Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Communication : La charue avant les boeufs.

Emmanuel Gustave Samnick

23 Octobre 2003


Elle est bien amusante, la démarche entreprise par le ministère de la Communication qui consiste à mettre sur pied une commission d'enquête sur l'usage de l'aide publique accordée à certaines "entreprises"

Elle est bien amusante, la démarche entreprise par le ministère de la Communication qui consiste à mettre sur pied une commission d'enquête sur l'usage de l'aide publique accordée à certaines "entreprises" privées de communication sociale au Cameroun. Quelle était l'urgence de distribuer, les yeux fermés, de l'argent à des individus sous le couvert d'appui à la promotion de la presse privée, sans s'assurer au préalable de l'effectivité de leur existence et de leurs activités ? Organiser un contrôle a posteriori apparaît dès lors comme un aveu de mauvaise gestion de l'argent du contribuable camerounais. On ne le dira jamais assez, sur la quinzaine de journaux qui ont reçu une enveloppe lors de cette première distribution de l'aide publique à la communication privée, à peine trois sont fonctionnels, c'est-à-dire ayant un siège repérable et une parution régulière. Mais, pour des raisons qu'elle seule détient, la tutelle s'est moquée des mises en garde de la presse libre et responsable pour s'empresser d'engraisser des individus qui n'en demandaient pas tant.

Le résultat est ce qu'il est : aucune visibilité des bienfaits de cette aide dans le développement de la presse privée, quelques beuveries avec amis et parents dans les quartiers, et un simulacre de mesure d'éveil du Mincom qui promet qu'on ne l'y reprendra pas deux fois. Du bluff ! Si une demi douzaine de titres ont eu la gentillesse de publier une édition de fortune pour dire merci, les autres ne se sont même pas gênés pour revenir en kiosque depuis la réception de la manne en août dernier. A l'heure où le même ministère s'apprête à débloquer la deuxième tranche, on ne peut que déplorer cette façon de gérer les affaires publiques dans notre pays. On attend de voir cette seconde liste pour être définitivement fixés sur les intentions réelles du ministère de la Communication, qui a fait tout un raffut sur cette modique somme de 150 millions à répartir entre plus d'une centaine de demandeurs de l'aide publique à la communication privée. Le patron de Jeune Afrique Economie et les émissaires de Usa Today, des journaux étrangers qui vendent souvent une page publicitaire à nos ministères à près de 150 millions de Fcfa, sur recommandation de la présidence de la République, doivent se gausser des misérables promoteurs de la presse privée camerounaise à qui on brandit la même somme en une année.

Le parallèle est effrayant : une page de Usa Today équivaut à 500 titres et associations du secteur privé de la communication au Cameroun. Et là-bas, on prend quatre pages au minimum, mais souvent huit pour la propagande du Renouveau ! L'autre incongruité de l'aide publique à la presse, telle qu'elle a commencé à être distribuée au Cameroun, c'est les critères fantaisistes de sa distribution risquent fort d'influencer la très prochaine attribution de la carte de presse. Le président de la commission de cette carte de presse, M. Sam Ekoka Ewande, récemment en visite au siège de Mutations, avait reconnu la pertinence de ce problème plutôt embarrassant, tout en garantissant que sa commission fera fi de la liste des bénéficiaires de l'aide publique à la presse privée et n'acceptera jamais que son indépendance soit prise à défaut.

Nous voulons bien le croire, mais comment oublier que les deux commissions ont la même tutelle? La carte de presse pourra t-elle être refusée à des "journalistes du Hilton" légitimés par l'aide à la presse dont ils sont bénéficiaires auprès du ministère de la Communication ? Une nouvelle séance de distribution est annoncée. On imagine la ruée vers le Mincom de tous les imposteurs et arnaqueurs qui, voyant le succès de leurs compères lors de la première séance de distribution de la manne, qui jurent de ne plus se laisser distraire. Puisque les conditions de l'accès à l'aide ne sont pas si draconiennes qu'ils le pensaient. Le plus dramatique de l'affaire, c'est que le cafouillage va se poursuivre de plus belle dans la profession. La clarification espérée est encore remise aux calendes grecques

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