Bacary Domingo Mane
20 Octobre 2003
Le Parti socialiste (Ps) a gagné le pari de la mobilisation, samedi 18 octobre dernier, à l'occasion de son Université d'été tenue à la Maison du Parti, sise à Colobane. Mais on est loin, bien loin des années fastes où cette formation mobilisait à tour de bras.
Ah, si le temps pouvait suspendre son vol !
Ils étaient combien de socialistes à ressasser cette phrase du poète français, Alphonse de Lamartine, le samedi 18 octobre au regard de la mobilisation relativement moindre qu'il y avait dans la vaste cour de la Maison du Parti socialiste (Ps), à l'occasion de leur Université d'été qui drainait naguère les foules des grands jours. Le passé a envahi le présent, la nostalgie a pris ses quartiers dans le subconscient des fervents militants du Parti socialiste. Le temps n'a pas suspendu son vol. Il a égrené inlassablement ses aiguilles en occasionnant ainsi quelques rides. Et le parti de Ousmane Tanor Dieng, le Premier secrétaire du Ps en a un peu perdu de sa superbe depuis que les électeurs ont décidé, le soir d'un 19 mars 2000, de le projeter dans l'opposition.
L'ambiance qui régnait dans l'enceinte de la Maison du Parti socialiste n'avait rien à voir avec celle des années fastes où le Ps rayonnait de mille feux au sommet du pouvoir central. Une foule claire-semée, massée le long des grilles placées devant le portail, attendait l'arrivée du Premier Secrétaire, Ousmane Tanor Dieng. Les batteurs de tam-tams, de calebasses et autres instruments de musique, rivalisaient d'ardeur. Les griots qui s'identifiaient au Parti semblaient même perdre un peu la voix, s'ils n'étaient pas purement et simplement emportés par la vague déferlante du " Sopi " triomphant. Certains étaient partis " brouter " tranquillement dans les prairies bleues.
Alors que nous étions en train de contempler ce spectacle, un confrère attirait mon attention : " Tu vois l'homme qui a porté le bonnet rouge, vers le portail, au milieu de la foule, il fait partie des griots socialistes qui ont rejoint le camp présidentiel. Il est de Thiès et il fait partie des nouveaux riches ". Question : qu'est-ce qu'il est venu faire ici ? Lui seul sait.
11 h. Les responsables socialistes commencent à arriver. Mamadou Diop dit Diop-Le-Maire, Aminata Mbengue Ndiaye, Madia Diop, Abdoul Khadre Cissoko, Amath Cissé sont accueillis en fanfare. Pendant ce temps, les transports en communs communément appelés " Ndiaga-Ndiaye " continuent de " cracher " les " militants express ", ceux que l'on convoie et dont la mission " commando " est d'applaudir, moyennant parfois de l'argent.
Des femmes et les jeunes arborent des tenues aux couleurs du Parti et à l'effigie de Ousmane Tanor Dieng, commencent à s'organiser. Les élèves et les étudiants quittent furtivement l'enceinte de la Maison du Parti et se dirigent vers le rond-point de Fass. Ils sont allés à la rencontre du Premier Secrétaire dont l'arrivée est annoncée. Une dizaine de minutes après, Ousmane Tanor Dieng fait son apparition, au milieu de l'escorte.
Les responsables socialistes, membres du Bureau politique qui attendent sagement dans le hall du bâtiment principal descendent les marches des escaliers pour accueillir leur responsable, Ousmane Tanor Dieng. Celui-ci assume les charges de premier responsable de la formation politique depuis que l'ancien président du Sénégal et du Ps, Abdou Diouf a été nommé à la tête de la Francophonie et qui de ce fait, a démissionné de son poste de président du parti. Le Premier Secrétaire prend un bain de foule. Il a du mal à se déplacer tellement, il est assailli. Les tam-tams battent de plus fort, les griots rivalisent d'ardeurs, les " militants express " font du zèle, Ousmane Tanor Dieng salue la foule, avec le sourire aux lèvres en plus. Au-dessus de sa tête, une banderole où on pouvait lire ces mots : " Ngoundiane soutient OTD ".
L'accueil terminé, les militants se précipitent dans la grande salle où leurs camarades attendaient depuis les coups de 10 heures.
La mobilisation dans la grande salle est à mille lieux de celle que nous venons de voir. La salle est remplie, même si on pouvait noter ici et là, quelques places libres. Le Ps a néanmoins réussi le pari de la mobilisation, en dépit du fait que les nostalgiques ne pouvaient s'empêcher de ressasser le passé.
Le regard balaie les murs de la grande salle. Quelques tableaux aux couleurs socialistes, représentant le monde rural et caricaturant une certaine vision socialiste du Sénégal. Il se pose sur le poster de Ousmane Tanor Dieng, avec ces écritures en dessous : " cet homme est sûr ". A côté ce poster, le logos du Ps. Les murs n'ont pas perdu la mémoire en consignant l'un des slogans du Parti socialiste utilisés lors de la présidentielle de 2000 et portant la griffe de Ségala : " Engageons le Sénégal ". On cherche en vain dans cette salle pleine de souvenirs, quelque chose qui renvoie à Abdou Diouf ou Léopold Sédar Senghor. Pas un seul poster accroché au mur. Rien. La page Diouf serait-il ainsi définitivement tournée ? Pendant que l'on disserte ainsi sur le sort " politique " réservé à Abdou Diouf, l'ancien président de la République et du Ps, Ousmane Tanor Dieng fait son entrée sous un tonnerre d'applaudissement. L'animateur met le nouveau tube de Talla Sylla, leader du Jëf-Jël, " Ndiombor Tukétina ". Les militants debout comme un seul homme, donne libre cours à leurs émotions. Une salle en délire accueille le Premier Secrétaire et rend en même un hommage à Talla Sylla. Mansour Mbaye, communicateur traditionnel, préposé au micro annonce le début des travaux. Il est 12h30mn.
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