Par André Ntonfo
20 Octobre 2003
Du 3 au 5 septembre 2003, s'est tenue à Naïrobi au Kenya, la première conférence internationale des universités privées d'Afrique, organisée par United States International University (Usiu).
Environ quarante cinq universités privées ont pris part à cette importante manifestation qui, il faut le dire d'entrée de jeu, a consacré la longueur d'avance si ce n'est tout simplement la primauté des pays anglophones en la matière. En effet, parmi les quarante cinq universités privées officiellement représentées, 43 dont 17 du seul Kenya, étaient anglophones. Et sans la présence de l'Université Catholique d'Afrique Centrale (Ucac) et de l'Université des Montagnes (Udm), toutes deux du Cameroun, l'Afrique francophone aurait été absente de cette première tentative d'évaluation de l'enseignement supérieur en Afrique, du point de vue des universités privées.
La Conférence de Naïrobi a en effet porté sur le thème : Meeting the challenges of Higher éducation in Afica : The rôle of Private Universities, et elle a été le lieu d'un échange et d'un débat soutenus sur les défis et problèmes que rencontrent les universités privées en Afrique dans leurs efforts d'actions complémentaires de celles des Etats, lesquels défis et problèmes, en dépit de quelques variantes, se révèlent rigoureusement les mêmes, d'un pays à l'autre.
A ce propos, quatre centres d'intérêt se sont dégagés des communications liminaires et autour desquels la réflexion s'est organisée, à savoir : comment améliorer l'administration et la gestion dans les universités privées, comment contrôler la croissance et maximiser les ressources, comment maintenir la qualité et enfin comment influencer positivement l'environnement extérieur et s'imposer comme partenaire incontournable du développement national.
Les membres des commissions de réflexion se sont appesantis sur ces différentes questions, chacun à partir de l'expérience vécue dans son institution. La difficulté à mettre en place une administration et une gestion performante, la trop grande implication des promoteurs, qu'il s'agisse des églises ou des laïcs, la dépendance financière, l'attitude parfois hostile des gouvernements, etc. sont apparus comme des défis communs à presque toutes les institutions. Parmi les stratégies possibles pour faire face à ces situations, on a suggéré, entre autres, la recherche du dialogue avec les autorités gouvernementales et les universités d'Etat tout en préservant son indépendance, l'implication dans la marche de l'institution de tous les membres de la communauté universitaire (enseignants, personnel administratif, étudiants et partenaires extérieurs), l'intégration des technocrates au Conseil d'administration et l'implication des membres de ce Conseil dans la recherche des financements, la modernisation de l'administration et de l'organisation des études, de même que la création d'un climat d'excellence au plan éthique.
Faire grandir les Universités
La deuxième préoccupation a consisté à s'interroger sur les moyens de faire grandir les universités privées et maximiser leurs ressources. A ce propos, il a fallu d'abord identifier les obstacles à cette croissance et dont le premier a semblé tenir à la qualité du public estudiantin dont les meilleurs vont d'abord aux universités d'Etat. L'absence d'un corps enseignant qualifié et des structures pouvant assurer la promotion de ce corps enseignant est également apparue comme un obstacle de taille. Parmi les solutions possibles, on a d'abord retenu la recherche de la qualité dans le recrutement des étudiants afin de créer une réelle émulation entre eux d'abord, et avec ceux des autres universités ensuite. Et si le recours aux enseignants retraités des universités d'Etat, pour constituer la base des ressources humaines, a été communément retenu comme une alternative, il est néanmoins apparu que les solutions durables passent par la mise en place d'une politique claire de développement et de promotion du corps enseignant, ainsi que des conditions de travail et de recherche attrayantes. Et parce que tout cela n'est possible que si le financement suit, il importe de faire comprendre aux différents gouvernements, donateurs et sponsors que les universités privées contribuent, elles aussi, au développement des pays africains, et à ce titre méritent d'être soutenues. Enfin, le partenariat avec d'autres institutions d'enseignement supérieur, y compris au-delà des frontières nationales, doit être recherché pour l'avantage que l'on peut tirer de leur expertise, expérience et collaboration.
La recherche et le maintien de la qualité dans les universités privées a également focalisé l'attention des participants. La question était de savoir à quels défis on est confronté quant au maintien de cette qualité, tous domaines de la vie académique confondus. Parmi ces défis ou préoccupations, on a relevé la nécessité de renouveler les programmes, de les actualiser en permanence, c'est-à-dire d'être prêt à remettre en question les données traditionnellement reproduites, mais sans grand souci d'efficacité. Par exemple, la non adéquation entre les besoins des milieux industriels et les programmes d'enseignement a été communément relevé. Enfin le manque d'enseignants qualifiés et la tentation de recourir à des jeunes souvent inexpérimentés sont apparus comme autant de facteurs de baisse de qualité, lesquels sont naturellement préjudiciables à la réputation des universités privées.
Face à ces défis, plusieurs pistes de sortie ont été préconisées. Et d'abord au plan académique, en proposant des programmes attractifs, en se montrant créatif et imaginatif; il y a aussi lieu de faire appel, pour co-organiser les examens, aux universités à la réputation établie, et de mettre en place des politiques claires de recrutement et de promotion des enseignants, d'améliorer leurs conditions de travail. La pratique de l'évaluation des enseignants par les étudiants et par leurs pairs a été fortement recommandée comme un moyen d'améliorer la qualité de leurs prestations. Enfin, la mise à la disposition des étudiants et des enseignants d'une documentation de qualité, à travers une bibliothèque fournie, l'abonnement aux revues spécialisées ou leur téléchargement sur Internet, ont également été retenus dans les recommandations.
