Le Journal du Jeudi (Ouagadougou)
Adam Igor
22 Octobre 2003
Dans la bataille qui les oppose aux grandes nations de ce monde, les pays les moins avancés, singulièrement les États de l'Afrique occidentale et du Centre, tiennent le bon bout.
Face à la toute-puissance des États-Unis, de l'Union européenne et de la Chine, les pays africains ont réussi à convaincre l'opinion internationale de la justesse de leur lutte, une lutte qu'ils mènent pour leur survie. La question de la subvention illégale que les grandes nations apportent à leurs producteurs est désormais une question à résoudre. A travers le monde, les instances internationales comme l'Organisation mondiale du commerce se mobilisent, et c'est le moins qu'elles puissent faire.
En effet, pour une fois, l'Afrique ne demande aucune faveur particulière. Ce qui est en jeu, c'est tout simplement le respect des lois internationales auxquelles chaque État a volontairement adhéré. Or, pour la production du coton, de grands États comme les USA, la Chine et l'Union européenne violent constamment les clauses qui réglementent les subventions à accorder au secteur agricole. Le principe fondamental du libéralisme est de laisser le marché faire la loi. Or, par des astuces diverses, certains pays - qui sont pourtant les chantres de l'économie libérale - biaisent les lois du commerce international, empêchant ainsi l'Afrique de tirer le maximum de profit de sa situation de productrice de coton de qualité et à moindre coût.
Des données techniques ont établi que les pays de l'Afrique occidentale et du Centre, qui sont sur la ligne de front de la bataille pour un respect des clauses de l'OMC, réunissent toutes les conditions pour produire un coton de qualité. Cette zone est réputée disposer d'une main-d'oeuvre relativement moins chère. Si les choses étaient respectées de tous, ces pays allaient faire du coton le fer de lance de leur développement socio-économique.
Le combat de ces États est d'autant plus juste que les subventions accordées par les États-Unis par exemple ne résolvent pas les questions essentielles de l'agriculture américaine alors qu'elles compromettent la survie de centaines de millions de personnes en Afrique. L'or blanc est en passe de devenir de nos jours l'outil le plus efficace dans la lutte contre la pauvreté. La preuve a été faite que les localités qui s'adonnent à la culture du coton deviennent des locomotives dans le développement de chacun de ces États. La pratique des subventions cause de ce fait d'énormes préjudices aux pays africains.
Les subventions sont incontestablement l'un des facteurs clefs de la chute du prix du coton. Or, tout laisse croire que les problèmes résultant des subventions risquent de s'aggraver dans les années à venir. On constate, en effet, que les cris de coeur des pays pauvres, loin de ramener les grandes nations à la raison, les incitent plutôt à ruser davantage. Les États-Unis (encore eux) ont ainsi révisé leur loi agricole en 2002 pour se donner des possibilités d'accroître l'assistance à leurs producteurs. Même les contribuables américains ressentent le coût de cette subvention au coton. Les politiques restent sourds en raison des dividendes électoraux qu'ils escomptent à travers ce soutien massif au coton.
Malgré la difficulté du combat, les pays les moins avancés ne doivent pas baisser les bras car il s'agit d'une question vitale. Les subventions à coups de milliards de dollars (six pour la période 2001/2002) tuent tout espoir de développement en Afrique. Il faut dès à présent unir les forces pour engager une procédure solide afin d'obtenir une compensation conséquente. Le Brésil a déjà ouvert la voie avec la plainte déposée contre les USA. Les pays de l'Afrique occidentale et du Centre doivent mettre la communauté internationale devant ses responsabilités.
En attendant, il convient de saluer les performances de la filière coton qui continue d'inspirer confiance aux bailleurs de fonds. Tel est du moins le cas de la Sofitex dont le DG, l'infatigable Célestin Tiendrébéogo, a signé le 6 octobre dernier à Paris, une convention de financement de plus de 20 milliards destinée à l'achat d'intrants. Hélas, tout cela risque fort d'être compromis si la question fondamentale des subventions n'est pas convenablement résolue.
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