Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Conférence internationale : les Ivoiriens exhortés à briser le cercle vicieux de l'idolâtrie

Franck A. Zagbayou ,envoyé spécial à Crans Montana

21 Octobre 2003


Abidjan — L'Institut Robert Shuman, une ONG dotée du statut consultatif auprès du Conseil de l'Europe a regroupé du 16 au 20 octobre, à Crans Montana en Valais en Suisse, le PDCI, le FPI, le RDR, l'UDPCI, et le MPCI (qui a fait faux bond) pour poursuivre le dialogue et

la concertation afin d'améliorer la mise en application du processus de réconciliation sans forcément faire des frustrés.

L'Institut Robert Shuman qui entend apporter une contribution qualitative à ce processus sans refaire les débats politiques a fait déplacer des universitaires d'expériences. Parce qu'il, a voulu utiliser le recours de la religion et des instruments patrimoniaux, le père Jean-Marc Aveline et Mme Esther Jouhet, qui ont pu intervenir dans la journée du 17 octobre, ont tracé des sillons porteurs d'espoir.

Le thème : "Dialogue interreligieux et interculturel : Chemin d'espérance pour la paix" a donné l'occasion au père Aveline de démontrer comment l'idolâtrie absolue pouvait inhiber l'action de paix de la religion. Il a cependant reconnu que la religion pouvait transcender ce handicap car le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam ne confessent pas un Dieu absolu. La religion,- grâce à sa mouvance prophétique, dénonce l'idolâtrie du culte, le mysticisme.

Après avoir dénoncé que la crispation identitaire comme solution politique est une idolâtrie sous-adjacente, il a noté que la modernité oblige à fonder autrement le vivre ensemble.

La paix, a-t-il poursuivi, est selon Saint Augustin, la tranquillité de l'ordre. La religion a un engagement à donner : amener les hommes à être droits, donc capables d'être adroits, selon Robert Shuman. Il a recommandé en guise de conclusion que la miséricorde que confessent le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam, soit perçue dans sa dimension prophétique et que les Ivoiriens multiplient les fontaines de miséricorde dans les déserts de conflits.

Mme Esther Jouhet a invité les Ivoiriens à briser le cercle vicieux de l'idolâtrie par le dialogue, facteur de paix. Elle a aussi montré que l'échec ou les blocages dans les communications et les négociations sont liés à l'image qu'on a de l'autre, du regard qu'on porte sur soi-même et sur tout le reste. Si l'on doit communiquer, il faut en plus de la forme et du fond, désormais améliorer la relation, qui peut être soit sympathique soit antipathique : Tout est dans la subtilité.

Il faut alors comme clés se poser la question du sens qui induit la notion d'objectif à rechercher et qui rend tout le monde responsable, puis se mettre à l'écoute.

Les partis politiques ivoiriens ont parlé de la situation socio-politique générale de la Côte d'Ivoire, sur un ton et une foi tels qui annoncent l'espérance.

CEDEAO : Harmoniser les législations nationales

Loïc Tribot la Spiere, qui a traité du thème : "La coopération internationale, élément essentiel de la paix et de la démocratie. Dévelop-pement durable et justice sociale", a noté que les événements en Côte d'Ivoire ont été traités de façon passionnée et idéologique. On a oublié qu'il y a eu des agresseurs et un agressé. Il a qualifié de déni de droit la violence exercée sur la démocratie par les armes le 19 septembre 2002.

Il a, non seulement fait le procès sans appel de la presse, mais dénoncé l'interprétation cosmique des faits par RFI qui, tout en étant absente des lieux, commentait les faits. Pour cela, il a dénoncé le jugement hâtif sur le pouvoir ivoirien et la démocratie africaine.

