La Tribune (Algiers)

Algérie: Absurde logique

Abdelkrim Tazaroute

25 Octobre 2003


Rien ne va plus au niveau de l'enseignement et le spectre d'une année blanche, avec toutes les conséquences qui peuvent en découler, plane toujours. Les mesures tardives, il faut en convenir, prises par Benbouzid, à savoir la suspension des sanctions retenues contre les enseignants du secondaire et autre annonce relative à la prise en charge des revendications des grévistes n'ont pas obtenu l'effet escompté.

Et pour cause, cette fâcheuse et absurde logique qui nie la légitimité des deux structures, le CLA et le CNAPEST, qui pourtant ont obtenu, en un laps de temps relativement record, l'adhésion des enseignants du secondaire et, partant, réussi à paralyser le secteur de l'éducation sur l'ensemble du territoire national. De fait, ces deux structures sont représentatives et l'argument avancé pour justifier la fin de non-recevoir opposée aux représentants de ce mouvement de protestation des professeurs de lycée par la tutelle, le fameux agrément, ne tient plus la route. La démonstration sur le terrain étant faite, il s'agit de régler au mieux une situation de blocage dans un secteur sensible. Et là, on entre logiquement de plain-pied sur un terrain politique, dans un contexte, de surcroît, de tension sociale et la plus logique des attitudes est de ne pas couper les ponts, voire carrément de faire en sorte d'éviter de gérer la crise d'une main de fer d'autant que, visiblement, le rapport de force plaide en faveur des enseignants.

Il fallait, dès le départ, opter pour une gestion politique de cette affaire des enseignants grévistes. Et non procéder comme il a été fait, certainement dans la précipitation, à la radicalisation avec des sanctions prises à l'encontre des enseignants grévistes. Au demeurant, au début du conflit, on peut comprendre que la tutelle, confrontée aux difficultés inhérentes à cette rentrée scolaire singulière, du fait des répercussions causées par le séisme, outre la mise en application des premières mesures de la réforme du système éducatif, ne pouvait appréhender à sa juste mesure l'ampleur du mouvement de protestation dans le secondaire. Mais après le succès des grèves auxquelles a appelé le CLA et le CNAPEST, la tutelle devait se rendre à l'évidence et favoriser un dialogue avec les représentants du mouvement de protestation. Et, comme dans ce type de situation, le facteur temps est souvent déterminant, plus le temps passe, plus la crise s'exacerbe et, alors, les mesures d'apaisement prises ne changent dans le fond rien au problème. Pour preuve, la grève vient d'être reconduite et on en devine aisément les raisons. Et la tutelle en assume la responsabilité. Car, si les visées du changement d'option du ministre de l'Education étaient d'offrir des gages avec des décisions en mesure de satisfaire les enseignants, il aurait fallu tout simplement aller jusqu'au bout de cette logique et rencontrer les structures représentatives du mouvement de contestation pour leur annoncer la disponibilité des pouvoirs publics à prendre en charge leurs revendications et le résultat aurait été autre. Mais s'entêter à négocier avec d'autres syndicats ne fait qu'envenimer une situation déjà insupportable pour tous.

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