Par Bachir-Chérif Hassen
20 Octobre 2003
La deuxième journée de la visite du chef de l'Etat a été marquée par la signature de cinq accords de coopération, notamment celui lié à l'extradition
Quelques instants après la cérémonie d'accueil au palais républicain, ex-demeure du Shah d'Iran, dans le quartier résidentiel de la capitale et après les hommages rendus au président de la République algérien marqués par la levée des couleurs et les hymnes nationaux qui ont clos de manière retentissante dix années de relations plus que tendues entre l'Algérie et l'Iran -la reprise diplomatique s'est effectuée en 2000- un point de presse a été animé par les deux chefs d'Etat.Après une déclaration liminaire de Abdelaziz Bouteflika qui a affirmé que «[ ] les choses reprennent leur cours normal [ ]» en se félicitant des «relations solides tissées avec le président Khatami», en mettant en exergue «la richesse des relations bilatérales» grâce notamment à l'échange de nombreuses délégations, l'intervention du président iranien Khatami a été surprenante puisque, d'entrée et sans équivoque, il a condamné le terrorisme et la violence en martelant sa convergence de vue avec le chef de l'Etat algérien en affirmant sous les feux des médias -en particulier les chaînes du Moyen-Orient accourues en masse à l'exemple d'El Djazira- : «Je suis en accord total avec Bouteflika sur ses positions concernant le terrorisme et la recherche de la paix et de la sécurité dans le monde», ajoutant par là même qu'il saluait les efforts de ce dernier pour sa politique interne tout en rendant un vibrant hommage à l'Algérie pour la position importante qu'elle occupe dans le monde en rappelant la lutte d'indépendance de notre pays et le soutien apporté à tous les mouvements révolutionnaires.
Cette condamnation sans aucun préalable du terrorisme par le président Khatami et son alignement sur les positions algériennes en matière de lutte et de stratégie ont fait l'objet d'une véritable bombe dans les milieux politiques iraniens où les affrontements, au départ feutrés, commencent à devenir de plus en plus visibles à quelques encablures des législatives entre les différentes tendances et courants religieux au niveau du sérail des ayatollahs.En tout état de cause, cette déclaration a rempli d'aise la délégation présidentielle et a ouvert bien des portes en Iran où les institutions et leurs différents responsables adoubés à des groupes d'individus et de clans religieux en perpétuelle confrontation rendent toutes perspectives de relations stables et durables très précaires.A cet effet, Bouteflika et le staff qui l'accompagne ont dû jongler avec le programme de cette visite d'Etat de trois jours pour éviter nombre d'épines politiques et ainsi multiplier les contacts informels, les audiences officielles et délivrer des messages çà et là à chaque personnalité en poste officiellement ou membre du madjliss echouri influent. Selon son calendrier, Bouteflika devrait recevoir aujourd'hui en audience, Hachemi Rafsandjani, l'ex-président de la République, officiellement président du Conseil de discernement des intérêts de la République mais en fait dernier dépositaire de Khomeyni et dont la légitimité révolutionnaire en fait un personnage incontournable mais surtout redouté de l'ensemble de la clase politique.Un gotha politique dont le président algérien a fait le tour puisque, hier, il a successivement reçu le ministre des Affaires étrangères, Kamel Kharazi, le ministre de la Défense, ancien garde de la Révolution, Ali Chamkani, personnalité montante dont on évoque le nom comme futur présidentiable et, enfin, aujourd'hui, après le dépôt d'une gerbe de fleurs sur la tombe de l'imam Khomeyni, la rencontre avec le guide de la Révolution, Ali Khamanei.
En fait, pour Bouteflika, des contacts de haut niveau à même de s'assurer qu'entre ceux qui détiennent la légitimité des urnes comme Khatami et l'ensemble de ses ministres et les ayatollahs légataires de la spiritualité religieuse et héritiers de la révolution islamique le message était bien reçu à tous les niveaux de décision.A la volonté algérienne de tourner la page en proposant des outils de coopération fiables si l'on en juge aux cinq accords signés entre les deux pays dans le domaine économique ou judiciaire, la partie iranienne a donné un premier gage de transparence puisqu'un accord d'extradition de toute personne liée à des actes criminels a été entériné, -soit après ceux engagés dans la coopération militaire- pour, en particulier, l'échange d'informations liées aux groupes terroristes, la mise en place d'outils juridiques concrets à même d'extrader les personnes recherchées en Algérie pour des actes terroristes.Des milieux informés évoquent à Téhéran la présence des taliban algériens repliés après la chute du mollah Omar en Afghanistan.
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