Abdelkrim Tazaroute
20 Octobre 2003
C'est l'effervescence sur fond de tension sociale et de surenchère politique et verbale. Les langues se délient, et alors ce à quoi est convié le citoyen relève davantage d'une bataille sans foi ni loi que d'une course ouverte pour les présidentielles de 2004.
Tout est foulé aux pieds, l'éthique, la morale, pour entrer de plain-pied dans le champ médiatique et contribuer, partant, à créer le grand vacarme, brouiller au maximum les pistes, ce qui dérouterait même l'observateur avisé de la scène politique nationale.Hélas, il en est ainsi dans notre pays lorsqu'il est question de vie politique, et force est de constater qu'il n'y a que les échéances électorales qui peuvent battre le rappel du personnel politique et autres formations politiques, qualifiées à juste titre de partis croupions pour entretenir l'illusion du pluralisme. Sauf qu'à ce troublant jeu, la figuration fait des ravages et la distribution des rôles n'est pas souvent bien assumée, la transition démocratique en paye les frais et ce n'est pas demain qu'une ère nouvelle verra le jour. Et si chaque échéance électorale est mal vécue par les citoyens-électeurs, fatigués parce que trop sollicités ces dernières années en raison de la situation de crise et surtout bernés par des promesses jamais tenues tant par les partis de l'administration que par les partis dits d'opposition, l'élection présidentielle est carrément appréhendée avec crainte et hantise.
C'est qu'effectivement l'échéance présidentielle aux grands enjeux politiques donne lieu à un déballage et à des luttes sans merci. L'expérience vécue lors de la précédente élection présidentielle est encore en mémoire. Et tout le monde se rappelle alors la cible de l'époque et les moyens utilisés pour écarter «le danger». Des critiques au vitriol et une attaque en règle contre des personnes visées quitte à aller fouiner dans la vie privée du personnel mis au poteau, des dérives compromettantes. Il en a résulté des drames. Nous assistons actuellement à un remake du même scénario et pour ne pas changer, la presse est partie prenante de cette guerre. Et oui, encore une fois, l'heure a sonné pour la sauvegarde de la république. Elle serait menacée, la maison Algérie risque de «s'effondrer» et alors l'appel est lancé à tous les patriotes. Curieux quand même que la menace ne pointe qu'avec l'échéance présidentielle. Quatre ans durant, tout est acceptable, gérable même avec des insuffisances constatées, les dérives remarquées et signalées au demeurant. Mais pour la fin d'un mandat, il faut mettre les bouchées doubles, sortir la grosse artillerie et procéder, au moyen de la logique implacable du battage médiatique, pour ternir l'image d'un Président décrété «dangereux». Les mêmes dossiers, la concorde civile, la crise en Kabylie, le front social, les émeutes, les réformes économique et la réforme du système éducatif refont surface dans ce grand vacarme aux jeux troubles pour noircir un bilan, celui d'un Président.Pas besoin de débat, pas besoin de preuves et d'arguments.
Le successeur est déjà désigné. On le désigne déjà en tant que futur président, le huitième. Dire qu'avec les fonctions occupées durant le mandat de l'actuel Président, il a une bonne part de responsabilité dans nombre de dossiers restés en instance. Mais, on ne raisonne plus de cette manière quand le danger pointe et qu'il faut «sauver la nation Algérie». Le chef de file des sauveurs a désormais un nom, il faut juste le propulser au premier rang et lui tailler un costume de président, «la campagne publicitaire» en cours fait et fera le reste. Les autres n'ont qu'à abdiquer ou accepter de faire de la figuration. Car, vraisemblablement, tout est réglé et ce n'est qu'une question de temps. Alors Ciel, pourquoi parle-t-on de présidentielle et pourquoi des leaders de partis s'empressent-ils s'annoncer leur candidature ?
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