Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Jo/Binta Bourgouin(Présidente de la Ligue ivoirienne contre le cancer (LICC) : "Prévenir le cancer, c'est le guérir"

Elvis Kodjo (propos Recueillis Par)

23 Octobre 2003


interview

Abidjan — A quel souci répond la session de formation et d'information que vous venez d'organiser pour marquer la journée de lutte contre le cancer du sein, dimanche dernier?

Cette journée de formation et d'information est organisée pour sensibiliser les professionnels de la santé au cancer du sein. La Ligue ivoirienne contre le cancer a pour objectif d'améliorer la prise en charge du patient sur les différentes catégories du cancer. Cette journée de formation et d'information a été organisée cette année sur le cancer du sein parce que le mois d'octobre est le mois du cancer du sein, la date du 19 particulièrement. Des journées de formation et d'information seront organisées aussi pour d'autres pathologies cancéreuses.

La LICC affirme que l'information est un moyen efficace de prévention. Simple slogan ou réalité à intégrer dans les programmes de lutte contre le cancer ?

L'information est importante. C'est une forme de prévention. La maladie du cancer prise à temps peut être guérie. Prévenir, c'est une façon pour nous d'amener la population à prendre conscience de l'existence de ce mal. Ce genre de manifestation, pour nous, est très important, tant pour l'information des professionnels de la santé que pour la société dans son ensemble.

Qu'est-ce qui explique que de plus en plus de jeunes femmes encore en activité sont touchées aujourd'hui par le cancer du sein ?

Cette question est du ressort du médecin. Effectivement, les statistiques montrent qu'aujourd'hui, nous avons de plus en plus de femmes qui sont touchées précocement par cette maladie, notamment le cancer du col de l'utérus. C'est pour cela que j'insiste pour dire que l'information, c'est-à-dire la sensibilisation, est le premier moyen de prévention.

C'est devant cette réalité que vous avez été amenée à créer la LICC ?

C'est non seulement devant cette réalité, mais aussi devant le fait que le cancer reste un sujet tabou. Il faut arriver à démystifier cette pathologie qui prise à temps peut être guérie. On voit en France que le cancer du sein pris de façon embryonnaire peut être guéri dans 90 voire 95% de cas.

Pensez-vous, que les professionnels de la santé ne jouent pas pleinement leur rôle en matière de sensibilisation surtout ?

Je dirais qu'il y a un problème de coordination entre les professionnels de la santé. Cette journée que nous avons organisée vise justement à asseoir cette coordination, à savoir vers qui les professionnels de santé doivent diriger les malades, quelle est la prise en charge qu'il faut avoir, quelles sont les gestes préliminaires qu'ils doivent avoir dès qu'ils rencontrent une patiente qui se plaint du sein...

Qu'est-ce qui motive votre engagement dans cette lutte ? Avez-vous été personnellement touchée, à travers un proche, par le cancer ?

Pour des raisons de confidentialité, je préfère ne pas répondre à cette question. Mais vous savez, en général, on est tous touché, de près ou de loin.

Le traitement du cancer est-il à la portée de nos populations ?

Le traitement du cancer est très coûteux, malheureusement. C'est pour cela que nous avons besoin d'un appui institutionnel afin que nous puissions, par le biais de l'AMU, arriver à faire une prise en charge du malade.

Au-delà de la sensibilisation, vous comptez donc mener des actions concrètes en faveur des malades ?

Nous voulons aider les malades, mais il ne faudrait pas oublier que nous sommes une association et nos revenus sont constitués des cotisations de nos membres, les dons et legs. Ce serait assez difficile, financièrement parlant, de prendre en charge entièrement les malades. La prévention à travers les journées de dépistage que nous organisons coûte déjà excessivement cher. Nous faisons appel à des laboratoires, des médecins... Nous sommes limités dans nos démarches, mais nous nourrissons beaucoup d'ambitions. L'une d'elles est de créer un centre de cancérologie dans lequel les malades pourront bénéficier d'une réelle prise en charge. Il y a un réel problème au niveau des moyens techniques. Des appareils tels que la radiothérapie et la greffe font défaut dans notre pays. Dans la sous-région, des pays tels que le Ghana, le Gabon, le Sénégal, le Cameroun, ont la radiothérapie, mais la Côte d'Ivoire manque de cette nouvelle technologie.

Il existe des techniques simples de dépistage que toute femme devrait s'appliquer, n'est-ce pas ?

Cela entre dans le cadre de la prévention où on apprend l'autopalpation qui permet de détecter les symptômes qui doivent amener immédiatement à aller voir le gynécologue qui, souvent, parce qu'il n'est pas sensibilisé ne fait pas de palpation à ses patientes. Or ce sont des gestes qu'il faut avoir obligatoirement aujourd'hui. Les gynécologues ne vous proposent pas un frottis qui déterminent si vous avez un cancer du col de l'utérus ou pas. Ce sont des automatismes qu'il faut absolument avoir.

Et la femme elle-même ? Lui recommandez-vous ces automatismes ?

Oui. Mais une femme ne peut faire elle-même son propre diagnostic sur le cancer du col de l'utérus.

Vu que le plateau technique sur place présente des insuffisances, vos actions peuvent-elles avoir une portée ?

C'est pour cela d'ailleurs qu'il faut mettre l'accent sur la prévention. Un mal pris à temps peut généralement être guéri.

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