Pascal E. Dang
20 Octobre 2003
Après une vive dispute avec un jeune vendeur d'huile de palme, au petit marché de Pk8 du quartier Bassa à Douala, furieuse, Emilie Djong récupère rageusement son bidon vide et s'en va vers un autre.
" Je voudrais un seul litre ", lance-t-elle avant d'ajouter : " vous faites toujours la même chose tous les ans. Les prix grimpent sous prétexte que l'huile est devenue rare, comme si l'argent n'était pas rare aussi. De 450 F, nous voici presque à 650 F et d'ici décembre, le prix du litre d'huile sera certainement à 1000 F ou plus ". S'étant ainsi défoulée, elle s'empare de son récipient chargé d'huile et continue ses emplettes. Des querelles comme celle là, entre les ménagères et les commerçants, sont légions depuis quelques temps dans nombres de marchés de la ville de Douala. Ce qui montre que l'augmentation des prix de l'huile de palme commence à générer un certain désarroi chez les ménagères, qui semblent encore avoir devant elles, d'autres jours plus sombres.
Sur le marché, le nombre de vendeurs de l'huile de palme a déjà visiblement diminué. Les petits détaillants qui achetaient tout juste quelques litres pour revendre ont disparu du circuit. " Je vais acheter à combien pour revendre à combien", interroge Déborah Ngo Mbock, une jeune fille qui se livrait encore à cette activité il y a quelques semaines au marché de Pk8. Maintenant que les prix ont grimpé, ce n'est plus possible, parce qu'elle n'arrive pas à se ravitailler à un prix qui soit inférieur à celui actuellement pratiqué sur le marché. Seuls quelques uns résistent encore, à côté des autres détaillants à la taille beaucoup plus importante. Mais ça et là, chacun y va de son sentiment pour donner une explication à cette nouvelle flambée des prix de l'huile de palme, et à sa relative rareté sur le marché. Une situation qui n'est qu'une répétition de ce qui se passe depuis quelques ans à cette période de l'année, et qui ne prend généralement fin qu'au lendemain du nouvel an, après que le prix de l'huile de palme a atteint son niveau le plus élevé.
Mais cette année les ménagères redoutent déjà le pire, car l'an dernier, à cette même période, la barre des 600 F Cfa n'était pas encore franchie. De plus, l'ascension du prix de l'huile de palme a toujours entraîné celle de tous les autres produits faits à base de cet oléagineux tels que le savon, les bougies et les huiles de palmes raffinées. Tous faisant partie des produits de base du panier de la ménagère. " L'Etat se fait complice de cette arnaque à laquelle les commerçants nous soumettent. S'il sévit une seule fois, cela va s'arrêter. Les prix ont été libéralisés certes, mais les commerçants profitent toujours de leur position dominante, et de la nécessité des biens qu'ils commercialisent pour faire des prix ce qu'ils veulent. Et cela dans une impunité totale ". Cécile Nnanga par ces mots, rejette toute la responsabilité de ces incessantes inflations sur le gouvernement. Selon elle, il devrait garder l'oeil ouvert sur les produits de base malgré la libéralisation, " pour éviter les dérives des commerçants toujours à l'affût des plus gros gains ".
Production locale
La société camerounaise des palmeraies (Socpalm) et la Cameroon Development Coorportion (Cdc) sont les principaux producteurs de l'huile de palme au Cameroun, mais le marché est à 80% contrôlé par la Socapalm. Sa production est passée de 65.000 tonnes par an, à 56.000 tonnes, et le gap entre la production locale et la consommation intérieure de ce produit est désormais évalué à près de cinquante mille tonnes. Cette chute due au vieillissement des plantations de cette entreprise, explique quelque peu les difficultés actuellement observées de manière récurrente sur le marché. A cela, l'on ajoute le fait que la plus grosse part de cette production est absorbée par les industries de transformations commises dans la fabrication des huiles raffinées et les savonneries. Ce sont ces gros consommateurs qui sont souvent servis en priorité, au détriment des grossistes qui ravitaillent les marchés dans lesquels s'approvisionnent les ménages.
D'importants stocks d'huile de palme sont souvent importés chaque année d'Asie du Sud-est pour pallier ce déficit de production. D'autres mesures ont récemment été prises par le gouvernement, dans l'optique de porter la production nationale à 200.000 tonnes cette année. Il s'agit notamment des 1,7 milliards de francs Cfa apportés à l'union des exploitants du palmier à huile, pour améliorer environ 2300 hectares de palmeraies villageoises. Si cet objectif est atteint, sans doute sera-t-il un début de solution à ces crises cauchemardesques qui affectent toujours les ménages, et pour lesquelles les grossistes restent les principaux accusés. " Ils créent toujours des pénuries artificielles pour provoquer la flambée des prix, et se faire de gros bénéfices ", entend-on souvent dire à ces périodes.
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