Regroupements
Enfin, tous les participants ont été unanimes pour reconnaître que les universités privées ont un effet sur l'environnement extérieur et vice versa, tant au plan politique que social et économique. En un mot, elles ne laissent point indifférent cet environnement extérieur et se doivent de le prendre en compte dans leur politique de développement. C'est ainsi qu'il a été relevé que le climat politique dans lequel elles se bâtissent est ce qui détermine le plus sensiblement l'évolution des universités privées en Afrique et qui tend surtout à le freiner. Aussi, les défis auxquels ces universités sont confrontées dans ces conditions consistent avant tout à convaincre de l'utilité de leur existence et, partant, de la nécessité pour les gouvernements non seulement de les accepter, mais encore de les soutenir.
A ce propos, il a été relevé, avec regret, que les gouvernements africains font montre, vis à vis des universités privées, d'exigences qui, appliquées aux universités d'Etat, entraîneraient la fermeture pure et simple de nombre d'entre elles. De ce fait, les universités privées doivent se montrer préoccupées d'influencer la législation et la définition des politiques qui leur sont appliquées et qui ont trop souvent tendance à être répressives. Mais comment peuvent-elles faire face à ces défis ? Eh bien d'abord en se montrant capables d'évaluer leurs forces et faiblesses, de mesurer leurs atouts avant d'engager toute action. Mais surtout, elles doivent organiser un lobbying énergique, un marketing convainquant, en montrant ce dont elles disposent, ce dont elles sont capables et en organisant des manifestations hors campus pour se faire connaître et afin d'occuper leur juste place sur le plan national. De plus, elles devront se préoccuper de présenter un front uni en tant que universités privées plutôt que de se considérer en rivales et de se tirer dessus comme cela arrive bien trop souvent. Mieux encore, en prenant en compte les besoins de l'Etat dans la définition de leurs missions et objectifs, elles susciteront certainement autour d'elles un réel climat de sympathie. Enfin elles auront un effet d'autant plus positif sur l'environnement extérieur qu'elles sauront établir un partenariat efficace avec les milieux industriels, en nouant un dialogue permanent avec eux, en se préoccupant de leurs besoins dans la définition des programmes de formation, en se mettant donc résolument à leur écoute.
En définitive, il a été reconnu que les universités privées ne sauraient être considérées comme un monde à part, une sorte d'appendice au système éducatif national. Elles ne sont pas à considérer sous l'angle de la rivalité et de la concurrence avec les universités d'Etat, mais plutôt de la complémentarité. Les participants à la Conférence de Nairobi se sont par ailleurs posés la question de savoir comment organiser les universités privées en Afrique pour mieux en assurer la promotion et la défense. A ce propos, l'idée d'une association au niveau continental a paru précoce, eu égard à la jeunesse et aux moyens encore fort limités dont disposent nombre de ces universités. Par contre, il a été recommandé un premier niveau de regroupement au plan national. Ainsi, les universités privées d'un même pays se retrouveraient entre elles pour réfléchir sur leurs problèmes spécifiques. Le second niveau de regroupement recommandé a été de type régional. A ce propos trois régions ont été identifiées, à savoir : l'Afrique de l'Est, l'Afrique du Sud et l'Afrique de l'Ouest. Et les universités présentes ont aussitôt été invitées à une rencontre informelle par région. Le Cameroun ayant été intégré à la région Afrique de l'Ouest, les représentants de l'Université des Montagnes (Udm) et de l'Université Catholique de 1'Afrique Centrale (Ucac) se sont retrouvés avec leurs collègues du Nigeria et du Ghana. Cette rencontre leur a permis d'apprendre que les universités privées du Nigeria ont déjà une association qui fonctionne, tandis que celles du Ghana sont en train de se structurer. Et les collègues nigérians ont invité les Ghanéens et les Camerounais à assister, comme observateurs, à la rencontre des universités privées du Nigeria qui se tiendra le 30 octobre 2003 à Okija.
Le Pr. Oscar Eone Eone, Recteur de l'Université Catholique d'Afrique Centrale s'est, pour sa part, engagé à inviter les promoteurs des universités privées du Cameroun à une rencontre de concertation, afin qu'à partir de la restitution des travaux de la Conférence de Nairobi, ils puissent décider du type d'organisation dont ils pourront doter leurs universités.
Il a par ailleurs été suggéré qu'en attendant de s'organiser au plan national comme régional, chaque université privée adhère à l'Association des Universités africaines (Aua) dont le siège est à Accra au Ghana; laquelle offre déjà un certain nombre d'avantages à ses membres.
Je dirai, pour conclure, qu'il est heureux que des universités camerounaises, notamment l'Université des Montagnes, aient participé à cette première conférence internationale des universités privées d'Afrique. Non seulement cette présence a contribué à les asseoir sur le plan international, mais encore elle leur a permis de tirer avantage de expérience des autres, de se rendre à l'évidence que l'université privée doit bien avoir sa place dans le système éducatif en Afrique. L'autre leçon de cette conférence réside dans le fait qu'une majorité écrasante des universités privées africaines est de type confessionnel, qu'il s'agisse des universités catholiques, protestantes ou islamiques. De ce fait, l'originalité de 1'Université des Montagnes, comme émanation d'une association non confessionnelle n'en est que plus apparente, même si ce statut d'université associative, privée et laïque n'est pas sans engendrer des difficultés, notamment juridiques et financières, que ne connaissent pas les institutions confessionnelles ou d'initiative individuelle.
Enfin, Midrand Graduate Institute (midrand edu.co.za), en République Sud-africaine, s'est proposée pour accueillir, en 2005, la prochaine conférence dont les dates sont encore à fixer. Il reste à souhaiter que l'Afrique francophone y assure une meilleure représentativité.
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