Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Prise de conscience : les Camerounais véritables acteurs de leur histoire?

Par Martin Stéphane Fongang

24 Octobre 2003


opinion

La prochaine élection présidentielle offre l'occasion de rompre avec le passé passif du pays.

Le Cameroun a besoin d'une vision nouvelle, d'un discours nouveau porté par des femmes et des hommes nouveaux capables de comprendre les véritables défis de l'heure. Il ne s'agira plus, lors des présidentielles 2004, de se livrer, comme par le passé, en victimes expiatoires aux politiciens du ventre qui nous ont appauvri ces vingt dernières années sous prétexte que le Cameroun c'est le Cameroun. Aujourd'hui, il est plutôt question de changer les règles du jeu. De dire tout haut que les divertissements et les saupoudrages sont terminés. N'est-il pas temps de penser à une alternative crédible, capable de s'occuper pour une fois de bon du bien-être des Camerounais ? Peu importe la couleur politique de ceux qui conduiront cette alternative. En effet, dans la grisaille et les tourmentes des préparatifs de la prochaine présidentielle au Cameroun, la vision doit être une des valeurs qui doit redonner du sens à la politique au Cameroun.

La vision doit s'inscrire dans un mouvement social dont aucun prétendant au poste de la magistrature suprême ne devra y échapper. Ainsi, devons-nous interpeller nos politiciens et surtout les chefs de partis, futurs candidats ou non à la présidence, à assumer leur part de responsabilité dans la dégradation de l'environnement politique au Cameroun. Et c'est maintenant qu'il faut le faire, dans la mesure où les prochaines élections présidentielles de 2004 ne devront pas se limiter à une simple volonté de changement d'hommes. Il devra être question de redéfinir la place du Cameroun au XXI siècle.

D'ailleurs, un nombre incalculable de faits récents, notamment la montée de la pauvreté, du grand banditisme, de la dégradation du système éducatif et de l'abandon pur et simple du système de santé, devraient interpeller le peuple et la classe politique camerounaise à plus de lucidité et de courage. À la veille du déclenchement des élections présidentielles, les candidats qui ont le nez sur le guidon n'appréhendent pas nécessairement les obstacles qui, derrière la ligne d'arrivée, attendent les élus. La politique à courte vue constant où on promet monts et merveilles au peuple, doit céder la place à une politique réfléchie, qui s'inscrit dans la durée et qui est accès sur des résultats mesurables. Dès lors, il faut dès maintenant penser le présent pour envisager une reconstruction du futur afin d'exploiter les nouvelles avenues pour le peuple. Le " There is no alternative : TINA " n'a plus de place au Cameroun.

Cassure

Et comme le clame depuis quelques temps le chef des modernistes du RDPC, Milla Assoute : "Il faut trouver absolument le moyen de procurer au peuple camerounais le bien-être social auquel il aspire et dont il a besoin. " Déjà avec la venue de la démocratie et surtout la fin du parti unique début 1990, les Camerounais croyaient découvrir enfin la joie du vote libre et transparent. Ce qui, à coup sûr, leur donnait le sentiment de compter parmi les êtres humains ayant des droits, des devoirs et des responsabilités. Ce sentiment d'exister était doublé de celui, tout aussi enivrant qui correspondait au pouvoir de décider de leur destinée tout en confiant à des hommes et à des femmes en qui ils avaient entière confiance, le soin de les représenter dans les espaces de délibération à l'instar de l'Assemblée nationale. Ainsi, les élections étaient vécues et perçues comme un moment privilégié de rupture et de redécouverte de la vie politique.

Mais que ne fut par leur surprise ? Leur pouvoir fut dévoyé, leur vote volé, tronqué, et leur voix embastillée. Pire encore, qu'avons nous vu? Un processus démocratique au Cameroun au service des intérêts économiques d'un clan qu'Abel Eyinga appelle " les étrangers servant au Cameroun", qui ont non seulement pris en otage des villes et villages entiers, mais aussi dont le brassage des affaires n'a plus de limite. Ces spécialistes du " Je fais et vous allez me faire quoi " ont ainsi investi toutes les sphères de l'espace économique allant jusqu'à s'ériger en véritable hommes d'affaires à la solde d'un système qui n'a d'yeux que pour les médiocres et le faux.

Liens Pertinents

Les Camerounais et Camerounaises doivent prendre rendez-vous avec l'histoire en 2004. Pas parce que la prochaine élection présidentielle sera la dernière occasion de mettre le Cameroun comme dirait Chrétien Tabetsing " Le Cameroun Debout ", mais parce que le Cameroun entre en plein dans le XXI siècle; et ne peut se permettre le luxe dans un monde de plus en plus compétitif, de ne pas se frayer une place dans le concert des nations.

En somme, pour une fois, il s'agira aux Camerounais et Camerounaises de redéfinir quel genre de pays, ils veulent construire. Dans quel genre de pays ils veulent vivre! Il s'agit de manière ontologique de se redéfinir. Les Camerounais et Camerounaises en accédant à l'indépendance n'ont jamais eu cette occasion, il s'agit aujourd'hui, 40 ans plus tard de rompre avec le passé passif dans lequel on a englué ce pays, afin de devenir les véritables acteurs de notre histoire. Il s'agit enfin de se réapproprier notre histoire et par ricochet notre pays.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques