SJ
20 Octobre 2003
Après bientôt quarante ans de karaté, Maître René Ramanitrandrasana a forcément beaucoup vu. Et beaucoup appris.
Dans un entretien exclusif, il nous livre ses réflexions sur cet art martial qui demeure une grande école de la vie pour ceux qui ont compris son enseignement. Maître René Ramanitrandrasana fait partie précisément des karatékas qui ont franchi cette ligne de démarcation où s'arrête le monde du karaté « grand public » et où commence celui du Karaté-Do des « initiés »
66 ans révolus, 7ème Dan depuis deux ans, et instructeur Kyoshi depuis août 2003, après avoir passé des épreuves extrêmement sévères et des tests très stricts, Maître René Ramanitrandrasana a fait du chemin depuis son accession au grade de 1er Dan en 1966. Il quitte Madagascar avec le grade de 4ème Dan pour s'installer en France et découvre un karaté européen qu'il juge trop, sinon uniquement sportif. Quant aux maîtres orientaux qui y enseignent, il trouve la plupart d'entre eux surtout soucieux de faire du business, en Ecosse, en Italie, en Allemagne ou en Espagne Puis, il fait une rencontre décisive en faisant connaissance avec Maître Morio Higaona au Japon, en 1977, qu'il retrouve ensuite en France, où il effectue une tournée pour faire connaître le style Goju Ryu d'Okinawa. Maître Morio Higaona l'invite à un grand séminaire du Goju Ryu à Okinawa même, berceau de ce style fondé par Maître Mihagi Shojun.
TOUS LES ANS
C'est ainsi qu'il fut présenté à Maître Miyazato, 10ème Dan Hanshi, disciple direct de Maître Mihagi et admis à son dojo pour un stage d'un mois. Depuis, Maître René y retourne tous les deux ans et en 1999, les autorités municipales du Val-de-Marne, où fonctionne son club, le Shorei Ryu Karaté-Do, décident de lui accorder une allocation pour lui permettre d'y aller tous les ans, eu égard à l'impact éducatif de son enseignement sur les jeunes de la commune. A la mort de Maître Miyazato, en 2000, son successeur à la tête de l'école Jundokan, Maître Iha Koshin, donne mandat à Maître René Ramanitrandrasana, pour le représenter en France. « Les titres et les honneurs ne m'intéressent pas spécialement, mais j'ai du accepter cette nomination, qui, dit-on, ne se refuse pas. Concrètement, cela m'a aussi permis de me faire accompagner de dix de mes élèves, dont des Malgaches, à chacun de mes pèlerinages annuels à Okinawa. Ainsi, Michou Rajaonarison, 5ème Dan, Zafitsiory Randrianindrina, 4ème Dan, Hubert Randrianajaina, 4ème Dan et mon fils Liva Ramanitrandrasana, 3ème Dan, sont parmi ceux qui ont pu découvrir à leur tour, le véritable enseignement traditionnel du Goju-Ryu d'Okinawa ».
ART DE LA PAIX
« C'est ce karaté traditionnel, très fermé, que je viens partager ici, avec mes compatriotes, sans toutefois aller au-delà de ce qui est permis de donner. Car cet enseignement est quasi secret à Okinawa où les maîtres n'acceptent que les élèves jugés aptes, moralement, mentalement et techniquement, à poursuivre la pratique de leur art. Pour que l'on ait une idée de la nature profonde de cette école, j'aimerais citer Sensei Otake, un des dépositaires des secrets du Goju-Ryu traditionnel d'Okinawa : « Quand on engage un combat, il faut le gagner. Mais se battre n'est pas le but. L'art des guerriers, c'est l'art de la paix. Et l'art de la paix est certainement le plus difficile. Car il faut gagner sans se battre » Voilà à coup sûr, un karaté bien différent et très éloigné de celui que pratiquent ceux qui ne connaissent que la forme sportive de cette discipline. Ici comme ailleurs
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