Pour M. Tribot, la conjugaison de la vision des journalistes français et de la diplomatie française en Côte d'Ivoire a donné une image étriquée et réductrice de la crise ivoirienne; ce, d'autant que, selon lui, l'Afrique n'est plus vraiment la priorité pour la France au point où elle y dépêche des gens de moindre qualité. A preuve, le ministère de la Coopération a baissé de statut. Et Linas-Marcoussis viole les fondements démocratiques vrais. Car, les événements sanglants dénotent une absence de culture politique. Il a déploré le régime politique ivoirien qui fait du Chef de l'Etat la clé de voûte des Institutions. C'est pour cette raison que tout en demandant que le jeu politique se normalise, il a recommandé la désacralisation du Chef de l'Etat pour un jeu d'alternance.

A sa suite, Albert Bourgi a affirmé que la Côte d'Ivoire a été attaquée pour ce qu'elle est. En d'autres termes, elle subit une guerre injuste. Il a dénoncé les résultats mitigés de toutes les institutions gouvernementales et intergouvernementales qui sont intervenues dans la crise ivoirienne. Mais, il a souligné la solidarité créée par la CEDEAO, qui au plan sécuritaire cependant, n'a pu être efficace, faute de moyens propres. Il a préconisé qu'un vrai parlement de la CEDEAO soit créé pour éviter la surenchère de la France et de certains Chefs d'Etat de la sous-région pendant les crises. Au nom de la solidarité régionale, il a proposé qu'on harmonise les législations sur la nationalité, le foncier et les conditions d'éligibilité à la Présidence de la République. M. Jean-Claude Amont, quant à lui, a fait remarquer que les programmes de développement, la notion de démocratie, de bonne gouvernance n'ont pas eu les résultats escomptés parce qu'ils ont été élaborés sans tenir compte des pays africains. La solution, selon lui, pour que le développement durable et la justice sociale aient des effets porteurs, réside notamment dans la redistribution des richesses générées par la solidarité internationale.

Claude-Laurent Genty a montré que le statut des ONG a évolué à travers la coopération internationale. Elles sont passées au début du 21ème siècle à un rôle d'accompagnement et d'interventionnisme en amont.

Nouvelle alternative dans la résolution des conflits

La réflexion qu'ils ont menée autour du thème "La paix, la démocratie, l'État de droit et dimension de la médiation", a permis au Père Joseph Joblin, professeur à l'Université grégorienne de Rome et ancien conseiller général du directeur général du Bureau international du travail à Genève, puis à M. Jean-Pierre Rausis, directeur général de Bersy Consulting (Bureau européen d'études et de recherches de synergie) à Sion, de montrer que seules, les organisations gouvernementales et intergouvernementales ne peuvent plus régler les conflits. Qu'il n'est plus possible de laisser exclusivement la résolution et la recherche de la paix autour d'un conflit entre les mains des politiques. Mais qu'il faut réaffirmer la place des mouvements sociaux, syndicaux et associatifs.

Pour Père Joblin, tout mouvement social se trouve aujourd'hui dans l'obligation de relever un défi; celui de promouvoir le bien-être de ses membres. A ses yeux, au 21e siècle, les mouvements sociaux seront la cheville ouvrière de l'avènement d'une société démocratique à l'échelle des régions, voire du monde. Les mouvements politiques et syndicaux rendent compte des inquiétudes et des espoirs profonds des populations. Ils participent au dialogue social, indispensable à la modernisation des sociétés. C'est à propos que Jean-Paul 6 a parlé "de participation organique" (des partenaires sociaux aux décisions qui les concernent).

A côté d'eux, se trouvent "les forces d'idéal". Elles exercent une fonction critique à l'endroit des mouvements politiques ou syndicaux; elles doivent avoir l'ambition d'être la conscience réfléchissante et morale des sociétés car elles n'imposent pas leurs conclusions mais les confrontent avec celles des autres en vue de dégager ce qui est juste à un moment donné.

Un aspect essentiel des "forces d'idéal" est d'introduire dans le débat social une dimension spirituelle, en rapport avec la réconciliation et la paix.

