui est née à la conférence de Mexico de 1982, quand les Etats membres de l'Unesco ont évoqué pour la première fois la notion d'«immatériel» pour qualifier l'ensemble des productions spirituelles de l'homme. En 1989, l'Unesco a adopté la recommandation sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire. Mais sa nature non contraignante ne lui a pas donné toute l'efficacité souhaitée. Il faudra attendre la proclamation des premiers chefs-d'oeuvre, en 2001, pour voir s'aiguiser l'intérêt porté au patrimoine immatériel en tant que référant identitaire pour les cultures du monde.
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