Karima Mokrani
25 Octobre 2003
Les représentants des deux syndicats autonomes estiment que les déclarations du ministre ne sont qu'«une tentative de masquer sa responsabilité dans le pourrissement de la situation»
Le ministre de l'Education nationale, Boubekeur Benbouzid, annonce officiellement la levée immédiate de toutes les suspensions prononcées à l'encontre des enseignants grévistes de l'enseignement secondaire et l'arrêt des poursuites judiciaires engagées contre eux. Il appelle, par conséquent, les enseignants de tout le pays à reprendre les cours. Cette décision vient au lendemain des deux rencontres ayant lieu entre les premiers représentants de la tutelle et les enseignants de la Fédération nationale des travailleurs de l'éducation (FNTE) d'une part, et ceux de l'Union nationale du personnel de l'enseignement et de la formation (UNPEF), d'autre part. Les enseignants de ces deux organisations agréées par les pouvoirs publics ont, rappelons-le, longuement dénoncé la répression qui s'abat sur les grévistes et certains ont même menacé de suivre le mouvement de protestation initié par les deux organisations autonomes non agréées, le Conseil national autonome des professeurs de l'enseignement secondaire et technique (CNAPEST) et le Conseil des lycées d'Alger (CLA) et ce, en guise de solidarité avec leurs collègues grévistes, quelle que soit leur casquette syndicale. Convaincus que leur obstination ne peut engendrer que le pourrissement, les pouvoirs publics se sont enfin décidés à intervenir «positivement» pour apaiser un tant soit peu le climat de tension qui règne dans le secteur de l'éducation depuis le déclenchement des grèves répétitives dans les lycées du pays. Outre la levée des «mesures coercitives», Benbouzid annonce la mise sur place aujourd'hui d'un groupe de travail qui s'attellera à préparer un avant-projet concernant l'augmentation des salaires et qui sera soumis prochainement au gouvernement. Le ministre fait part également de l'installation d'un autre atelier de travail qui s'emploiera à l'élaboration de l'avant-projet du statut spécifique de l'enseignant du secondaire et ce, à la lumière du nouveau statut général de la fonction publique qui est encore à l'étude au niveau du gouvernement.
Il est annoncé, dans la même foulée, l'installation prochaine d'un troisième atelier chargé de se pencher sur la réforme de l'enseignement secondaire qui sera appliquée à partir de l'année prochaine. Cependant, et contrairement aux attentes des plus optimistes, les enseignants grévistes affiliés au CNAPEST et au CLA ne se réjouissent point de ces mesures. Contacté par nos soins, le porte-parole du CLA estime que ce recul est prévisible depuis que le mouvement de protestation a commencé réellement à prendre de l'ampleur : «Les enseignants grévistes ont prouvé leur détermination à aller au bout de leurs revendications, quelles que soient les menaces et les intimidations». Le ministre est en train de reculer devant la pression et non le contraire», note M. Osmane Radouane, non sans appuyer le fait qu'il s'agisse bien de «la pression des enseignants qui ont répondu massivement à l'appel des deux organisations autonomes, CLA et CNAPEST, et non de la pression des enseignants de la FNTE et de l'UNPEF que le ministre avait appelés pour masquer sa responsabilité dans le pourrissement de la situation». En ce qui concerne justement les rencontres du ministre avec les membres de la FNTE et de l'UNPEF, le représentant du CLA les qualifie de «détournement pour ne pas rencontrer les véritables acteurs du mouvement de protestation». En conclusion, les déclarations du ministre n'affectent en rien la décision du CLA de reconduire la grève d'une semaine à partir d'aujourd'hui : «Ou le ministre se décide à ouvrir le dialogue avec les délégués du CLA et du CNAPEST, ou il démissionne», dit fermement le porte-parole du CLA. Du côté du CNAPEST, la position des grévistes n'est pas différente : «La base est déterminée à poursuivre la protestation jusqu'à la satisfaction de nos revendications», dit M. Meriane Meziane, le porte-parole de l'organisation. Commentant les dernières déclarations du ministre, M. Meriane affirme qu'«il s'agit là d'une tentative des pouvoirs publics de monter la société civile contre les professeurs de l'enseignement secondaire et de justifier la pression contre eux».
Non sans souligner, concernant la décision du ministre de lever les sanctions et d'arrêter les poursuites judiciaires, que «nous ne sommes pas dupes. Les tribunaux ont rendu leur verdict et le ministre ne peut pas suspendre les décisions de justice». Devant cet état de fait, le CNAPEST appelle à la poursuite de la grève à travers tout le territoire national. Il est à noter que le bureau national de cette organisation autonome devrait se rendre aujourd'hui à l'APN et faire part de ses doléances à la commission de l'éducation.
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