Raouf SEDDIK
21 Octobre 2003
Depuis plusieurs années maintenant, et malgré l'évolution générale des prix, les semences sélectionnées des principales céréales sont maintenues à un même niveau. Récemment, et sur décision présidentielle, le prix de l'année dernière a été reconduit.
Il s'agit manifestement d'une mesure incitative visant à amener l'agriculteur tunisien à faire davantage usage de la semence sélectionnée et certifiée dans la mise en oeuvre de ses programmes de semis.
De fait, le taux d'utilisation de telles semences demeure faible comparé à ce qu'il est dans les grands pays céréaliers d'Europe, par exemple.
A la Coopérative centrale des semences et plants sélectionnés (CCSPS), on indique à ce sujet qu'alors qu'il se situe chez nous aux alentours de 10%, il atteint sous d'autres cieux les 70%. Le directeur général de la coopérative des semences (Cosem) rejoint ce point de vue : «Nous avons besoin pour les 1,5 million d'hectares de céréales de 2 millions de quintaux de semences. Or nous, semenciers, n'en vendons annuellement qu'une quantité qui se situe entre 150.000 et 200.000 quintaux».
Ce qui signifie en effet que les semences sélectionnées représentent 8 à 10% des quantités de semences utilisées.
On insiste pourtant, du côté des deux semenciers tunisiens, sur le fait que la semence sélectionnée peut se traduire en fin de parcours, sur le champ de l'agriculteur, par une différence de rendement de 4 à 5 quintaux à l'hectare.
Il faut cependant préciser que cette différence de rendement suppose que l'utilisateur de semences sélectionnées pratique par ailleurs une agriculture moderne et que ses travaux soient effectués dans les règles de l'art, qu'il s'agisse de labours, d'épandage d'engrais, de lutte contre les mauvaises herbes ou contre les maladies dites «cryptogamiques» qui atteignent les plantes dans les derniers stades de développement.
A l'inverse, l'écart de rendement peut se creuser considérablement si l'exploitant agricole, non content d'effectuer des travaux superficiels et aléatoires, non content aussi d'utiliser des semences fermières mal triées, se contente encore de puiser d'année en année dans ses propres récoltes les quantités de grains devant lui servir de semences pour la campagne suivante. Car, et c'est un point à souligner à l'adresse de ces agriculteurs, les semences perdent, au fil des générations, leurs propriétés spécifiques, celles-là même qui leur confèrent leurs qualités de résistance au stress hydrique et aux maladies ainsi que leur productivité. Il y a, autrement dit, une érosion génétique en vertu de laquelle les semences fermières peuvent se présenter comme des semences totalement dégénérées quel que soit d'ailleurs leur aspect en termes d'absence d'impuretés et de calibre.
L'intérêt du recours aux semences sélectionnées consiste précisément à régénérer les semences, à revenir à la version génétique qui a été mise au point et fixée par l'Institut national de recherche agronomique (Inrat) puis multipliée par les semenciers à travers un processus défini.
Le reproche fait par certains agriculteurs aux semences sélectionnées se rapporte généralement à l'existence de grains d'orge dans les sacs de blé. Et il est vrai que l'orge a une capacité de multiplication dans les champs de blé qui en fait une source d'infestation redoutée.
Les semenciers précisent à ce sujet qu'aussi bien en amont, au niveau de la multiplication chez les agriculteurs adhérents de l'une ou l'autre des deux coopératives semencières, qu'en aval, c'est-à-dire au niveau du contrôle des lots par le ministère de l'Agriculture, les mesures nécessaires sont prises. Et que, dans ce domaine, des normes internationales existent qui sont respectées. Ces normes prévoient une tolérance très précisément définie, qu'il s'agisse de semence dite de base ou de semence certifiée. On parle d'une tolérance d'un grain étranger pour 500 grammes de semences s'agissant des semences de base et de 7 grains s'agissant des semences certifiées.
Quelle que soit l'importance de la question de la pureté des semences et de la vigilance qui demeure à observer, aussi bien de la part des semenciers que des services chargés du contrôle, on ne peut cependant laisser cette question occulter le fait essentiel que la semence sélectionnée présente, sur le plan génétique, une supériorité qui lui confère une différence de performance décisive.
Prochain article : Le long itinéraire d'un grain de semence
NB : Le prix à retenir est surtout celui des semences certifiées. Les semences de base peuvent être vendues à l'occasion, mais elles servent surtout aux multiplicateurs : c'est à partir de la récolte issue des semences de base que sont fabriquées les semences certifiées, qui sont aussi les semences de première génération.
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