Entretien Réalisé Par Tiergou Pierre Dabire
23 Octobre 2003
Bientôt paraîtra dans Sidwaya une rubrique " opportunités d'affaires ". L'Office national du commerce extérieur (ONAC) animera cette rubrique chaque jeudi. Son directeur général M. Sékou BA, a accordé à Sidwaya, un entretien dans lequel il dévoile quelques facettes de la structure de promotion du commerce extérieur du Burkina Faso.
Comment se traduit la promotion du commerce extérieur du Burkina ?
Il faut rappeler que l'ONAC a été créé depuis 1974 avec pour mission de promouvoir les exportations et de rationaliser les importations. Et pour remplir cette mission très importante pour le développement économique et social de notre pays, l'ONAC mène plusieurs activités réparties selon quatre grands axes :
Le premier axe concerne l'organisation de la participation des burkinabè aux manifestations commerciales internationales, les foires et salons notamment. L'ONAC jouit d'une grande expérience en la matière et propose un " package " aux opérateurs économiques. Notre appui va de leur inscription à leur encadrement sur les lieux de la manifestation, en passant par une formation minimale, la mise à leur disposition des informations utiles, la location des stands, la négociation des tarifs de voyage réduits, les formalités de demandes de visa, la réservation de chambres d'hôtel, la résolution des questions de transit et d'admission temporaire des marchandises, etc. Comme vous le voyez, c'est un appui de bout en bout que nous apportons aux opérateurs économiques.
Le deuxième axe a trait à la collecte, au traitement et à la diffusion de l'information commerciale. C'est le pilier de notre activité de promotion.
A ce propos, vous disposeriez d'un centre spécialisé d'informations pour les opérateurs économiques ?
C'est exact. Comme vous le savez, l'information est à la base de toute transaction commerciale et dans le contexte actuel de la mondialisation, l'accès à l'information économique et commerciale en temps réel, fiable et régulièrement mise à jour est un facteur clé de compétitivité et de succès pour toute entreprise.
C'est pourquoi il a été créé, avec l'appui technique du Centre de Commerce International (CCI), de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) et de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le Trade Point qui est un centre de facilitation du commerce doté des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC).
Il en existe 147 au niveau mondial dans 115 pays. Le trade point du Burkina Faso est en réseau avec tous les trade points du monde entier. Il est opérationnel depuis deux ans.
Parlez - nous maintenant des services que le Trade Point peut offrir
Le Trade Point offre de nombreux services aux opérateurs économiques nationaux et étrangers. Tout d'abord, grâce à son site-web (httph/www.tradepoint.bf) nous diffusons des informations sur la réglementation du commerce et des investissements, les potentialités économiques, le commerce extérieur, les manifestions commerciales nationales et internationales. Ce site-web constitue une véritable vitrine de nos produits d'exportation et contient également une page de mise en relation d'affaires intitulée "faites vos affaires". Chaque jour, nous nous connectons aux réseaux spécialisés et nous recherchons et collectons toute information utile aux milieux d'affaires burkinabè. Dans le sens contraire, nous annonçons les opportunités qui existent au Faso. Ainsi, si par exemple M. Goama dispose de 5 000 tonnes de sésame qu'il veut placer sur le marché mondial, nous diffusons cette offre sur la toile, après vérification de sa fiabilité. De même, lorsqu'un importateur étranger souhaite acheter 3 000 tonnes de beurre de karité, nous diffusons cette demande auprès des opérateurs burkinabè du secteur.
En tant que fournisseur d'accès internet, le Trade Point héberge les sites-web des entreprises pour leur permettre d'être visibles par le monde des affaires.
Tout cela est bien beau, mais vous n'ignorez pas ce handicap grave qui frappe nombre de nos opérateurs économiques à savoir l'illettrisme et même pour ceux qui sont instruits, le problème de la maîtrise de certaines langues, je pense surtout à l'anglais qui est la langue des affaires par excellence.
