Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Mouvement pour la citoyenneté et la République : l'urgente nécessité d'un cadre regroupant les démocrates

Sébastien Comparet

23 Octobre 2003


Pour Cheikh Sarr, l'occasionnel porte-parole du Mouvement pour la citoyenneté et la République (Mcr), il est urgent que la société civile et les partis politiques imposent des garde-fous afin de protéger les acquis démocratiques. C'est lors de sa conférence de presse d'hier que le Mcr a dévoilé ses activités.

A l'heure où les partis s'insurgent contre la violence et se livrent à des invectives sérieuses contre le pouvoir de Me Abdoulaye Wade, le Mouvement pour la citoyenneté et la République (Mcr) regroupant les partis d'Abdourahim Agne, de Marième Wone Ly, de Oumar Khassimou Dia, entre autres, qui se refuse à se situer au sein du Cpc comme de la Cap 21, n'a pas perdu son temps. En effet, il a, afin de préparer la manifestation de la société civile initialement prévue le 23 octobre, puis reportée, pris contact avec "dix-huit partis politiques, dix-huit acteurs de la société civile et quatre organisations syndicales pour mettre sur pied un "Front pour la sauvegarde de la République". Ceci est vu comme "une organisation à forte base idéologique", le Mcr se situant à gauche. Ce front devrait voir le jour lors d'un séminaire qui est prévu pour la fin du mois. Le Mcr s'est félicité de ces rencontres fructueuses lui permettant d'envisager le franchissement d'un nouveau pallier : "La constitution d'un secrétariat permanent pour une organisation plénière nationale chargée de la protection de la République."

Concernant la marche contre les violences politiques, le Mcr regrette son report, mais l'accepte : "Il ne faut pas aller dans le sens de la provocation qui pourrait avoir des conséquences dramatiques. Ceci étant, les raisons invoquées ne sont pas bonnes. On ne peut pas mettre entre parenthèses la situation d'un pays parce que nous avons des invités. Les Sénégalais doivent pouvoir manifester quand ils en ont envie, sans carences de sécurité." A la question de savoir si le Mcr marchera avec le Cpc ou la Cap 21, Cheikh Sarr répond : "Nous marcherons avec la société civile." Observant la situation nationale, cette association de partis avance l'idée de l'urgente nécessité d'un cadre regroupant les démocrates pour la République. "Après les questions de la gestion des terres et de la religion, l'affaire Talla Sylla est l'événement qui doit nous pousser à faire quelque chose pour éviter le chaos", a déclaré Cheikh Sarr. Celui-ci avoue que le Mcr avait anticipé le mouvement de violence et a vu sa position confortée par deux éléments : "La tentative d'assassinat sur Talla Sylla et ce verdict rendu il y a deux jours, qui laisse à penser qu'il y aurait des victimes sans coupables. On encourage clairement ceux qui souhaitent aller dans le sens de la violence." Il a réaffirmé l'importance du combat vers la démocratie, "quand des menaces pèsent sur les libertés individuelles et la justice". Le Mcr s'est, par ailleurs, félicité des nombreuses initiatives prises aujourd'hui. Il s'agit désormais de se regrouper "pour que les Sénégalais se retrouvent dans la protection de leur démocratie".

Dernier point de la réunion des leaders du Mcr, la situation de la presse. Le mouvement a tenu à déplorer et à condamner l'assassinat du journaliste de Rfi Jean Hélène en Côte d'Ivoire. L'Afrique perd beaucoup à empêcher l'essor de la presse. Ce tragique événement permet au porte-parole du Mcr, Cheikh Sarr, d'en venir à la question du classement des pays au baromètre Reporters sans frontières de la liberté de la presse : "Le Sénégal est 66e et seulement 10e en Afrique. C'est bien la preuve que notre liberté de presse, que l'on affirme à qui veut l'entendre, n'est pas parfaite. Et il y a eu des menaces contre Latif Coulibaly, l'incendie contre le groupe Wal Fadjri... Nous demandons à l'Etat de prendre ses responsabilités afin d'être à la hauteur de ses engagements." La presse est vue comme "pour le peuple et non pour la politique. Il faut que ce soit clair".

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Considérant que le Sénégal n'est pas un îlot de stabilité et que la situation de certains pays d'Afrique peut être vite la sienne, le Mcr déclare que "le Sénégal doit se réveiller et anticiper les problèmes pour s'écarter du pire". La Côte d'Ivoire n'est pas si loin...

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