Léger Ntiga
23 Octobre 2003
A quelques exceptions près, la première tranche de cette dotation a été utilisée à des fins non professionnelles.
"Le bilan est globalement désastreux pour la plupart des organismes ayant bénéficié de l'aide des pouvoirs publics dans le cadre de l'aide à la communication privée. Notre mission d'inspection a permis de constater que bien d'organes d'information ne disposent pas de siège, contrairement à ce que beaucoup ont indiqué dans les dossiers. Parfois les coordonnées téléphoniques ne correspondent pas à la réalité. Malgré la démocratisation de la téléphonie mobile, nombre de promoteurs continuent de donner des numéros de télé boutiques comme ceux correspondant à leur organisme. C'est pénible à contrôler". Ce constat d'un responsable de la direction de la Communication privée au ministère de la Communication, illustre à suffisance le flou et surtout la complaisance qui ont régné dans la conception, l'étude des dossiers des candidats et la gestion des dotations dans le cadre de l'aide à la presse.
Au cours du retrait de la tranche du mois de juillet 2003, dans de nombreux cas, des directeurs de publication et leurs collaborateurs se sont partagés "la manne" dans le hall du ministère de la Communication (Mincom), à peine sortis des services en charge de la distribution de ladite manne. Dans ce registre, il y a, entre autres titres, "Le Heraut", un organe d'information paraissant quand il peut, à Yaoundé capitale du Cameroun. Pour la foule d'associations, organes d'information, agences et régies de publicité, imprimeries... et particuliers, les 43 millions retenus de la première tranche auront surtout servi comme argent de poche dans la plupart des cas. D'où certainement le lourd silence entretenu par nombre de responsables bénéficiaires. Ainsi, de Magic Fm, une station de radio émettant à Yaoundé : aucune réponse n'a été apportée au reporter de Mutations, malgré d'insistantes sollicitations. A peine un responsable des programmes ose-t-il avancer que l'argent a été utilisé dans le sens du développement de l'entreprise.
Quelques réalisations
Avec un air enjoué, il demande d'ailleurs de quel droit Mutations mène une enquête sur l'usage d'un argent qu'il n'a pas remis aux structures de communication concernées...
Du côté de Tom Broacasting Corporation (Tbc), les choses semblent beaucoup plus claires. Jean-Bosco Tchoubet, le promoteur et chef de chaîne, affirme que cette dotation financière a contribué à améliorer le plateau technique. "Nous avons divisé l'enveloppe en deux. Le million et 300 mille que nous avons reçu a permis de régler les questions de fonctionnement courant et surtout de relever le niveau des frais de reportage au sein de la Rédaction. Mais le plus important était pour nous de nous doter d'une nouvelle console. C'est chose faite maintenant, grâce à ce financement et notre propre contribution. Pour la suite de l'opération, on verra plus trad". La nouvelle Expression, qui a également bénéficié de "l'aide à la communication privée", annonce que cette enveloppe a servi à la gestion des dépenses courantes. Pour une entreprise de sa taille, "1,9 million Fcfa, ne peuvent pas servir à financer un gros investissement. Il s'agit de régler les dépenses courantes".
Pour le directeur général de ce groupe de presse, Séverin Tchounkeu, une partie de l'enveloppe a permis d'améliorer la qualité des équipements informatiques au niveau de l'agence de Yaoundé. Des structures qui ne sont ni des journaux ni des radios, avaient également bénéficié de cette première tranche de l'aide publique à la communication privée. Des agences de publicité, des cabinets de conseil en communication tout comme des entreprises de fabrication des supports de communication. Mediatek fait partie de cette dernière catégorie ; ici, on a renforcé le parc informatique par l'achat d'un nouvel ordinateur. Quant aux associations comme l'Association des communicateurs du panafricanisme de Jean Bosco Talla, on promet d'organiser bientôt un séminaire de recyclage. Partout ailleurs, c'est le black-out... Au moment où le Mincom procède à la répartition de la deuxième tranche de "l'aide à la presse", des voix s'élèvent encore pour demander aux pouvoirs publics de rendre l'opération plus transparente en révisant la forme et les textes qui donnent accès à cette subvention. Pour de nombreux promoteurs des organes de presse, il urge de voter une loi sur le financement des médias, un peu comme c'est le cas au niveau des partis politiques en période électorale.
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