Ce que vous dites est très pertinent et nous y avons pensé en créant récemment un service de traduction qui aide les opérateurs économiques à échanger de façon lisible et compréhensible avec leurs partenaires en anglais. Les opportunités d'affaires, les lettres de commande, les contrats, les documents de projets et autres dossiers de transactions peuvent être traduits en anglais ou en français pour tous ceux qui en manifestent le désir.
Nous disposons également d'un espace internet très différent des cybercafés que vous voyez en ville.
En effet, par la mise en réseau avec les Trade Points du monde entier, nous disposons de beaucoup d'informations, car nous avons, grâce à des logiciels spécifiques, accès à des sites particuliers qui nous donnent des informations précises sur les marchés étrangers (profils des pays, conditions d'accès, normes pour tel produit, liste des principaux importateurs et exportateurs, etc.). Notre espace internet permet en somme de faire des affaires.
Comment l'exportateur burkinabè peut-il accéder à ces différents services ?
L'accès n'est pas gratuit. L'espace internet est payant, mais aux tarifs des cybercafés ordinaires. Les prix sont faits de sorte à donner un plus aux opérateurs économiques.
A la phase d'expérimentation, les opportunités d'affaires étaient gratuites mais elles ne le sont plus. Les prestations du Trade Point sont maintenant payantes mais les tarifs sont bien étudiés.
Les exportateurs burkinabè connaissent-ils les normes ? Si oui, est-ce qu'ils les respectent ?
La question des normes et de la qualité constitue le troisième axe de nos activités.
Comme vous le savez, dans le contexte actuel de l'économie mondiale marqué par la libéralisation des échanges, l'intégration régionale et l'obligation du respect des accords de l'OMC, aucun pays ne peut ignorer le rôle et l'importance de la normalisation et de la qualité dans le cadre de ses politiques économiques. Et l'accès aux marchés mondiaux command la mise en conformité de nos produits aux normes internationales. Même au plan local, nos entreprises doivent produire qualité pour pouvoir préserver leur marché au risque d'être envahies par les produits étrangers à prix égal ou inférieur.
C'est pour répondre à ces nouvelles exigences que le gouvernement du Burkina Faso a créé en 1998, au sein de l'ONAC, l'organisme national de normalisation et de promotion de la qualité (FASONORM) dont les activités ont effectivement démarré en janvier 1999.
En partenariat avec l'Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), le CCI, la CNUCED et l'OMC, nous avons dans un premier temps insisté sur la formation, la sensibilisation, l'information des opérateurs économiques dans les domaines des normes, de la qualité et de la certification. Plus d'une cinquantaine de séminaires ont été organisés dans ce sens par FASONORM depuis le démarrage de ses activités pour amener les uns et les autres à produire qualité.
Par ailleurs dans le cadre d'un programme pilote, un certain nombre d'entreprises sélectionnées bénéficient de formations relatives à l'introduction des systèmes de gestion de la qualité en leur sein, aux bonnes pratiques d'hygiène et de fabrication.
FASONORM a également mis en place un Point National d'Information sur les normes et les Obstacles Techniques au Commerce (PNI/OTC) qui est à la disposition de tous les opérateurs économiques. Il a pour rôle d'informer sur la réglementation technique en vigueur, mais également sur celle des pays d'exportation membres de l'OMC. Le PNI/OTC dispose d'une collection de CD-ROM de la base de données SAGA de l'AFNOR comprenant près de 5400 normes françaises, européennes et internationales.
A l'heure actuelle, nous sommes au stade d'élaboration des normes et nous installons les comités techniques de normalisation car la norme ne se décrète pas ; son élaboration doit faire l'objet d'un large consensus.
Peut-on établir des normes au Burkina Faso sans tenir compte des standards européens ou américains ?
Pour le marché national nous n'allons pas réinventer la roue. Nous allons nous baser sur les normes qui existent déjà, en les adoptant en l'état ou en les adaptant à nos besoins. Pour le marché international, le haricot vert fin du Burkina par exemple doit avoir la qualité requise pour être conforme aux standards européens ou américains. Il doit également avoir un label burkinabè pour se différencier des autres produits concurrents et espérer conquérir une part de marché fiable.
