Karima Mokrani
20 Octobre 2003
Contrairement aux rumeurs faisant état du recul du mouvement de protestation observé par les professeurs de l'enseignement secondaire dans la capitale, la réalité sur le terrain confirme que les enseignants, dans leur grande majorité, sont convaincus de la légitimité des actions entreprises par les deux organisations syndicales autonomes, le CNAPEST et le CLA, et répondent favorablement au mot d'ordre de grève lancé à la fin de la semaine dernière à travers tout le pays.
Le taux national de suivi de ce débrayage qui ne cesse d'inquiéter aussi bien les lycéens que leurs parents était estimé hier entre 95% et 100%. Dans la capitale, le chiffre définitif a atteint 98,62% après la forte adhésion des enseignants de trois établissements qui, jusque-là, se sont montrés quelque peu réticents. Il s'agit du lycée Ouartilani de Ruisseau, du lycée Tamaris de Dar El Beida et d'un lycée à Douéra. La représentativité des deux organisations syndicales se confirme et la légitimité de leur cause se renforce. Cependant, les responsables du ministère de l'Education nationale et de celui du travail persistent dans leur refus d'ouvrir tout dialogue avec les initiateurs du mouvement, sous prétexte que les deux organisations sont illégales. Les grévistes menacent de sortir dans la rue et la tutelle répond par une série de mesures répressives qui n'en finissent pas.
Ainsi, apprend-on, à Bordj Bou Arréridj, le wali a donné l'ordre de sceller tous les établissements du secondaire et d'empêcher les enseignants grévistes d'y pénétrer. «Une dérive de plus», estime le premier représentant du CNAPEST, M. Meziane Meriane qui confie, d'autre part, qu'à Annaba, le directeur de l'éducation s'est adressé aux enseignants par ces paroles : «Le CNAPEST ne sera jamais agréé et si vous voulez faire grève, allez rejoindre les autres syndicats.» Le numéro un du CNAPEST rapporte, par ailleurs, que le ministre de l'Education aurait lancé un appel aux enseignants grévistes en leur demandant de déléguer deux professeurs de l'enseignement secondaire de chaque wilaya pour négocier leurs revendications. Ceci dit, le ministre aurait demandé à discuter avec les grévistes en tant qu'enseignants et non pas en tant que syndicalistes. «C'est un dialogue taïwan. Benbouzid veut torpiller le mouvement», s'insurge M. Meriane. Signalons, par la même occasion, que les tribunaux de Chlef et de Constantine se sont déclarés incompétents pour juger les enseignants suspendus. Rappelons également que le porte-parole du Conseil des lycées d'Alger (CLA), M. Osmane Redouane, a été convoqué par la chambre administrative d'Alger pour une audition prévue dans la journée d'hier à 9h. Le rendez-vous a été reporté à aujourd'hui à 11h en raison du fait que «la partie adverse, à savoir l'académie d'Alger, n'a pas son dossier», s'étonne M. Osmane.
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