Raouf Seddik
24 Octobre 2003
La production céréalière tunisienne provient principalement de quelques variétés mises au point par l'Institut de recherche agronomique (Inrat) et qu'on pourrait presque compter sur les doigts des deux mains.
Cela fait ainsi plusieurs années que nos céréaliculteurs sèment du Karim, du Razzeg, du Khiar et, plus récemment, du Oum Rabii pour ce qui est du blé dur, du Salammbô, du Byrsa, de l'Utique et de la Tebbica pour ce qui est du blé tendre et, en matière d'orge, du Rihane et du Manel. Bien que, dans ce dernier cas, la variété locale dite «orge arabe» reste assez prédominante.
Ces variétés sont le fruit d'un tâtonnement patient dont l'objectif était de réaliser un compromis entre deux caractéristiques essentielles : la résistance à la sécheresse et la productivité. Un travail d'amélioration se poursuit sur ces variétés qui vise également à développer la résistance aux maladies.
On peut cependant considérer qu'une variété est obtenue dès lors qu'on découvre le secret du bon croisement entre un x et un y, pour parler le jargon des généticiens.
A partir du moment où les chercheurs pressentent dans un croisement des potentialités particulières, ils tentent de le «fixer» par autofécondation. C'est une étape, nous dit-on à la Coopérative centrale des semences (Cosem), qui peut prendre de 7 à 10 ans, selon les cas.
Elle correspond, pour ainsi dire, à l'enfance d'une semence, et cette enfance se passe dans les centres de recherche. L'étape suivante se déroule chez les semenciers. La Cosem dispose à ce sujet de sa propre ferme, située à El Krib. C'est là que, à partir de la semence qui lui est donnée par l'institut de recherche, elle va procéder à une première multiplication. La Ccsps, quant à elle, a opté pour la solution d'une coopération étroite avec des fermes relevant de l'Office des terres domaniales mais aussi des Smvda ayant des capitaux publics. La procédure, elle, reste la même. La semence qui se présente à la multiplication, indique-t-on à la Cosem, est une semence qui a été testée et inscrite ensuite au catalogue comme répondant effectivement aux critères de performance qu'elle affiche. «Cela commence par 50 à 100 épis. Chaque épi est semé sur une ligne d'un mètre. Une sélection est opérée ensuite pour ne retenir de chaque ligne que les meilleurs épis ».
Le produit de cette première récolte, qui se compte alors en quelques dizaines de grammes, va constituer ce qu'on appelle la semence épurée. De cette semence épurée vont être produites, successivement, la semence mère de première génération (SM1) et la semence mère de deuxième génération (SM2).
A partir de SM2, on obtient les «semences de base» qui constituent déjà un produit commercialisable. En fait, les semences de base ouvrent surtout une nouvelle étape dans la multiplication, étape marquée par l'entrée en scène d'un nouvel intervenant, à savoir l'agriculteur multiplicateur. Un contrat de multiplication est signé entre les semenciers et certains de leurs adhérents respectifs. Il engage lui-même un certain nombre de conditions : accessibilité du terrain à semer de façon à permettre les visites, absence d'infestation du terrain que ce soit par de maladies fongiques ou par de mauvaises herbes telles que le brôme, précédent cultural en accord avec l'exigence de rotation des cultures, disponibilité chez l'exploitant du matériel nécessaire à la réalisation des travaux
A ces conditions, énoncées à notre adresse par un représentant de la Ccsps, il faudrait sans doute en ajouter une autre, à savoir le degré de connaissances et les compétences techniques de l'exploitant candidat à la multiplication.
Cette étape est délicate et engage des contrôles sur le terrain pour s'assurer du bon déroulement de l'opération de multiplication. La récolte issue de cette opération est celle qui va permettre la fabrication de la semence certifiée qui sera proposée aux agriculteurs.
A la chaîne de traitement et de conditionnement de la Ccspc à Béja, le responsable qui nous fait visiter les lieux nous apprend que l'équipement a été récemment modernisé et que la capacité de production a été augmentée de 4 tonnes à 12 tonnes/heure. Un système informatisé permet de prélever automatiquement le grain à traiter dans un grand hangar en béton armé doté d'un système d'aération. «Il y a cinq compartiments différents de 24.000 quintaux chacun. Chaque compartiment contient une variété de blé dur ou de blé tendre différente», indique-t-on.
Le traitement des semences est soumis ensuite à plusieurs opérations : pesage électronique, prénettoyage pour supprimer des déchets grossiers tels que petits cailloux ou bouts de ficelle, nettoyage pour éliminer cette fois les «graines maigres», tirage qui, lui, permet de supprimer les graines cassées, l'orge ainsi que le «grain enveloppé». Ce premier tirage est effectué grâce à un double «disque alvéolaire» en rotation. Un second tri est réalisé grâce à une grande «table densimétrique» qui effectue un mouvement de va-et-vient à l'image de celui qu'on fait avec les tamis. A cela près que, ici, de l'air est insufflé à partir du bas qui augmente la séparation entre graines de densités différentes. Notons à ce sujet, comme le fait remarquer le responsable de la chaîne, qu'en marge des contrôle effectués par les services du ministère de l'Agriculture par prélèvement sur les lots de 200 quintaux, d'autres contrôles sont réalisés toutes les heures par un agent de la Ccsps qui permet de s'assurer du bon niveau de pureté des semences obtenues. Cette procédure permet, le cas échéant, de corriger l'opération de traitement en agissant sur certains paramètres : «Tout se fait de façon automatique à partir du poste de l'ordinateur», précise-t-on.
Après le tri, les semences sont traitées avec un produit antifongique, mises en sac et pesées de façon automatique, puis disposées en lots dans le hangar avant d'être acheminées vers les différents centres de distribution.
«Pour nous rapprocher des agriculteurs, nous utilisons les centres de collecte de l'Office des céréales ainsi que ceux d'autres organismes de collecte», indique-t-on à la Cosem.
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