La Presse (Tunis)

Tunisie: Sur les routes : Boumerdès , l'écho des siècles

24 Octobre 2003


C'est Habib Salha (toujours lui!) qui me lance, dans une émission télévisée «Connais-tu Sarsoura?». Piégé en direct, j'ai dû avouer mon ignorance et, travaillé par la honte, je n'ai eu de cesse, depuis, que de vouloir combler cette lacune. Mais voilà : le temps presse. Ramadan et mon congé annuel sont devant la porte. Il faut aller dare-dare à Sarsoura, via Boumerdès.

De retour de cette localité, je n'ai qu'un regret : ne pas y être allé 24 heures plus tôt. J'aurais alors participé, dimanche 19 octobre, à la première édition du festival des saveurs du patrimoine culinaire et au premier concours national du pain de maison traditionnel. L'intitulé est long, mais l'idée est astucieuse et certainement rentable à terme. Elle est viable, car sa substance est solide.

Pour le reste «je suis venu, j'ai vu et j'ai enregistré».

Boumerdès, c'est une localité séculaire, pardon! millénaire, puisqu'elle est considérée comme la continuation en droite ligne de l'ancienne Sarsura, «comme c'est écrit sur la carte romaine», ainsi que nous l'apprend le dépliant distribué par l'association locale de sauvegarde de la médina.

Séculaire, Boumerdès parce qu'on fait remonter sa fondation au XIIe siècle par Sidi Mohamed Bou Merdès, petit-fils de Sidi Yahya Bou Merdès, fondateur de la cité aînée de Boumerdès dans les environs d'Alger. Millénaire aussi, dans la mesure où les matériaux entrant dans le tissu architectural urbain remontent à l'Antiquité romaine, et s'ils n'ont pas été prélevés sur place, proviennent du site voisin de Sarsura.

Séculaire ou millénaire, cela ne change rien au fait que Boumerdès jouit d'une situation en voie de devenir exceptionnelle au Sahel : au creux d'une véritable mer d'oliviers. Du haut des éminences environnantes, elle apparaît comme une blanche écume flottant sur les cimes vertes. La ville elle-même, lorsqu'on en parcourt les artères est dénuée de toute séduction. C'est tout juste si le regard est accroché par quelque demeure ou quelque monument au style très kitsh. La dénivellation de la rue principale offre, fort heureusement, une échappée sur la coupole de la zaouia Sidi Bou Merdès sur fond de forêt d'oliviers.

La zaouia est le nombril de cette localité de 5.000 âmes environ. Sa fondation semble remonter à quatre siècles en arrière. Son style architectural est relativement sobre, avec une grande coupole entièrement constituée de brique creuse qui en donne une apparence en alvéoles.

Hormis cet édifice, il faut signaler le sanctuaire de Lella Ltîfa, dont il ne reste plus aujourd'hui que des lambeaux d'arcades et des piliers. L'ASM de Tunis aurait promis à sa jumelle locale de lui venir en aide pour restaurer ce monument toujours fréquenté par les nouvelles mariées qui y expriment leur bonheur avec force chants et encensements.

Pour le reste, le patrimoine architectural local se résume à quelques façades de demeures ou de boutiques plus ou moins bien entretenu. Quant à l'artisanat, seuls quelques vaillants tisserands entretiennent encore une activité déclinante : le tissage de voiles, couvertures ou burnous faits d'une seule pièce en laine.

Abandonnés négligemment par-ci, par là, d'immenses cylindres de grès rouge d'Egypte renvoient comme par ricochet à un proche passé pour avoir naguère été utilisés comme meules pour pressions à huile traditionnels et, bien avant encore dans le passé, servi comme colonnes de belles dimensions dans des édifices de prestige.

Cela nous renvoie à Sarsura, dont le texte du dépliant de l'ASM qui précise que «se référant à cette même carte (des sites antiques), on comprend aisément que la région était un point de liaison entre la ville d'El Jem et Hadrumet (l'actuelle Sousse)». Dans sa relation de la guerre d'Afrique, Jules César rapporte que poursuivant ses ennemis pompéens en 46 avant J.-C. sur les terres sahéliennes, il s'est adressé à Sarsura pour approvisionner ses troupes en denrées alimentaires. C'est dire l'importance de la cité à cette époque-là.

Aujourd'hui, le site est perdu dans les olivaies, à environ 4 kilomètres à l'ouest de Boumerdès. On le reconnaît - lorsqu'on y arrive! - à deux immenses piliers en maçonnerie. L'accès y a été rendu plus difficile par l'aménagement de «digues» pour contenir l'érosion pluviale. L'occasion de défoncer de nombreuses structures antiques, dont en particulier un four pratiquement rasé (on en reconnaît les contours, ainsi que les traînées de cendres et les briques réfractaires brisées et mêlées au talus). Du beau travail des services locaux de l'Agriculture.

Le repos du vadrouilleur

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Après un périple de 13 mois qui nous a conduits aux quatre coins de la Tunisie que nous n'avions pas encore visités, après moult cogitations et bien des rencontres avec l'esprit créatif et entreprenant dans de nombreux domaines, voici venu le moment de déposer l'attirail du vadrouilleur pour un repos dont nous souhaitons qu'il aura été bien mérité.

Ce repos coïncide avec un mois, Ramadan, qui est davantage propice aux retrouvailles familiales et aux loisirs urbains qu'aux expéditions exploratrices sur le terrain.

Mais, quatre semaines c'est si vite passé... Aussi, nous sommes-nous accordé une «rallonge» de près d'un mois, ce qui porte la durée de notre éclipse à une cinquantaine de jours. Ainsi, nos rencontres hebdomadaires reprendront-elles vendredi 19 décembre pour une nouvelle série de découvertes et de nouvelles réflexions sur les choses du patrimoine.

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