Mounira Aouadi
23 Octobre 2003
Pour gagner les enjeux de la mondialisation, la Tunisie a dû se hisser au niveau des plus grands. Un défi énorme relevé avec succès dans tous les domaines et plus particulièrement dans celui de l'éducation. Les étudiants, d'aujourd'hui, seront, en effet, les cadres de demain et les compétences du pays qui vise l'excellence et prône l'efficacité.
Pour désengager le secteur de l'enseignement supérieur public, des institutions privées ont vu le jour dans notre pays, assurant efficacité et égalité des chances pour tous. «L'enseignement supérieur privé en Tunisie» a été justement le thème du séminaire organisé à Tunis sous l'égide du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie et réunissant experts et universitaires venus débattre des différentes expériences des autres pays en matière d'enseignement privé.
L'intervention de M. Abderrazak Zouari, président de la commission d'évaluation, a porté sur l'expérience du Canada, notamment, en matière d'enseignement supérieur privé. Dans ce pays, dit-il, il y a une loi sur l'enseignement, l'investissement et la fondation universitaires. Les plus prestigieuses universités (Laval ) peuvent demander des subventions à l'Etat du Québec. Chaque année, des rapports pédagogiques, de performance, financiers sont adressés au ministère qui décide, après étude, de l'octroi ou non des subventions. N'oublions pas non plus que dans ce genre d'établissements, les droits d'inscription sont assez élevés surtout pour les étrangers.
Les institutions privées françaises préparent, quant à elles, les étudiants aux diplômes nationaux, bénéficiant ainsi de la reconnaissance de l'Etat et un audit est chargé de l'évaluation pédagogique.
En Argentine, poursuit M. Abderrazak Zouari, aucun système d'accréditation n'existait jusqu'en 1995. Un cadre légal commun exigeant les mêmes critères devant s'appliquer aux deux secteurs de l'enseignement supérieur a été établi depuis. Le gouvernement a même signé un accord avec la Banque mondiale, et un fonds pour promouvoir ce secteur privé a même été créé.
Cependant, l'émergence et la prolifération de ce genre d'établissements peuvent occasionner une baisse de la qualité dans l'enseignement. C'est le cas, par exemple, du Brésil où 35% seulement des étudiants sont inscrits dans le secteur public. 65% vont au privé! Le pays a dû faire face à cette privatisation galopante pour la promotion d'un enseignement supérieur de qualité.
Le modèle américain
L'enseignement privé américain suscite l'intérêt de M. Hassouna Fdhila, doyen de la faculté des Sciences juridiques, économiques et de gestion de Jendouba.
Dans ces institutions, l'argument de régulation est efficace. Contrôlant les moyens humains et financiers, les universités américaines cherchent avant tout à déterminer le nombre de diplômés à produire, définissant de la sorte leurs besoins qui doivent être satisfaits quantitativement et qualitativement. En clair, quelles sont les compétences dont les entreprises auront besoin? Adaptabilité et flexibilité sont les mots-clés pour donner un plus à l'université. L'on cherche avant tout à former des compétences pour une meilleure insertion dans le marché de l'emploi.
Un enseignement diversifié permet, en outre, un enseignement personnalisé pour une formation complète. Les institutions privées américaines offrent un enseignement modulaire qui permet à chaque étudiant de progresser à son rythme et une formation finalisée orientée vers l'acquisition des compétences. Voilà qui devrait donner à réfléchir
Autre point soulevé par l'orateur : l'enseignement perçu comme un investissement. Donc, enseignement de qualité automatiquement.
Toutes les universités américaines sont, par ailleurs, en partenariat avec leur environnement économique, technologique, social, politique, travaillent en étroite collaboration avec des entreprises , des laboratoires de recherche et fonctionnent non-stop.
Utilisation, donc, optimale des ressources, rentabilité maximale et formation diplômante assurée afin de favoriser l'accès de tous à l'enseignement supérieur.
L'université américaine est ainsi autorégulée et capable de faire librement des choix. L'Etat n'intervient nullement dans son financement qui provient essentiellement de dons des particuliers ou des collectivités locales, de contrats de recherche ou d'anciens étudiants.
Peut-on toujours évoquer la notion d'Etat-Providence? L'intervention de l'Etat est-elle justifiée dès lors que la règle d'efficacité pourrait ne pas se vérifier? L'engagement de l'Etat dans le financement de l'enseignement supérieur, même justifié sur le plan économique, ne se heurterait-il pas à une contrainte budgétaire lourde, conséquence du passage à un enseignement de masse dans la plupart des économies?
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