Comme autre moyen de résolution de conflits, M. Jean-Pierre Rausis a évoqué la médiation. Il l'a étudiée à travers la nouvelle conception des relations sociales, défini ses champs d'application et l'a projetée comme le moyen important d'avenir. Face à la fragilisation du cercle familial, des difficultés économiques, le non respect des libertés individuelles, l'incapacité à gérer la dignité humaine et la déliquescence de l'autorité de l'Etat, la médiation est un moyen nouveau, mieux adapté à gérer les conflits. Fruit de l'oralité, elle met l'accent sur l'intercompréhension entre les parties. On passe du droit imposé au droit négocié.

La médiation dont la négociation est un des outils, est différente de la conciliation et de l'arbitrage. Et elle opère bien plus en milieu familial, dans le conflit interculturel, les questions pénales, dans les rapports difficiles avec l'administration et les administrés. On parle de médiateurs de la République, des médiateurs régionaux et municipaux qui font progresser l'Etat de droit.

De façon générale la médiation permet de restaurer le dialogue par la communication, d'approfondir et de clarifier les causes du conflit, de rechercher et d'imaginer le plus grand nombre de solutions, avec pour chaque partie, d'y travailler sérieusement et concrètement. Elle permet de répondre aux besoins des autres et partant de satisfaire ses propres besoins. Elle favorise le respect de valeurs comme la confiance, le respect de l'autre, induit la qualité d'écoute, le sens du citoyens et de la responsabilité.

Motion

A l'initiative conjointe de l'Institut Robert Schuman pour l'Europe (IRSE), ONG dotée du statut consultatif auprès du Conseil de l'Europe, et du ministère ivoirien de la Réconciliation nationale, s'est tenue, du 16 au 20 octobre 2003, à Crans Montana, dans le canton du Valais, en Suisse, une Conférence internationale de réconciliation, de dialogue et de paix pour la Côte d'Ivoire.

Cette rencontre a vu la participation d'une délégation ivoirienne comprenant des représentants de l'Assemblée nationale, du ministère de la Réconciliation nationale, des religions (catholique, méthodiste, musulman), des partis politiques (FPI, PDCI, RDR, UDPCI), des membres du cabinet du Président de la République et des ambassadeurs de Côte d'Ivoire en France, à Berne et à Genève.

Les responsables de l'IRSE ont invité des personnes ressources compétentes en matière de médiation pour la paix et des relations internationales. Les participants ont regretté l'absence de mouvements et autorités de Côte d'Ivoire invités qui n'ont pu participer à la rencontre.

La rencontre a permis aux membres de la délégation ivoirienne d'une part de réitérer leur attachement à la paix par le dialogue et la réconciliation, à la démocratie et aux droits de la personne humaine et aux membres de la délégation européenne d'autre part de mieux saisir les enjeux de la crise ivoirienne.

Entièrement satisfaits du déroulement des travaux, les participants expriment leurs sincères remerciements à l'IRSE ainsi qu'aux autorités locales de Crans Montana et du Valais pour la qualité de l'accueil et des conditions de travail.

Ils sollicitent l'appui de l'IRSE au ministère ivoirien de la Réconciliation nationale :

1) dans la conduite de ses activités sur le terrain en direction des organisations politiques et de la société civile,

2) dans l'organisation d'une rencontre internationale de réconciliation, de dialogue et de paix pour la Côte d'Ivoire en 2004 à Abidjan.

En ce qui concerne la rencontre d'Abidjan, les participants décident de mettre sur pied un Comité d'organisation sous la co-responsabilité de l'IRSE et du ministère Ivoirien de la Réconciliation nationale. Ce Comité aura pour mission la préparation de la rencontre d'Abidjan en assurant notamment la sensibilisation en Côte d'Ivoire auprès des parties concernées et en Europe auprès du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne pour le succès du processus de paix et de réconciliation nationale en cours en Côte d'Ivoire.

Par ailleurs, compte tenu de l'impact maintes fois souligné au cours de la rencontre de la crise ivoirienne sur l'économie nationale et les relations de la Côte d'Ivoire avec les pays de l'Afrique de l'ouest, les participants ont demandé à l'IRSE d'apporter son appui à la tenue d'un symposium économique, social et culturel international en Côte d'Ivoire.

Fait à Crans Montana,

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Fraternité Matin. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Côte d'Ivoire

Rubriques