A. Lemili
25 Octobre 2003
Quand la solidarité se défait de son humanisme
Ces petites gens s'exhibent à leur corps défendant devant les portails des CNAS, CASNOS, Recette des impôts et services sociaux de l'APC pour établir et apporter la preuve concrète qu'ils n'arnaquent pas l'Etat
A Constantine, depuis quelques jours, le regard des badauds est attiré par des attroupements de personnes autour de certains bâtiments publics. L'indifférence aidant, rares sont ceux qui cherchent à comprendre, jugeant préférable de vaquer à plus utile pour laisser aux accros de la curiosité la latitude de «bonifier» la leur.Ces rassemblements sont le fait de citoyens qui postulent à l'aide publique pour espérer jeûner avec une petite longueur d'avance sur l'adversité, celle qui consiste à s'acquitter d'un acte dévot d'abord et ne pas en mourir de faim ensuite. Or, ces petites gens ordinaires, et comme il s'en faut, sont ballottées d'un organisme à un autre pour pouvoir établir de fait via un formulaire leur statut d'indigent, s'exhibant à leur corps défendant devant les portails des CNAS, CASNOS, Recette des impôts et services sociaux de l'APC pour établir et apporter la preuve concrète qu'ils n'arnaquent pas l'Etat. Questionné sur le sujet, le président d'une association s'est déclaré «outré par ce qui est demandé à un Algérien affamé, soumis à un parcours du combattant ignominieux et qui consiste à lui faire admettre sa pauvreté au vu et au su de tout le monde en le faisant défiler devant de nombreux guichets, bureaux et des chaînes interminables au bout ou au cours desquels il doit affronter les regards de fonctionnaires impassibles et lesquels, parfois, peut-il s'en trouver, s'avèrent être un voisin ou un ancien collègue à qui les temps continuent de sourire».
Car, ajoutera notre interlocuteur, «parmi ces nouveaux pauvres figurent bel et bien des anciens salariés du secteur économique et, au risque de vous surprendre, il existe également l'un de vos confrères [journaliste] et qui a été, il y a à peine quatre années, une véritable compétence». Précisant sa pensée au sujet de cette opération, au demeurant louable à plus d'un titre, il «glorifie» l'action en elle-même mais il affirme que «l'identification de ces clandestins de la vie aurait plus de mérite et d'humanisme à être établie par les comités de quartiers qui les connaissent mieux que quiconque. Il est vrai que cela aurait exigé une politique coordonnée entre les services sociaux de l'APC en premier lieu et les comités, mais qui aurait pu empêcher cela s'il y avait une réelle volonté d'aboutir à une action humanitaire [ ].En fait, élus et agents de l'Etat défilent au sein des institutions et leurs actions sont inscrites ponctuellement dans un calendrier à visage, lui, inhumain.
Ils les concrétisent, par conséquent, quinze jours avant pour les «coucher» par la suite sur leurs bilans de fin d'exercice afin de peser, emballer et s'en gargariser devant la hiérarchie avec un zeste de morale. Ainsi, tout le monde il est beau, tout le monde il est content». En marge de ce tableau peu idyllique, les associations caritatives bougent si lentement, sinon un peu plus vite quand il y a photo. Pour l'anecdote, à El Khroub, au cours du mois de ramadhan 1999, un commerçant, connu pour son mécénat, avait maintenu l'activité de son immense restaurant pour le consacrer aux jeûneurs dans le besoin ou de passage, continuant de servir des repas copieux à quiconque s'y présentait, quels que soient son origine, son statut social pour peu qu'il daigne seulement s'attabler. En plus de cette action hautement altruiste, le commerçant distribuait dans la plus totale des discrétions quotidiennement quelque deux cents couffins aux chefs de famille qui se présentaient à celui qu'il avait mandaté pour ce faire, car M. C. S. ne s'en enorgueillissait nullement.Dans un reportage circonstanciel, la station régionale de l'ENTV détournera cette image pour la diffuser un vendredi après la prière et la mettre sur le compte des activités communales autour de «Meïdat Ramdane». Or, le misérabilisme prévalant à l'école Ahmed Remita était sans commune mesure et égal à la qualité de la pitance servie à des personnes qui devaient faire la chaîne plus d'une heure avant l'appel du muezzin, livrés au froid, à la pluie, voire la neige et au regard sans pitié des passants.
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