Par : Papa Assane CAMARA BP 6236 - Dakar
24 Octobre 2003
( ) La volonté politique de l'Etat de faire du maïs possédant beaucoup de qualités agronomiques une culture locomotive procède d'une vision fort louable compatible avec les potentialités agronomiques du Sénégal.
Dans la technologie des variétés à haut rendement, la recherche a créé des hybrides inter-variétaux, des variétés synthétiques, des composites et a amélioré le génotype des variétés locales répondant ainsi aux différentes typologies des exploitations agricoles. La technologie de certaines variétés à haut rendement nécessite des dispositifs pertinents pour leur expression génétique totale. Il serait hasardeux, voire incohérent de les mettre à la disposition de producteurs démunis de tous moyens. La carte variétale du maïs au Sénégal a été établie rigoureusement en tenant compte pour chaque cultivar créé :
- du potentiel génétique de la variété - de la vocation des sols - de l'importance des isohyètes - des contraintes biotiques et abiotiques - de l'utilisation du grain - de la technicité des producteurs.
Ce travail a nécessité la recherche des aptitudes spécifiques à la combinaison pour "obtention d'un gain optimum d'hétérosis. L'héritabilité constitue un excellent outil pour l'orientation et la prédiction des progrès que l'on peut attendre de la sélection. Elle représente la proportion de la variabilité totale observée qui est due à la partie additive de la variabilité génétique. C'est ainsi que des techniques appropriées doivent être mises en place afin de maintenir les niveaux de qualité et des normes spécifiques de variabilité dans le processus de production de semences. La recherche des aptitudes générales à la combinaison influent dans la stabilité des créations avec une forte héritabilité des gènes favorables.
Les composantes génétiques intervenant dans la formation d'une variété diffèrent selon la structure des familles, la complexité génétique et le degré de consanguinité. C'est pourquoi à chaque niveau de technicité des producteurs est adapté un cultivar donné ; il est essentiel qu'un projet aussi important fasse l'objet d'une rationalisation dans son management.
Pour le maïs dont les producteurs utilisent une partie de la récolte pour des semences (car le pays ne dispose pas d'industrie semencière), il est nécessaire de maintenir la pureté variétale et éviter la détérioration et la dérive génétique. Aussi, les champs doivent être correctement isolés à défaut de jouer sur la précocité ou l'isolement par date de semis. Les maturités différentielles, les tendances connues des vents dominants à la floraison ainsi que les barrières naturelles ou artificielles doivent être prises en considération pour déterminer les distances sûres pour l'isolement. La pollinisation croisée entre deux cultivars peut être appréciée à partir de caractères quantitatifs qui auront de la valeur dans le maintien de la variété de départ et des caractères qualitatifs estimés en pourcentage.
Si des semences sont introduites sans être testées dans des zones pour déterminer leur adaptabilité, des variations rapides sont observées au niveau de la composition génétique et de ce fait des caractéristiques phénotypiques peuvent survenir. L'importation de semences obéit à des critères et des techniques bien déterminés. Les semences importées avant diffusion doivent être mises au préalable en quarantaine.
Le service de quarantaine après l'entrée du matériel s'occupe de son inspection scientifique et de sa certification sanitaire après avoir procédé à des tests sanitaires au laboratoire et dans les serres de culture. Il doit également faire le traitement des semences, des plantes, des cultures de tissus et la conservation du germplasm.
L'importation inconsidérée de semences de maïs de tous bords risque d'annihiler tous les efforts consentis par la recherche pour créer des variétés performantes adaptées aux différentes écologies du Sénégal. Cette importation si elle ne respecte pas certaines normes peut également favoriser l'entrée de maladies bactériennes, virales, fongiques et de borers dont le Sénégal est indemne jusqu'à présent. La plus redoutable des maladies virales qui sévit dans la sous-région est le streak virus qui détruit tout sur son passage avec une propagation pandémique très rapide. Petites, toujours imperceptibles, de petites tâches dispersées sur les jeunes feuilles sont les premières manifestations de la maladie. Le plein développement des feuilles montre une chlorose avec des rayures jaunes le long des vaisseaux. D'autre part, le fait de cultiver des variétés introduites sans connaître leur caractérisation/risque de créer plus de problèmes qu'elles n'en résolvent. En effet, les producteurs ne connaissant rien de ces nouvelles variétés vont les cultiver à proximité de celles qui existent déjà. Cela va générer des pollinisations croisées dénaturant la qualité des semences et créant ainsi une dépendance endémique du pays en semences de qualité. Cette situation ramènera le pays à la case de départ : c'est-à-dire que la recherche verra tous ses efforts anéantis après des décennies de travail et d'effort soutenus.
Le volontarisme affiché du gouvernement pour l'intensification de la culture du maïs montre la justesse de ce choix. Le développement expérimental s'inspirant des résultats de la recherche analytique confortés par l'expérimentation multilocale, a montré l'intérêt combien important de la culture du maïs dans les systèmes de production.
Aussi l'Etat devrait-il mieux soutenir la recherche en mettant à la disposition des chercheurs des moyens adéquats pour une recherche pertinente et de qualité. Nous devons être convaincus que ce n'est qu'à partir de nos propres connaissances scientifiques et de notre détermination que nous arriverons à développer l'agriculture sans s'adonner à des importations de semences peut-être mal adaptées. L'arachide en est la preuve ; on n'a jamais importé de semences et en hivernage normal, nous obtenons une bonne production.
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