Tous les produits burkinabè à l'exportation ne sont-ils pas bio ? Volaille, fruits et légumes, n'est-ce pas un atout ?
Non ! Un produit est biologique si sa qualité a été certifiée comme telle par un organisme certificateur, après vérification du respect d'un certain nombre de critères et de conditions de production qui répondent au standard biologique.
Les produits biologiques connaissent une demande de plus en plus forte sur le marché international. Pour permettre à nos exportateurs de saisir cette opportunité, FASONORM a organisé un séminaire important sur le marché des produits biologiques qui a suscité un grand intérêt de la part de nos exportateurs. Beaucoup d'entre eux ont pris l'engagement de faire du bio. Mais ce créneau porteur est encore beaucoup plus exigent en matière de normes qui sont fixées à des niveaux plus élevés.
Par ailleurs, c'est vrai que du point de vue potentialité, nos produits exportables présentent un avantage comparatif important, mais il existe des règles à respecter. Par exemple, notre viande est sans doute bio et sa qualité nutritive et gustative est appréciée par les plus fins gourmets, mais les conditions dans lesquelles le bétail est abattu, la viande est emballée, transportée, etc. font que le produit ne répond pas aux critères bio. Cela pose des problèmes de qualité, et on ne peut exporter cette viande dans ces conditions - là. La réhabilitation de l'abattoir frigorifique de Ouagadougou permettra sans doute de pallier ces insuffisances et d'être au top des normes.
Comment vous y prenez-vous pour informer le maximum d'acteurs aussi bien sur les opportunités d'affaires que sur les normes ?
Nous sommes conscients qu'il y a une insuffisance de communication. Nous nous battons pour y remédier et la collaboration avec le quotidien Sidwaya s'inscrit dans cette optique.
Il faut toutefois signaler que nous avons déjà organisé beaucoup de séminaires, d'ateliers auxquels la plupart des acteurs ont participé. Mais cela est nettement insuffisant. Il nous faudrait beaucoup plus de moyens pour aller dans tous les hameaux pour porter la bonne parole de la qualité et des normes. Nous avons une part de responsabilité dans l'accomplissement de cette mission, le secteur privé et les décideurs ont également la leur. Le constat aujourd'hui, est que les exportations burkinabè sont en net recul. Par exemple, notre haricot vert, très prisé hier sur le marché européen, est aujourd'hui battu par celui d'autres pays d'Afrique qui occupent les premiers rangs. Avant, il y avait une sélection des exportateurs, aujourd'hui avec la libéralisation " tout le monde " peut exporter. Et si tout le monde est libre d'exporter, il faudrait veiller à ne pas hypothéquer les intérêts de tout un pays. Par conséquent le contexte de libéralisation nécessite la professionnalisation des opérateurs économiques et la vigilance des pouvoirs publics.
Au début de l'entretien, vous avez annoncé que les activités de l'ONAC sont réparties selon quatre grands axes ; vous en avez cité trois, il reste le quatrième.
Oui et je vous remercie de me le rappeler. En effet, le quatrième axe de nos activités est d'ordre transversal et concerne la formation des opérateurs économiques. Nous dispensons le cours d'anglais économique et commercial qui vient d'être restructuré dans le sens d'une meilleure spécialisation, avec des modules adaptés à des catégories socio-professionnelles tels que les secrétaires de direction, les banquiers, les transitaires, le personnel de laboratoire, le personnel hôtelier, etc. J'ai déjà évoqué plus haut les formations dans les domaines de la qualité et des normes. Nous dispensons également des formations spécialisées avec des modules à la carte et relatifs à la participation à une foire, aux incoterms, à la rédaction d'une lettre de commande, etc.
Pour capitaliser toutes ces prestations, l'ONAC ambitionne de créer un centre de formation en commerce international (projet CCI-BF) axé sur la pratique. C'est un projet qui nous tient beaucoup à coeur et pour lequel nous souhaitons le soutien des autorités, du secteur privé et des partenaires au développement.
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