Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Réconciliation - Boa Thiémélé : "Le peuple est en déphasage avec Marcoussis"

Michele Pepe

22 Octobre 2003


Abidjan — La "solution" à la crise ivoirienne, "c'est une réconciliation véritable qui passe par la réparation des injustices afin de ressouder le tissu social", a soutenu Me Beira Ehi Marc, avocat et maître-assistant à l'UFR Sciences juridiques de l'Université de Cocody.

Me Beira a ajouté, dans une communication faite, hier, lors d'une table ronde sur la réconciliation nationale, que "l'enjeu des réparations" est d'importance parce qu'il "va conditionner tout le reste du processus" de paix en cours en Côte d'Ivoire. Selon l'Avocat, en effet, "l'indemnisation des victimes est un préalable à la réconciliation nationale".

L'intervention de Me Beira a eu lieu à l'ouverture de la table ronde qu'organise, depuis hier au Novotel, l'Association Ivoirienne pour le Développement du droit (AIDD). Le thème générique de ce "cadre d'échanges et de discussions", selon les termes du magistrat Komoin François (président de l'AIDD), est : "Réconciliation nationale en Afrique et dans le monde". Il s'agit, par cette initiative, d'accompagner le processus de réconciliation nationale" en réunissant des personnalités issues de différentes composantes de la société ivoirienne, a expliqué, en substance, Komoin François. Qui avait autour de lui, entre autres personnalités, Boa Thiémélé Edjampan (vice-président de l'Assemblée nationale), le Supérieur évangéliste Ediémou Blin Jacob (de l'Eglise du Christianisme Céleste) et le député et ex-ministre Assana Sangaré Ouattara.

Le président de la cérémonie, Bakayoko Ibrahima -représentant la Fondation Friedrich Ebert, partenaire de la manifestation -, a renchéri en souhaitant "qu'autour de ce thème, toutes les énergies puissent se fédérer pour ramener la sérénité" en Côte d'Ivoire. La table ronde, qui s'achève aujourd'hui, est la première phase de ce cadre de réflexion "ouvert à toute la société ivoirienne", dixit le président de l'AIDD. Néanmoins, cette phase s'adressait "principalement aux parlementaires", qui n'ont pas répondu nombreux à l'invitation.

"Les enjeux de la réconciliation nationale", tel était le thème sous-tendant la communication faite, dans la matinée, par Me Beira. Les échanges qui ont suivi son exposé ont fait ressortir un consensus sur la nécessité de la réconciliation nationale et de la restauration de l'autorité de l'Etat, mais par la voie du dialogue. Boa Thiémélé, par ailleurs vice-président du PDCI, a, pour sa part, redit la nécessité d'appliquer Marcoussis. Qui, a-t-il dit, "est le seul accord politique sur lequel nous nous sommes tous entendus". Néanmoins, a-t-il confessé, "cet accord devait être suivi d'autres discussions pour voir les meilleures voies de son application. Cela n'a pas été fait". Autre problème, selon le vice-président de l'Assemblée nationale, "le contenu de cet accord n'a pas été présenté aux populations. Conséquence: le peuple n'y a pas adhéré et il est en déphasage avec cet accord". Pis, a encore regretté Boa Thiémélé, "le problème aujourd'hui, c'est la méfiance institutionnalisée. Personne ne fait confiance à son ami, à tous les niveaux". Un état de fait décrié par tous les intervenants, Assana Sangaré ( par ailleurs présidente du réseau Initiatives et changements) a même parlé du manque de "vérité et d'honnêteté" entre les acteurs et les partenaires du processus. Quant Me Amani Kouamé s'est indigné avec elle sur le fait que "la Côte d'Ivoire est le seul pays au monde où les partis politiques ne s'entendent sur rien, même pas sur les grandes questions de société telles que l'immigration, le code foncier rural (... ). Chacun prêche pour sa chapelle". Toujours au registre de la vérité, qui semble faire cruellement défaut en Côte d'Ivoire, selon bon nombre d'intervenants, Ediémou Jacob a soutenu : c'est "le flou et les demi-teintes" entretenus notamment par Marcoussis qui sont à l'origine de l'impasse que connaît la Côte d'Ivoire. La question fondamentale à partir de laquelle il faut se déterminer et agir est la suivante, selon le Supérieur Ediémou: "Le coup d'Etat a-t-il réussi ou échoué?" Puis, il a exigé "qu'on nous dise si Marcoussis a suspendu la Constitution jusqu'en 2005".

A cette préoccupation du religieux, Me Beira Ehi Marc a fait une révélation: "Le coup d'Etat a réussi en partie, puisque la rébellion occupe une partie du territoire. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que cette idée (de partition) fait son chemin au niveau international. On veut faire de la Côte d'Ivoire un Etat fédéral".

Aujourd'hui, les participants échangeront autour d'un exposé relatif aux " mécanismes juridiques et politiques de la réconciliation". Hier après-midi, ils ont pu s'imprégner des "modèles africains de réconciliation nationale".

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